Sommaire des motifs de décision portant sur Celsentri

Décisions d'examen

Le sommaire des motifs de décision explique les raisons pour lesquelles un produit a reçu une autorisation de vente au Canada. Le document comprend les considérations portant sur la réglementation, l’innocuité, l’efficacité et la qualité (sur le plan de la chimie et de la fabrication).


Type de produit:

Médicament
  • Ce document est une traduction française du document anglais approuvé.
Celsentri

Maraviroc, 150 mg et 300 mg, Comprimés (pelliculés), Orale

Pfizer Canada Inc.

No de contrôle de la présentation : 112435

Émis le : 2008-04-22

Direction générale des produits de santé et des aliments

Notre mission est d'aider les Canadiennes et les
Canadiens à maintenir et à améliorer leur état de santé.
Santé Canada

Le mandat de la DGPSA est d'adopter une approche intégrée à la gestion des risques et des avantages pour la santé liés aux produits de santé et aux aliments:

  • en réduisant les facteurs de risque pour la santé des Canadiens et Canadiennes tout en maximisant la protection offerte par le systPme réglementaire des produits de la santé et des aliments ; et
  • en favorisant des conditions qui permettent aux Canadiens et Canadiennes de faire des choix sains ainsi qu'en leur donnant des renseignements afin qu'ils ou qu'elles puissent prendre des décisions éclairées en ce qui a trait à leur santé.

Direction générale des produits de santé et des aliments

Also available in English under the following title: Summary Basis of Decision (SBD) PrCELSENTRI, Maraviroc, 150 mg and 300 mg, tablets, Pfizer Canada Inc., Submission Control No. 112435

Avant-propos

Le Sommaire des motifs de décision (SMD) de Santé Canada expose les motifs d'ordre scientifique et réglementaire sur lesquels reposent les décisions de Santé Canada concernant la réglementation des médicaments et des instruments médicaux. Les SMD sont rédigés en langage technique à l'intention des personnes et groupes intéressés aux décisions de Santé Canada portant sur un produit donné et sont le reflet des observations consignées dans les rapports d'évaluation. À ce titre, les SMD servent à compléter et non à répéter l'information contenue dans la monographie de produit.

Nous invitons les lecteurs à consulter le « Guide du lecteur sur le Sommaire des motifs de décision - Médicaments au sujet de l'interprétation des termes et des acronymes utilisés ici. Ils trouveront également dans ce guide un aperçu du processus d'examen des présentations de drogue dans le feuillet intitulé « Comment les médicaments sont examinés au Canada », qui décrit les facteurs pris en considération par Santé Canada au cours du processus d'examen et d'autorisation d'une présentation de drogue. Les lecteurs devraient aussi consulter le document intitulé « Initiative du sommaire des motifs de décision - Foire aux questions ».

Le SMD correspond à l'information dont disposent les autorités de réglementation de Santé Canada au moment de prendre une décision. Les présentations subséquentes examinées à d'autres fins ne sont pas incluses dans la Phase I de la stratégie de mise en oeuvre des SMD. Pour obtenir de l'information à jour sur un produit en particulier, les lecteurs sont priés de consulter la monographie la plus récente de ce produit. Santé Canada fournit également l'information au sujet mises en garde diffusées après la commercialisation ou d'avis émis à la suite d'effets indésirables (EI).

Pour de plus amples renseignements sur un produit en particulier, les lecteurs peuvent également se rendre sur les sites Web des organismes de réglementation d'autres pays. L'information reçue à l'appui d'une présentation de drogue au Canada peut cependant ne pas être identique à celle reçue par d'autres gouvernements.

Autres politiques et lignes directrices

Les lecteurs sont invités à consulter le site Web de Santé Canada, où ils trouveront d'autres politiques et lignes directrices au sujet des médicaments, notamment le document intitulé «Gestion des présentations de drogues ».

1 Information sur le produit et la présentation

Marque nominative :

Celsentri

Fabricant/promoteur :

Pfizer Canada Inc.

Ingrédient médicinal :

Maraviroc

Dénomination commune internationale :

Maraviroc

Concentration :

150 mg et 300 mg

Forme posologique :

Comprimés (pelliculés)

Voie d'administration :

Orale

Identification numérique de drogue (DIN) :

  • 02299844 - 150 mg
  • 02299852 - 300 mg

Classe pharmaco-thérapeutique (classe ATC) :

Antagoniste du CCR5

Ingrédients non médicinaux :

Noyau : cellulose microcristalline, phosphate de calcium dibasique, glycolate d'amidon sodique et stéarate de magnésium.
Pelliculage : carmin d'indigo sur laque d'aluminium (FD&C blue #2), polyéthylèneglycol (macrogol 3350), alcool polyvinylique, lécithine de soja, talc et dioxyde de titane.

Type et numéro de présentation :

Présentation de drogue nouvelle, no de contrôle 112435

Date de la présentation :

2007-03-01

Date de l'autorisation :

2007-09-21

* CELSENTRI est une marque de commerce de Pfizer Products Inc. utilisée sous licence par Pfizer Canada Inc.

2 Avis de décision

Le 21 septembre 2007, Santé Canada a émis à l'intention de Pfizer Canada Inc. un avis de conformité du produit pharmaceutique Celsentri.

Celsentri contient l'ingrédient médicinal maraviroc, un antagoniste du récepteur CCR5.

Celsentri est indiqué en association avec d'autres agents antirétroviraux pour le traitement de l'infection à VIH-1 à tropisme CCR5 chez des adultes ayant déjà fait l'objet d'un traitement antirétroviral mais qui présentent des signes de résistance à plusieurs agents antirétroviraux. Le maraviroc se lie de façon sélective au récepteur CCR5, un récepteur des chimiokines chez l'humain, et inhibe l'interaction entre ce récepteur et la glycoprotéine de l'enveloppe (gp120) des souches du VIH-1 à tropisme CCR5. La liaison entre la glycoprotéine gp120 et le récepteur CCR5 est une étape essentielle à la pénétration des souches du VIH-1 à tropisme CCR5 dans les cellules.

L'autorisation de mise en marché s'appuie sur des données issues d'études de contrôle de la qualité et d'études non cliniques et cliniques. L'innocuité et l'efficacité cliniques de Celsentri étaient appuyées par l'analyse de données portant sur une période de 24 semaines provenant de deux études de phase 2b/3, à double insu et contrôlées avec placebo, menées auprès d'adultes infectés par le VIH-1 à tropisme CCR5 et ayant déjà subi un traitement antirétroviral. Il faut confirmer le tropisme CCR5 du virus avant d'entreprendre le traitement par Celsentri. Celsentri n'est pas recommandé chez les patients infectés par une souche de VIH-1 à tropisme double/mixte ou à tropisme CXCR4, car il ne s'est pas révélé efficace chez ces patients dans le cadre d'une étude de phase 2b.

Celsentri (maraviroc, 150 mg et 300 mg) est offert sous forme de comprimés. Celsentri doit être administré en association avec d'autres agents antirétroviraux. La dose recommandée est de 300 mg, deux fois par jour, mais il est recommandé d'ajuster la dose en fonction des médicaments administrés en concomitance. Les recommandations concernant la posologie sont décrites dans la monographie de produit.

Celsentri est contre-indiqué chez les patients qui présentent une hypersensibilité au maraviroc ou à l'un des composants de ce médicament. Celsentri devrait être administré selon les conditions décrites dans la monographie de produit, en tenant compte des risques potentiels associés à l'administration de ce produit pharmaceutique. Les conditions détaillées relatives à l'usage de Celsentri sont décrites dans la monographie de produit.

Celsentri a été évalué dans le cadre de la Politique sur le traitement prioritaire, car le produit semblait présenter un meilleur profil avantages/risques que les traitements actuels chez un certain sous-groupe de patients atteints d'une maladie ou d'une affection qui ne peut être traitée adéquatement par aucun médicament commercialisé Canada.

Conformément à son examen des données sur la qualité, l'innocuité et l'efficacité du produit, Santé Canada juge que le rapport entre les avantages et les risques de Celsentri est favorable au traitement, en association avec d'autres agents antirétroviraux, de l'infection à VIH-1 à tropisme CCR5 chez des adultes ayant déjà fait l'objet d'un traitement antirétroviral mais qui présentent des signes de résistance à plusieurs agents antirétroviraux.

3 Motifs d'ordre scientifique et réglementaire

3.1 Motifs d'ordre qualitatif

3.1.1 Substance médicamenteuse (Ingrédient médicinal)

Renseignements généraux

Le maraviroc, l'ingrédient médicinal de Celsentri, est un antagoniste du CCR5. Le maraviroc se lie de façon sélective au CCR5, un récepteur des chimiokines chez l'humain. Il a été établi que l'inhibition sélective de la liaison du virus de l'immunodéficience humaine de type 1 (VIH-1) au corécepteur CCR5 empêche l'entrée des virus à tropisme CCR5 dans les cellules CD4.

Procédé de fabrication et contrôles en cours de fabrication

La synthèse du maraviroc comprend plusieurs étapes. Chaque étape du procédé de fabrication est considérée comme contrôlée dans des limites acceptables :

  • Le promoteur a fourni de l'information sur la qualité et les contrôles pour toutes les matières entrant dans la fabrication de la substance médicamenteuse.
  • Les spécifications de la substance médicamenteuse ont été jugées satisfaisantes. Les valeurs limites quant aux impuretés répondent aux exigences de la Conférence internationale sur l'harmonisation (ICH).
  • Les étapes de traitement ont été évaluées, et des intervalles appropriés ont été établis relativement aux paramètres du procédé.
Caractérisation

La structure du maraviroc a été adéquatement déterminée, et les spectres représentatifs ont été fournis. Les propriétés physiques et chimiques ont été décrites et jugées satisfaisantes.

Les impuretés et les produits de dégradation découlant de la fabrication et/ou de l'entreposage ont été signalés et caractérisés. Ces produits ne dépassaient pas les limites établies par l'ICH et/ou ont été qualifiés à partir d'analyses de lots et d'études toxicologiques; ils sont par conséquent considérés comme étant acceptables.

Contrôle de la substance médicamenteuse

Les méthodes d'analyse et, lorsque nécessaire, les rapports de validation de toutes les méthodes qui ont servi à l'analyse de la substance médicamenteuse (maraviroc) finie ainsi qu'aux essais de stabilité ont été jugés satisfaisants.

Les spécifications de la substance médicamenteuse sont considérées comme acceptables. Les résultats des analyses de lots ont été examinés et étaient conformes aux critères d'acceptation prévus.

Le conditionnement de la substance médicamenteuse est jugé acceptable.

Stabilité

Les données sur la stabilité fondées sur des essais accélérés et de longue durée ont révélé que le maraviroc est un composé stable lorsqu'il est conditionné de la façon prévue pendant la période d'entreposage proposée.

3.1.2 Produit pharmaceutique

Description et composition

Les comprimés de 150 et de 300 mg de Celsentri (maraviroc) sont de forme ovale, biconvexes, de couleur bleue et pelliculés; ils portent l'inscription « Pfizer » sur un côté et « MVC 150 » ou « MVC 300 » sur l'autre. Les comprimés sont conditionnés dans des flacons de polyéthylène haute densité (PEHD) et des plaquettes alvéolées en polychlorure de vinyle (PVC). Les flacons de PEHD sont pourvus d'une fermeture de polypropylène à l'épreuve des enfants et d'un opercule thermoscellé d'aluminium et de polyéthylène; ils contiennent 30, 60, 120 ou 180 comprimés pelliculés de 150 ou 300 mg. Les plaquettes alvéolées en PVC ont un revêtement en papier d'aluminium et sont placées dans des boîtes contenant 30, 60, 90 ou 180 (2 x 90) comprimés pelliculés de 150 ou 300 mg.

Les comprimés de Celsentri renferment 150 ou 300 mg de maraviroc et les ingrédients inactifs suivants : phosphate de calcium dibasique, stéarate de magnésium, cellulose microcristalline et glycolate d'amidon sodique. La pellicule contient du carmin d'indigo sur laque d'aluminium (FD&C blue #2), du polyéthylèneglycol (macrogol 3350), de l'alcool polyvinylique, de la lécithine de soja, du talc et du dioxyde de titane.

Tous les ingrédients non médicinaux (excipients) présents dans le produit pharmaceutique sont autorisés par le Règlement sur les aliments et drogues. Les données sur la stabilité présentées à l'appui de la formulation commerciale proposée attestent la compatibilité du maraviroc avec les excipients.

Élaboration du produit pharmaceutique

Les modifications apportées au procédé de fabrication et à la formulation tout au long de l'élaboration du produit ont été examinées et sont jugées acceptables.

Procédé de fabrication et contrôles en cours de fabrication

La méthode de fabrication est jugée acceptable, et le procédé est considéré comme dûment contrôlé à l'intérieur de limites justifiées.

Contrôle du produit pharmaceutique

Celsentri a été soumis à des tests visant à vérifier que l'identité, l'apparence, l'uniformité du contenu, les concentrations des produits de dégradation, les impuretés microbiologiques et la dissolution sont conformes aux critères d'acceptation. Les limites proposées sont considérées comme adéquatement qualifiées (c.-à-d. qu'elles se situaient dans les limites établies par l'ICH et/ou étaient qualifiées à partir d'études toxicologiques). Le contrôle des impuretés et des produits de dégradation est donc jugé acceptable.

Les méthodes d'analyse et, lorsque nécessaire, les rapports de validation de toutes les méthodes qui ont servi à l'analyse du produit pharmaceutique (Celsentri) fini ainsi qu'aux essais de stabilité sont jugés satisfaisants.

Les résultats des analyses de lots ont été examinés et sont jugés conformes aux spécifications du produit pharmaceutique.

Stabilité

À la lumière des données sur la stabilité, la durée de conservation proposée de 24 mois est jugée acceptable pour les comprimés de Celsentri conditionnés dans des flacons de PEHD ou des plaquettes alvéolées en PVC conservés entre 15 °C et 30 °C.

La compatibilité du produit pharmaceutique avec les systèmes récipient-fermeture des contenants a été établie au moyen de tests officinaux et d'études de stabilité. Les systèmes récipient-fermeture satisfont à tous les critères d'acceptation des tests de validation.

3.1.3 Installations et équipement

L'aménagement, le fonctionnement et les mécanismes de contrôle des installations et de l'équipement servant à la production sont jugés acceptables pour les activités et les produits fabriqués.

Toutes les installations de fabrication proposées sont conformes aux exigences du titre 2 du Règlement sur les aliments et drogues.

Toutes les installations sont conformes aux bonnes pratiques de fabrication (BPF).

3.1.4 Évaluation de l'innocuité des agents adventices

Sans objet. Aucun composant des comprimés de Celsentri n'est d'origine humaine ou animale.

3.1.5 Conclusion

L'information soumise sur les caractéristiques chimiques et la fabrication de Celsentri montre que la substance médicamenteuse et le produit pharmaceutique peuvent être fabriqués de façon à répondre systématiquement aux spécifications approuvées. Des études appropriées sur l'élaboration et la validation ont été menées, et des contrôles adéquats sont en place pour la commercialisation.

3.2 Motifs non cliniques de la décision

3.2.1 Pharmacodynamique

Le maraviroc est un antagoniste sélectif du CCR5, un récepteur des chimiokines chez l'humain, dont l'effet est réversible. Des études in vitro ont révélé que la liaison du maraviroc au CCR5 inhibe l'interaction entre ce récepteur et la glycoprotéine de l'enveloppe (gp120) des souches de VIH à tropisme CCR5. Le maraviroc n'a présenté aucune activité contre les virus à tropisme CXCR4 et à tropisme double.

De nombreuses études ont été menées pour évaluer si le fait de cibler la protéine humaine CCR5 entraînerait des effets pharmacologiques secondaires indésirables. Le risque que le maraviroc ait un effet sur le système immunitaire de l'hôte a été évalué dans divers modèles in vitro du système immunitaire humain. Des expériences, plus particulièrement des essais mesurant la fonction immunitaire in vitro, ont indiqué que la liaison sélective au CCR5 et l'inhibition sélective de ce dernier étaient peu susceptibles d'avoir des conséquences sur les processus immunitaires. D'autres études in vitro ont révélé que le maraviroc avait un effet sur les canaux HERG des cellules cardiaques chez l'humain et pouvait bloquer le courant de repolarisation cardiaque IKr in vivo.

L'hypotension orthostatique était l'événement indésirable limitant la dose au cours des études de phase I. Selon une étude in vitro, les récepteurs CCR5 joueraient un rôle vasomoteur dans le système vasculaire humain. On a examiné l'effet du maraviroc administré par voie intraveineuse (IV) sur la pression artérielle et la fréquence cardiaque d'un chien conscient pendant un changement de posture. Les résultats ont indiqué que le maraviroc entravait légèrement la régulation réflexe normale de la pression artérielle lors du passage à la position de debout; cependant, une fois le chien debout, la pression artérielle était maintenue à une valeur normale. Cette observation était étayée par des résultats provenant d'études toxicologiques menées chez le chien dans lesquelles le maraviroc abaissait de façon irrégulière la pression artérielle, mais n'entraînait aucune hypotension orthostatique évidente.

3.2.2 Pharmacocinétique

Absorption

L'absorption du maraviroc est rapide après une administration par voie orale. Chez toutes les espèces animales étudiées, la concentration plasmatique maximale a été atteinte en ≤ 2 heures. Selon des études in vitro et in vivo, la glycoprotéine P limiterait l'absorption du maraviroc.

Distribution

Le maraviroc se lie modérément aux protéines plasmatiques chez le singe (~ 48 %), le rat (51 %), la souris (58 %), le chien(64 %) et le lapin (66 %).

Après l'administration IV de maraviroc radiomarqué, la radioactivité était rapidement et largement distribuée dans tous les tissus. Il a été établi que le maraviroc et/ou ses métabolites avaient une certaine affinité pour la mélanine. Il est courant que les bases lipophiles aient une affinité pour la mélanine, mais cette caractéristique n'annonce pas nécessairement une toxicité oculaire. Les résultats ont également révélé une faible pénétration de la substance dans le cerveau.

Métabolisme

Le maraviroc circule principalement dans l'organisme sous une forme inchangée dans une proportion de 40 % chez le lapin et de 74 % chez la souris. La substance était aussi principalement excrétée sous une forme inchangée chez toutes les espèces.

Les métabolites décelés étaient des produits d'une N-désalkylation et/ou d'une oxydation. On a observé un fort degré de similarité de ces produits entre les espèces.

Il a été établi que le maraviroc est un substrat de l'isoenzyme CYP3A4 du cytochrome P450 in vitro. Par conséquent, il est probable que l'administration concomitante d'inhibiteurs et d'inducteurs de cette isoenzyme aura une incidence sur la pharmacocinétique. Le maraviroc n'a pas inhibé les sept principaux isoenzymes du cytochrome P450 et, par conséquent, est peu susceptible d'avoir un effet sur le métabolisme d'autres substrats du cytochrome P450 coadministrés à des doses cliniques.

Élimination

L'élimination fécale (≥72 % de la dose administrée) représente la principale voie d'élimination chez toutes les espèces. L'élimination était rapide, et la majeure partie du médicament radiomarqué a été récupérée en 48 heures.

3.2.3 Toxicologie

Toxicité à dose unique

après l'administration d'une dose orale unique de maraviroc de 2 000 mg/kg à des souris et des rats, on n'a observé aucune toxicité importante du point de vue clinique.

Toxicité à doses multiples

La fourchette des doses examinées dans les études de toxicologie à doses multiples correspondait à une exposition plasmatique au maraviroc considérablement plus élevée que celle obtenue avec la dose thérapeutique maximale chez l'humain [300 mg deux fois par jour (BID)]. Les valeurs de la concentration plasmatique maximale du médicament libre (Cmax ) et celles de l'exposition au médicament (ASC) correspondaient à des multiples d'exposition pouvant atteindre 45 et 68 chez la souris (750 mg/kg/jour pendant 3 mois), 30 et 51 chez le rat (900 mg/kg/jour pendant 6 mois), 23 et 28 chez le chien (150 mg/kg/jour pendant 1 mois) ainsi que 35 et 37 chez le singe (400 mg/kg/jour pendant 9 mois), respectivement.

Pression artérielle et fréquence cardiaque
Les études toxicologiques chez le singe ont révélé une baisse de la pression artérielle aux doses quotidiennes de 200 et de 400 mg/kg/jour, accompagnée d'une diminution de la fréquence cardiaque à la dose de 400mg/kg/jour. Les doses de 200 mg/kg/jour (étude de 1 mois) et de 400 mg/kg/jour (étude de 9 mois) étaient associées à des concentrations plasmatiques du médicament libre similaires (1 815 ng/mL et 1 718 ng/mL, respectivement), lesquelles étaient environ 11 fois plus élevées que celles observées à la dose thérapeutique (300 mg BID). au cours de l'étude de 9 mois, on n'a constaté aucun effet sur la pression artérielle et la fréquence cardiaque à la dose de 120 mg/kg/jour, et la concentration plasmatique était 5 fois celle observée à la dose thérapeutique administrée chez l'humain (300 mg BID).

Allongement de l'intervalle QTc
Chez le chien, le maraviroc a contribué à allonger l'intervalle QTc aux doses ≥ 15 mg/kg/jour, et, chez le singe, aux doses ≥ 200 mg/kg/jour. Les concentrations plasmatiques du médicament libre associées aux doses entraînant les effets les plus légers correspondaient à une exposition 6 et 12 fois plus élevée que celle observée chez l'humain à la dose thérapeutique de 300 mg BID, respectivement. Chez ces deux espèces, les doses de 5 mg/kg/jour et de 120 mg/kg/jour, respectivement, n'avaient pas d'effet sur l'intervalle QTc aux concentrations plasmatiques 2 et 5 fois supérieures à la concentration thérapeutique maximale. En outre, on n'a pas observé de signes d'arythmie chez le chien ou le singe aux concentrations plasmatiques correspondant à 23 et 38 fois la concentration thérapeutique maximale. Selon cette donnée, le risque d'arythmie grave attribuable au maraviroc chez l'humain est faible à la dose thérapeutique. Toutefois, en cas d'une grave surdose de maraviroc, il peut y avoir modification de l'intervalle QT. La monographie de produit fait état de cette observation dans la section relative à la surdose.

Données sur la fonction hépatique
Les études toxicologiques à doses multiples menées chez la souris, le rat, le chien et le singe ont permis de déterminer que le foie était un organe ciblé par le maraviroc uniquement chez le rat. On a constaté la présence d'une hyperplasie des conduits biliaires aux doses de 300 mg/kg/jour [25 fois l'exposition humaine (ASC) à 300 mg BID]. À la dose de 900 mg/kg/jour, parmi les données additionnelles, citons la présence de foyers de cellules altérées et d'hépatocytes multinucléés. À la dose de 1 500 mg/kg/jour [34 fois l'exposition humaine (ASC) à 300 mg BID], on a noté une augmentation de la concentration des transaminases plasmatiques accompagnée d'une nécrose hépatocellulaire chez un animal.

Cancérogénicité

Dans les 24 mois de l'étude sur la cancérogénicité, on a constaté chez le rat une augmentation de la fréquence des adénomes folliculaires de la thyroïde chez les deux sexes à une concentration plasmatique correspondant à 21 fois l'exposition chez l'humain obtenue à la dose de 300 mg BID. Un risque similaire chez l'humain est peu probable en raison de la relation étroite qui existe entre le déséquilibre de l'homéostasie régulée par la thyroïde et l'hypophyse chez les rongeurs et l'apparition d'adénomes folliculaires de la thyroïde. On a décelé un cholangiocarcinome, une tumeur rare, dans le foie de deux rats mâles à la dose de 900 mg/kg. La fréquence, 2/60 (3,3 %), était légèrement plus élevée que celle observée dans une grande banque de données de rats mâles témoins, soit 3/1850 (0,2 %). Les taux d'exposition au médicament dans le plasma correspondaient une fois de plus à 21 fois l'exposition humaine obtenue à la dose de 300 mg BID. Ces deux résultats figurent dans la monographie de produit.

Mutagénicité

Selon les résultats de la batterie d'épreuves habituelles évaluant la génotoxicité (lignes directrices ICH S2B), le maraviroc n'était pas mutagène ou clastogène.

Toxicité pour l'appareil reproducteur et le développement

Il a été établi que le maraviroc n'entraînait pas d'effets indésirables sur la fertilité à une exposition plasmatique (ASC) 39 fois plus élevée que celle observée chez l'humain à la dose thérapeutique maximale.

Lors de l'étude portant sur le développement embryofoetal du lapin, on a noté une augmentation de la fréquence des anomalies externes chez les foetus du groupe exposé à une dose élevée (200 mg/kg). La dose sans effet nocif observée (DSENO) était de 75 mg/kg pour les femelles gestantes et les foetus [exposition (ASC) 7 fois plus élevée que la dose thérapeutique].

Une étude menée chez des rates en lactation a révélé que le maraviroc était largement sécrété dans le lait.

Immunotoxicité

Chez le singe, on n'a décelé aucun effet indésirable du médicament sur le système immunitaire aux expositions plasmatiques occasionnant une occupation complète et continue des récepteurs CCR5 et à une exposition 16 fois supérieure à celle observée à la dose thérapeutique de 300 mg BID.

3.2.4 Résumé et conclusion

Les études de pharmacodynamique ont établi de façon appropriée la grande efficacité et la sélectivité du maraviroc en tant qu'antagoniste du CCR5 dans le traitement de l'infection à VIH-1. Plusieurs préoccupations touchant à l'innocuité ont été relevées précédemment pendant la mise au point des antagonistes du corécepteur CCR5 en général. Afin d'évaluer l'innocuité, on a caractérisé le profil de toxicité non clinique du maraviroc au moyen d'une grande gamme d'études in vitro et in vivo comprenant des études de cancérogénicité réalisées chez le rat et la souris. Les résultats de ces études n'ont pas révélé un risque accru d'infection, de lymphome ou d'hépatotoxicité. On a constaté un effet certain sur l'allongement de l'intervalle QT. On a observé des effets sur la pression artérielle et la fréquence cardiaque chez le chien et le singe; toutefois, on n'a pas réussi à élucider le mécanisme en raison de résultats non concluants.

Globalement, les études non cliniques portant sur Celsentri sont jugées acceptables. Aucun élément toxicologique ou pharmacologique non clinique ne ferait obstacle à l'autorisation de cette présentation de drogue nouvelle. La monographie de produit traite adéquatement de toutes les questions d'innocuité.

3.3 Motifs cliniques de la décision

3.3.1 Pharmacodynamique

On a noté que le maraviroc se liait in vitro au récepteur CCR5 chez l'humain avec une grande affinité et une grande spécificité. Le maraviroc inhibe la fixation de la sous-unité gp120 du VIH-1 au récepteur CCR5 chez l'humain.

Au cours d'une étude randomisée, contrôlée par placebo et menée à double insu chez des patients asymptomatiques infectés par le VIH, toutes les doses de maraviroc [25 mg une fois par jour (QD), 50 mg BID, 100 mg BID et 300 mg BID] ont entraîné une baisse de la charge virale qui était, sur le plan statistique, significativement supérieure à celle entraînée par le placebo. Les doses de 100 et de 300 mg BID ont réduit considérablement et de façon similaire la charge virale; les doses de 25 mg QD et de 50 mg BID ont entraîné une baisse sous-optimale. En ce qui concerne la charge virale, le retour aux valeurs de départ s'est fait plus lentement aux doses de 100 et de 300 mg BID qu'aux doses de 25 mg QD et de 50 mg BID. Le temps nécessaire pour un retour aux valeurs de départ était aussi plus long chez les patients traités par le maraviroc (toutes doses confondues) que chez ceux traités par placebo. L'administration de maraviroc aux concentrations inférieures ou égales à 300 mg BID n'a entraîné aucune interruption de traitement, aucun événement indésirable lié à la dose ni aucun résultat de laboratoire anormal cliniquement significatif.

Dans une autre étude de pharmacodynamique, on a observé un changement de tropisme chez deux patients. Dans les deux cas, il y avait lieu de croire qu'avant le début de leur traitement par le maraviroc, les patients présentaient des taux faibles de R5/X4. L'épreuve recombinante effectuée avant le traitement a permis d'établir que la sensibilité au maraviroc ne semblait pas se modifier dans le temps. Quatre heures après l'administration du traitement, le degré d'occupation des récepteurs CCR5 était élevé; la moyenne de cette occupation se chiffrait à plus de 80 % lors des 10 jours du traitement dans tous les groupes maraviroc et s'élevait à > 60 % au 15e jour.

3.3.2 Pharmacocinétique

Absorption

Chez les sujets sains, les concentrations plasmatiques maximales de maraviroc ont été obtenues de 0,5 à 4 heures après l'administration orale de doses uniques allant de 1 à 1 200 mg. Les propriétés pharmacocinétiques du maraviroc administré oralement n'étaient pas proportionnelles à la dose dans la fourchette des doses étudiées. La biodisponibilité absolue d'une dose de 100 mg était de 23 %, et on prévoit qu'elle serait de 33 % dans le cas d'une dose de 300 mg. Le maraviroc est le substrat de la glycoprotéine P, une pompe d'efflux transmembranaire.

Distribution

Chez l'humain, le maraviroc était principalement lié aux protéines plasmatiques, dans une proportion d'environ 76 %, ce indique une affinité modérée pour l'albumine et l'alpha-1 glycoprotéine acide. Le volume de distribution du maraviroc était approximativement de 194 L.

Métabolisme

Le maraviroc était principalement métabolisé par le foie par l'entremise du cytochrome P450. La principale isoenzyme responsable de la biotransformation était la CYP3A4. Les isoenzymes CYP2C9, CYP2D6 et CYP2C19 n'ont pas contribué de manière importante au métabolisme du maraviroc.

La forme inchangée du maraviroc était essentiellement la seule molécule en circulation. Le principal métabolite était formé par N-désalkylation et ne présentait aucune activité pharmacologique importante. Les autres métabolites étaient peu importants et provenaient d'une mono-oxydation.

Élimination

Le maraviroc était surtout éliminé dans les matières fécales. Environ 96 % de la dose marquée a été récupérée après 168 heures, dans une proportion de 76 % dans les matières fécales et de 20 % dans l'urine. La forme inchangée était la principale molécule mesurée dans les fèces et l'urine.

Populations particulières

Lors d'une étude de phase I particulière comparant des patients asiatiques et de race blanche, on n'a observé aucune différence en ce qui concerne la pharmacocinétique du maraviroc. L'analyse pharmacocinétique de la population tirée des études de phase III a indiqué que les taux d'exposition au médicament (ASC) étaient plus élevés de 26,5 % chez les Asiatiques par rapport aux non-Asiatiques. Cependant, selon les résultats, il n'y a pas lieu d'ajuster la dose de maraviroc chez les patients asiatiques infectés par le VIH.

Chez les patients atteints d'insuffisance hépatique légère ou modérée, les valeurs de l'ASC étaient respectivement de 25 % et de 46 % plus élevées que chez les patients dont la fonction hépatique est normale.

Les effets d'une altération de la fonction rénale sur l'exposition au maraviroc chez les sujets traités par des inhibiteurs de la CYP3A4/glycoprotéine P ont été modélisés par ordinateur. À la lumière des résultats d'une simulation de plusieurs profils de concentration de maraviroc chez des patients atteints de différents degrés d'insuffisance rénale recevant également de puissants inhibiteurs de la CYP3A4/glycoprotéine P dans le cadre du traitement de base optimisé, on a ajusté l'intervalle posologique dans la monographie de produit.

Études d'interactions médicamenteuses

Les interactions médicamenteuses ont été étudiées entre le maraviroc et les médicaments suivants : inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase inverse (didanosine EC, lamivudine, stavudine, ténofovir et zidovudine), inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase inverse (éfavirenz et névirapine), inhibiteurs de protéase (atazanavir, atazanavir/ritonavir, darunavir/ritonavir, lopinavir/ritonavir, ritonavir, saquinavir, saquinavir/ritonavir et tipranavir/ritonavir) ainsi que des médicaments d'autres catégories (midazolam, sulfaméthoxazole/triméthoprime, kétoconazole, éthinylestradiol/lévonorgestrel et rifampicine). Parmi les trois classes d'antirétroviraux testés, tous les inhibiteurs de protéase (inhibiteurs de la CYP3A4) à l'exception de l'association tipranavir/ritonavir ont considérablement augmenté l'exposition au maraviroc. De ces résultats a découlé la recommandation posologique proposée, soit 150 mg BID au lieu de 300 mg BID, lorsque le maraviroc est administré en association avec un inhibiteur de protéase ou de la CYP3A4, notamment en raison d'une hypotension orthostatique plus importante aux doses d'exposition élevées. L'éfavirenz et la rifampicine, tous deux des inducteurs de la CYP3A4, ont diminué de façon marquée l'exposition au maraviroc, ce qui a une fois de plus mené à la recommandation posologique proposée de 600 mg BID au lieu de 300 mg BID lorsque le maraviroc est administré en association avec un inducteur de la CYP3A4.

Effets sur l'intervalle QT

Aux doses uniques de 100, 300 et 900 mg de maraviroc administrées par voie orale, la prolongation maximale moyenne de l'intervalle QTc corrigée en fonction du placebo était de -2,3, -0,6 et 1,0 msec, respectivement. On n'a décelé aucun allongement du QTc ≥ 60 msec chez tous les sujets, et aucun d'entre eux n'a présenté un intervalle excédant le seuil de 500 msec.

Effets sur l'hémodynamie

Les doses de 900 mg de maraviroc ont provoqué une diminution de la résistance vasculaire générale et de l'index systolique, et une augmentation de l'index cardiaque et de la fréquence cardiaque. Le maraviroc n'a pas occasionné de changement cliniquement important de la pression systolique ou diastolique en décubitus. Ces effets étaient pour la plupart maintenus durant les 4 heures qui succèdent au traitement.

Les effets pharmacodynamiques du maraviroc correspondent à ceux attendus d'un vasodilatateur léger et se manifestent par une réponse hémodynamique entièrement compensée qui maintient la pression artérielle en décubitus. Trois sujets ont présenté une hypotension orthostatique, ce qui signifie que les variations orthostatiques n'ont pas toujours été complètement compensées.

3.3.3 Efficacité clinique

L'efficacité du maraviroc a été évaluée sur 24 semaines lors de deux études de phase III, menées sur des patients ayant déjà reçu un traitement et infectés par un virus à tropisme CCR5, et lors d'une étude de phase IIb réalisée chez des patients infectés par un virus VIH-1 à tropisme double/mixte. La majorité des patients étaient des hommes de race blanche dont l'âge moyen était de 46 ans. Au cours des études de phase III, les patients ont reçu une dose équivalant à 300 mg [150 mg deux fois par jour (BID) ou 150 mg une fois par jour (QD), le traitement de base optimisé comprenant au moins inhibiteur de protéase (sauf le tipranavir) et/ou la délavirdine; 300 mg QD ou BID pour tous les autres traitements de base optimisés, y compris le tipranavir]. Par rapport aux patients ayant reçu le placebo et le traitement de base optimisé, les patients traités par le maraviroc et recevant le traitement de base optimisé présentaient une baisse de la charge virale moyenne de -0,97 log10 copies/mL (ARN de VIH-1) par rapport à la valeur de départ ainsi qu'un compte de lymphocytes CD4+ plus élevé. Cette efficacité était statistiquement et cliniquement significative dans la population à l'étude. Chez les patients affichant un faible score de sensibilité globale ou un compte de lymphocytes CD4 < 50 cellules/µL, l'administration de maraviroc deux fois par jour apparaissait plus efficace que l'administration uniquotidienne la charge virale à < 50 copies/mL. La recommandation de la dose équivalant à 300 mg administrée deux fois par jour est justifiée par les résultats de ces études, de même que par les résultats des études de pharmacologie clinique.

Les facteurs qui déterminent la réponse du virus au maraviroc comprenaient le tropisme du VIH-1 avant le traitement, l'apparition d'une résistance et un faible score de sensibilité globale. L'efficacité du maraviroc n'était pas statistiquement plus grande que celle du placebo chez les patients infectés par des virus à tropisme double/mixte lors de l'étude de phase IIb. Dans les études de phase III, chez environ 60 % des patients pour qui le traitement a échoué, l'échec était causé par l'apparition de variantes du VIH-1 à tropisme CXCR4 ou à tropisme double/mixte que l'on n'avait pas détectées avant le début du traitement à l'aide de l'épreuve de tropisme. Pour en conclure qu'un changement de corécepteur n'avait pas eu lieu, on s'est fondé sur l'analyse de 192 clones de virus isolés chez 20 patients sélectionnés et répartis aléatoirement dans le groupe maraviroc (16) et le groupe placebo (4). On ne peut exclure la possibilité d'un changement de tropisme consécutif au traitement par le maraviroc dans la population. Après l'analyse d'isolats de virus provenant de patients ayant développé une résistance au maraviroc, on n'a pas constaté l'émergence d'une mutation bien précise. Dans la fourchette des scores de sensibilité globale étudiés, le maraviroc s'est avéré plus efficace que le traitement de base optimisé seul, mais on a observé une meilleure réponse par rapport au placebo chez les patients affichant un score de sensibilité globale < 3 comparativement aux patients qui ne répondaient pas au traitement de base optimisé.

Comme l'efficacité du maraviroc a essentiellement été étudiée chez des hommes de race blanche, il n'est pas possible de recommander un ajustement de la dose chez les femmes et chez les patients d'une autre origine ethnique dans la monographie de produit à ce stade-ci. On dispose de très peu de données selon lesquelles l'efficacité du maraviroc serait entravée chez les patients de race noire; le nombre de cas était peu élevé. On n'a pas examiné plus particulièrement l'efficacité du maraviroc chez les patients gériatriques et pédiatriques, les patients atteints d'insuffisance hépatique grave et ceux coinfectés par le virus de l'hépatite B et/ou de l'hépatite C.

Les résultats des études d'efficacité soumis dans le cadre de cette présentation étayent l'indication prévue par le promoteur, soit le traitement de patients adultes infectés par un virus VIH-1 à tropisme CCR5 qui ont déjà fait l'objet d'un traitement et qui présentent des signes de résistance à plusieurs agents antirétroviraux.

3.3.4 Innocuité clinique

L'innocuité clinique du maraviroc a été évaluée dans le cadre de deux études de phase III et d'une étude de phase IIb. Le nombre de cas d'événements indésirables et d'événements indésirables graves, de même que le nombre de patients qui ont dû abandonner l'étude en raison d'événements indésirables, étaient similaires dans tous les groupes de traitement. Dans l'ensemble, il n'y a pas eu d'augmentation de la mortalité chez les patients traités par le maraviroc par rapport à ceux recevant le placebo, et les causes de mortalité étaient caractéristiques de la population ciblée.

Les événements indésirables les plus fréquemment signalés dans tous les groupes de traitement étaient les suivants : diarrhée, nausées, céphalées et fatigue. Les événements indésirables les plus fréquents chez les patients recevant le maraviroc plutôt que le placebo étaient les suivants : toux, pyrexie, infections des voies respiratoires supérieures, éruptions cutanées, symptômes locomoteurs, douleurs abdominales et étourdissements.

Parmi les événements indésirables cardiovasculaires, on a relevé des cas d'ischémie myocardique et d'infarctus du myocarde dans les groupes maraviroc, mais pas dans le groupe placebo. Même si la plupart des patients avaient des maladies cardiaques sous-jacentes et/ou étaient exposés à un risque de maladie cardiovasculaire, le déséquilibre observé entre les groupes maraviroc et placebo relativement à ces événements indésirables indiquait un problème d'innocuité potentiel.

On a constaté un plus grand nombre de cas d'hypotension orthostatique [définie comme une pression artérielle systolique en position debout < 90 mmHg ou une baisse de la pression artérielle lors du passage de la position couchée à la position debout ≥ 10 mmHg (systolique) et ≥ 20 mmHg (diastolique)] à la semaine 24 dans les groupes maraviroc comparativement au groupe placebo. Dans les études de phase I, l'effet toxique limitant la dose était l'hypotension orthostatique observée à la dose de 600 mg de maraviroc. Les cas d'hypotension orthostatique et de syncope aux doses thérapeutiques est inquiétante, particulièrement chez les patients recevant également des inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 (PDE-5) ou de la CYP3A4. On a abordé ce problème d'innocuité dans la monographie de produit, et on a ajouté une mise en garde à propos de l'utilisation de maraviroc chez les patients recevant également des inhibiteurs de la PDE-5 ou de la CYP3A4. Aucun signe ne semblait indiquer que le maraviroc était associé à un allongement de l'intervalle QTc chez les patients ayant participé à ces études.

Le nombre d'événements indésirables graves requérant une intervention ou une modification du traitement était semblable chez les patients traités par le maraviroc et chez ceux recevant le placebo. La fréquence des cas d'infection par le virus de l'herpès était plus élevée chez les patients traités par le maraviroc que chez ceux recevant le placebo (4,3 % dans le groupe QD et 6,8 % dans le groupe BID comparativement à 3,8 % dans le groupe placebo). La fréquence des cas d'infection des voies respiratoires était plus élevée chez les patients traités par le maraviroc que chez ceux recevant le placebo (20 % contre 11,5 %), à l'exception des cas de pneumonie, dont la fréquence était inférieure chez les patients traités par le maraviroc que chez ceux recevant le placebo (2,1 % contre 4,8 %). On n'a pas constaté d'augmentation globale de la malignité chez les patients utilisant le maraviroc. Lors de l'une des études de phase III, on a signalé un cas de cholangiocarcinome pouvant être associé au traitement par le maraviroc. On a également relevé de rares cas de cholangiocarcinome au cours d'études non cliniques menées sur des rats recevant du maraviroc.

Des événements indésirables hépatiques sont survenus chez les patients traités par le maraviroc. La détermination de la cause était difficile en raison de la présence d'anomalies de la fonction hépatique au début du traitement chez bon nombre de ces patients. Les anomalies de score 3 et 4 mesurées par des épreuves de la fonction hépatique étaient similaires dans tous les groupes de traitement. Un cas d'hépatotoxicité accompagné de symptômes d'allergie pouvant être associé au traitement par le maraviroc a été signalé chez un sujet bien portant lors d'une étude de phase I et a été mentionné dans la mise en garde figurant dans la monographie de produit de Celsentri. Le nombre de patients présentant une coinfection par le virus de l'hépatite B et/ou de l'hépatite C participant à des études de phase II et de phase III n'était pas suffisant pour permettre une évaluation adéquate des effets du maraviroc sur la fonction hépatique dans cette sous-population.

On a observé une augmentation du pourcentage global des troubles oculaires (toutes causes confondues) après le traitement dans le groupe maraviroc BID (~ 10 %) par rapport au groupe maraviroc QD (~ 8 %) et au groupe placebo (~ 8 %).

Puisque le maraviroc est un antagoniste d'un corécepteur intervenant dans la fonction immunitaire, il y a lieu de se préoccuper des conséquences du traitement sur la surveillance immunitaire de l'hôte. L'évaluation des effets à long terme du traitement par le maraviroc dépassait le cadre de la présentation. Le promoteur s'est engagé à faire un suivi de 5 ans des patients ayant participé aux études de phase III.

3.4 Évaluation des avantages / risques et recommandation

3.4.1 Évaluation des avantages / risques

Celsentri (maraviroc) entrave l'une des étapes nécessaires à l'entrée du VIH-1 dans les lymphocytes exprimant le CD4, ce qui empêche l'infection virale. Le maraviroc, un antagoniste sélectif et réversible du CCR5, un corécepteur des chimiokines, bloque la liaison de la glycoprotéine 120 (gp120) du VIH-1 au CCR5 par une inhibition allostérique. Le CCR5 semble jouer un rôle physiologique dans la réponse immunitaire. La mise au point des antagonistes du CCR5 a été justifiée par plusieurs études antérieures où il avait été établi que des individus ayant des mutations qui inactivent le CCR5 ou en réduisent l'activité voyaient leur maladie progresser plus lentement que les patients ayant le gène sauvage. Celsentri a été évalué dans le cadre de la Politique sur le traitement prioritaire, car le produit semblait présenter un meilleur profil avantages/risques que les traitements actuels chez un certain sous-groupe de patients (ceux uniquement infectés par des virus à tropisme CCR5 décelés à l'aide de tests de détermination du tropisme) atteints d'une maladie ou d'une affection qui ne peut être traitée adéquatement par aucun médicament commercialisé au Canada.

Les avantages du traitement par le maraviroc sont les suivants :

  • Une posologie biquotidienne sans restrictions alimentaires, associée à une bonne observance de la part des patients et à une baisse de la probabilité de l'apparition d'une résistance en raison d'une interruption du traitement.
  • Données solides sur l'efficacité du maraviroc à la dose proposée chez la population ciblée.
  • Aucun signe clinique d'allongement de l'intervalle QTc.
  • Aucune augmentation de la fréquence des interruptions de traitement causées par des réactions indésirables ou une mortalité accrue.

Les risques associés à l'utilisation de maraviroc dans le cadre d'un traitement antirétroviral sont les suivants :

  • Émergence de virus à tropisme mixte/double (non décelés au début du traitement à l'aide des tests de détermination du tropisme) consécutive au traitement par le maraviroc pouvant être associée à un risque accru de progression de la maladie.
  • Hépatotoxicité.
  • Absence de données sur le risque d'une baisse de l'efficacité et/ou de l'innocuité (par exemple risque d'événements indésirables hépatiques) chez les patients coinfectés par le virus de l'hépatite B et/ou de l'hépatite C; cependant, les taux de maraviroc ont augmenté chez les patients atteints d'insuffisance hépatique modérée.
  • Comme des cas d'hypotension orthostatique et de syncope liés au traitement par le maraviroc ont été signalés pendant 1) des études de phase 3 chez des patients infectés par le VIH ayant reçu la dose recommandée et 2) des études de phase 1 chez des volontaires bien portants ayant reçu des doses plus élevées que la dose recommandée, la prudence est de mise chez les patients ayant des antécédents d'hypotension orthostatique ou prenant en concomitance des médicaments connus pour abaisser la pression artérielle.
  • Risque accru d'hypotension orthostatique et de syncope causé par une exposition accrue au maraviroc attribuable à l'utilisation concomitante d'inhibiteurs de la CYP3A4 ou de la PDE-5.
  • Apparition possible d'une résistance au maraviroc en raison d'une moins grande exposition.
  • Risque possible d'une augmentation des infections et/ou des affections malignes attribuable à une altération de la réponse immunitaire découlant de l'action antagoniste du maraviroc sur le récepteur CCR5.

Les discussions avec le promoteur à propos à l'étiquetage ont mené à une révision de la monographie de produit de Celsentri en fonction des risques et des avantages associés au traitement par le maraviroc.

Le promoteur s'est engagé à faire un suivi de 5 ans des patients participant actuellement aux études de phase III. Dans cette population, on surveillera l'augmentation de la fréquence de l'insuffisance hépatique, des affections malignes, de l'ischémie myocardique ou d'infarctus du myocarde, de la rhabdomyolysie et des infections. Le promoteur mène aussi une étude chez les patients coinfectés par le virus de l'hépatite C et/ou de l'hépatite B, y compris certains sujets ayant un score de C selon l'échelle de Child-Pugh.

3.4.2 Recommendation

Après avoir examiné les données sur la qualité, l'innocuité et l'efficacité du produit, Santé Canada estime que Celsentri a un profil avantages/risques favorable au traitement de l'infection à VIH-1 à tropisme CCR5 chez des adultes ayant déjà fait l'objet d'un traitement antirétroviral, mais qui présentent des signes de résistance à plusieurs agents antirétroviraux. La présentation de drogue nouvelle répond aux exigences des articles C.08.002 et C.08.005.1 et, par conséquent, Santé Canada a émis l'Avis de conformité prévu par l'article C.08.004 du Règlement sur les aliments et drogues.

4 Étapes importantes de la présentation

Étapes importantes de la présentation: Celsentri

Étape importante de la présentationDate
Réunion préalable à la présentation2007-01-24
Demande de traitement prioritaire
Déposée2007-01-29
Approuvée par le directeur, BGMIV2007-02-26
Dépôt de la Présentation2007-03-01
Examen préliminaire
Lettre d'acceptation à l'issue de l'examen préliminaire2007-03-28
Examen
Évaluation biopharmaceutique terminée2007-08-22
Évaluation de la qualité terminée2007-09-17
Évaluation clinique terminée2007-09-14
Examen de l'étiquetage terminé2007-09-18
Délivrance de l'AC par le directeur général2007-09-21