Sommaire des motifs de décision portant sur Eloxatin ®
Décisions d'examen
Le sommaire des motifs de décision explique les raisons pour lesquelles un produit a reçu une autorisation de vente au Canada. Le document comprend les considérations portant sur la réglementation, l’innocuité, l’efficacité et la qualité (sur le plan de la chimie et de la fabrication).
Type de produit:
- Ce document est une traduction française du document anglais approuvé.
EloxatinMD
Oxaliplatine, 50 mg/flacon et 100 mg/flacon, poudre pour solution; 5 mg/mL, solution, Intraveineuse
sanofi-aventis Canada Inc.
No de contrôle de la présentation : 109965
Émis le : 2009-02-19
Avant-propos
Le Sommaire des motifs de décision (SMD) de Santé Canada expose les motifs d'ordre scientifique et réglementaire sur lesquels reposent les décisions de Santé Canada concernant la réglementation des médicaments et des instruments médicaux. Les SMD sont rédigés en langage technique à l'intention des personnes et groupes intéressés aux décisions de Santé Canada portant sur un produit donné et sont le reflet des observations consignées dans les rapports d'évaluation. À ce titre, les SMD servent à compléter et non à répéter l'information contenue dans la monographie de produit.
Nous invitons les lecteurs à consulter le « Guide du lecteur sur le Sommaire des motifs de décision - Médicaments au sujet de l'interprétation des termes et des acronymes utilisés ici. Ils trouveront également dans ce guide un aperçu du processus d'examen des présentations de drogue dans le feuillet intitulé « Comment les médicaments sont examinés au Canada », qui décrit les facteurs pris en considération par Santé Canada au cours du processus d'examen et d'autorisation d'une présentation de drogue. Les lecteurs devraient aussi consulter le document intitulé « Initiative du sommaire des motifs de décision - Foire aux questions ».
Le SMD correspond à l'information dont disposent les autorités de réglementation de Santé Canada au moment de prendre une décision. Les présentations subséquentes examinées à d'autres fins ne sont pas incluses dans la Phase I de la stratégie de mise en oeuvre des SMD. Pour obtenir de l'information à jour sur un produit en particulier, les lecteurs sont priés de consulter la monographie la plus récente de ce produit. Santé Canada fournit également l'information au sujet mises en garde diffusées après la commercialisation ou d'avis émis à la suite d'effets indésirables (EI).
Pour de plus amples renseignements sur un produit en particulier, les lecteurs peuvent également se rendre sur les sites Web des organismes de réglementation d'autres pays. L'information reçue à l'appui d'une présentation de drogue au Canada peut cependant ne pas être identique à celle reçue par d'autres gouvernements.
Autres politiques et lignes directrices
Les lecteurs sont invités à consulter le site Web de Santé Canada, où ils trouveront d'autres politiques et lignes directrices au sujet des médicaments, notamment le document intitulé «Gestion des présentations de drogues ».
1 Information sur le produit et la présentation
Marque nominative :
Fabricant/promoteur :
Ingrédient médicinal :
Dénomination commune internationale :
Concentration :
Forme posologique :
Voie d'administration :
Identification numérique de drogue (DIN) :
- 02296268 - 50 mg/flacon, poudre pour solution
- 02296276 - 100 mg/flacon, poudre pour solution
- 02296284 - 5 mg/mL, solution
Classe pharmaco-thérapeutique (classe ATC) :
Ingrédients non médicinaux :
Type et numéro de présentation :
Date de la présentation :
Date de l'autorisation :
2 Avis de décision
Le 15 juin 2007, Santé Canada a émis à l'intention de sanofi-aventis Canada Inc. Un avis de conformité du produit pharmaceutique Eloxatin.
Eloxatin contient de l'oxaliplatine, un ingrédient médicinal utilisé comme agent antinéoplasique.
L'emploi d'Eloxatin est indiqué en association avec le 5-fluorouracile (5-FU) et la leucovorine (LV) pour le traitement des patients atteints d'un cancer colorectal métastatique. Le cancer colorectal métastatique est l'une des principales causes de morbidité et de mortalité par cancer en Occident. Dans les solutions physiologiques, Eloxatin subit un processus de conversion non enzymatique et produit des dérivés actifs par le déplacement du ligand labile oxalate. Plusieurs espèces réactives transitoires se constituent alors, et il se crée des ponts Pt-AND interbrins et intrabrins. Ces ponts inhibent la réplication et la transcription de l'ADN, ce qui entraîne des effets cytotoxiques et antitumoraux.
L'autorisation de mise en marché s'appuie sur des données issues d'études de contrôle de la qualité (chimie et fabrication) et d'études non cliniques et cliniques. L'innocuité et l'efficacité cliniques étaient appuyées par quatre essais de phase III, dix rapports périodiques de pharmacovigilance et cinq évaluations cumulatives de questions d'innocuité pertinentes. En comparaison du traitement par 5-FU/LV, l'association Eloxatin et 5-FU/LV a entraîné une amélioration considérable du taux de réponse et du délai avant la progression chez les patients ayant déjà subi des traitements. On n'a pas observé d'amélioration statistiquement significative du taux médian de survie globale. Chez les patients qui n'avaient pas déjà subi de traitement, l'association Eloxatin et 5-FU/LV a entraîné un allongement considérable du délai avant la progression, un meilleur taux de survie globale et un meilleur taux de réponse que l'association irinotécan et 5-FU/LV. Les effets toxiques étaient courants. L'utilisation d'Eloxatin comporte des risques très graves (voir la monographie de produit pour une liste complète); le rapport entre les avantages et les risques est toutefois favorable compte tenu de l'indication.
Eloxatin (50 mg/flacon, 100 mg/flacon, 5 mg/mL, oxaliplatine) est offert sous forme de poudre lyophilisée pour injection et sous forme de solution pour injection. La posologie recommandée, à administrer aux deux semaines, est la suivante : jour 1 - 85 mg/m2 d'Eloxatin en perfusion IV et 200 mg/m2 de LV en perfusion IV pendant 2 à 6 heures, puis bolus IV de 400 mg/m2 de 5-FU pendant 2 à 4 minutes et 600 mg/m2 de 5-FU en perfusion pendant 22 heures consécutives; jour 2 - 200 mg/m2 de LV en perfusion IV pendant 2 heures, puis bolus IV de 400 mg/m2 de 5-FU pendant 2 à 4 minutes et 600 mg/m2 de 5-FU en perfusion pendant 22 heures consécutives. La posologie doit être ajustée en fonction de la tolérabilité. Si l'on observe une diarrhée, des effets neurotoxiques ou une toxicité hématologique graves ou potentiellement mortels, il peut s'avérer nécessaire de modifier les doses. Les recommandations concernant la posologie sont décrites dans la monographie de produit.
Eloxatin est contre-indiqué chez les patients ayant des antécédents d'allergie à Eloxatin, à d'autres composés contenant du platine ou à tout ingrédient du médicament ou composant du contenant, chez les femmes qui allaitent ou qui sont enceintes, et chez les patients atteints d'une grave insuffisance rénale (clairance de la créatinine < 30 mL/min). Eloxatin doit être administré dans les conditions énoncées dans la monographie de produit, avec les précautions qui s'imposent compte tenu des risques associés à son utilisation. Les conditions détaillées relatives à l'usage d'Eloxatin sont décrites dans la monographie de produit.
Eloxatin a été évalué dans le cadre de la Politique sur le traitement prioritaire, car il s'est révélé significativement supérieur sur le plan de l'innocuité au traitement standard existant (IFL - irinotécan/5-FU/LV) contre le cancer colorectal métastatique, une maladie grave et potentiellement mortelle qui n'est pas traitée adéquatement par les médicaments offerts au Canada.
Conformément à son examen des données sur la qualité, l'innocuité et l'efficacité du produit, Santé Canada juge que le rapport entre les avantages et les risques d'Eloxatin, en association avec le 5-fluorouracile (5-FU) et la leucovorine (LV), est favorable au traitement des patients atteints d'un cancer colorectal métastatique.
3 Motifs d'ordre scientifique et réglementaire
3.1 Motifs d'ordre qualitatif
3.1.1 Substance médicamenteuse (Ingrédient médicinal)
Renseignements généraux
L'oxaliplatine, l'ingrédient médicinal présent dans Eloxatin, est un agent antinéoplasique appartenant à une nouvelle classe de composés à base de platine dans lesquels le platine (Pt) forme un complexe avec le 1,2-diaminocyclohexane et un groupe oxalate. Eloxatin est indiqué en association avec le 5-fluorouracile (5-FU) et la leucovorine (LV) dans le traitement de patients atteints de cancer colorectal métastatique. Le cancer colorectal métastatique est l'une des principales cause de morbidité et de mortalité par cancer en Occident. Dans les solutions physiologiques, Eloxatin subit un processus de conversion non enzymatique et produit des dérivés actifs par le déplacement du ligand labile oxalate. Plusieurs espèces réactives transitoires se constituent alors et créent des ponts Pt-ADN interbrins et intrabrins. Ces ponts inhibent la réplication et la transcription de l'ADN, ce qui entraîne des effets cytotoxiques et antitumoraux.
Procédé de fabrication et contrôles en cours de fabrication
La synthèse de l'oxaliplatine se fait en plusieurs étapes. Chaque étape du processus de fabrication est considérée comme contrôlée à l'intérieur des limites acceptables :
- Le promoteur a fourni de l'information sur la qualité et les contrôles pour toutes les matières entrant dans la fabrication de la substance médicamenteuse.
- Les spécifications de la substance médicamenteuse ont été jugées satisfaisantes. Les valeurs limites quant aux impuretés répondent aux exigences de la Conférence internationale sur l'harmonisation (ICH).
- Les étapes de fabrication ont été évaluées, et des intervalles appropriés ont été établis relativement aux paramètres des procédés.
Les matières utilisées pour la fabrication de la substance médicamenteuse ont été jugées acceptables et/ou conformes aux normes relatives à l'utilisation prévue de la substance. Le processus de fabrication est jugé dûment contrôlé à l'intérieur des limites justifiées.
Caractérisation
L'oxaliplatine est une poudre cristalline de couleur blanche à blanc cassé. Des études de caractérisation détaillées ont été réalisées.
La structure de l'oxaliplatine a été adéquatement élucidée, et des spectres représentatifs ont été fournis. Les propriétés physiques et chimiques ont été décrites et jugées satisfaisantes.
Des études de comparaison ont été menées pour examiner des lots d'oxaliplatine produits par différents fabricants, et on a trouvé des caractéristiques physico-chimiques comparables.
Les impuretés et les produits de dégradation découlant de la fabrication et/ou de l'entreposage ont été signalés et caractérisés. Ces produits ne dépassaient pas les limites établies par l'ICH et/ou ont été qualifiés à partir d'analyses de lot; ils sont par conséquent considérés acceptables.
Contrôle de la substance médicamenteuse
Les spécifications de la substance médicamenteuse et les méthodes d'analyse employées pour le contrôle de la qualité de l'oxaliplatine sont jugées acceptables.
Les méthodes d'analyse et, lorsque nécessaire, les rapports de validation ont été jugés satisfaisants pour toutes les méthodes d'analyse utilisées pour les tests de libération et de stabilité de l'oxaliplatine.
Les résultats des rapports de validation des méthodes indiquent qu'on a dûment contrôlé les impuretés de la substance médicamenteuse. Le taux d'impuretés signalé pour la substance médicamenteuse ne dépassait pas les limites établies.
Les résultats des analyses de lots ont été examinés; ils étaient conformes aux spécifications et montraient que les lots produits étaient systématiquement de bonne qualité.
L'emballage de la substance médicamenteuse est jugé acceptable.
Stabilité
À la lumière des données sur la stabilité fondées sur des essais de longue durée et accélérés, la période de contre-essai et les conditions d'entreposage proposées pour la substance médicamenteuse sont jugées bien étayées et satisfaisantes.
3.1.2 Produit pharmaceutique
Description et composition
Eloxatin, sous forme de poudre pour solution, est un produit lyophilisé, stérile et offert sous deux formes : 50 mg d'oxaliplatine/flacon et 100 mg d'oxaliplatine/flacon. Après reconstitution dans l'eau pour injection ou une solution de glucose à 5 %, on obtient une solution concentrée pour perfusion contenant 5 mg d'oxaliplatine par mL. Chaque flacon d'Eloxatin renferme aussi du lactose monohydraté, qui sert d'agent d'étoffement. La poudre lyophilisée d'Eloxatin est conditionnée dans des flacons de verre transparent de type I fermés par un bouchon en caoutchouc chlorobutyle muni d'une collerette en aluminium et d'un opercule coloré.
La solution d'Eloxatin est une solution aqueuse stérile, exempte d'agent de conservation, destinée à être injectée et contenant 5 mg d'oxaliplatine par mL d'eau pour injection. La solution est offerte sous trois formes : 50 mg/flacon (volume nominal de 10 mL), 100 mg/flacon (volume nominal de 20 mL) et 200 mg/flacon (volume nominal de 40 mL). Eloxatin en solution est conditionné dans des flacons de verre transparent de type I fermés par un bouchon en caoutchouc chlorobutyle muni d'une collerette en aluminium et d'un opercule coloré.
Tous les ingrédients non médicinaux (excipients) présents dans le produit pharmaceutique sont autorisés par le Règlement sur les aliments et drogues. Les données sur la stabilité présentées à l'appui de la formulation commerciale proposée attestent la compatibilité de l'oxaliplatine avec les excipients.
Élaboration du produit pharmaceutique
Les modifications apportées au procédé de fabrication et à la formulation tout au long de l'élaboration du produit ont été examinées et sont jugées acceptables.
Procédé de fabrication et contrôles en cours de fabrication
Le produit pharmaceutique Eloxatin est mélangé, stérilisé par filtration, conditionné et lyophilisé (poudre uniquement) au moyen d'un équipement et d'installations pharmaceutiques classiques.
Tout l'équipement, les étapes de fabrication et les paramètres de fonctionnement détaillés sont dûment décrits dans la documentation fournie et ont été jugés acceptables. Le procédé de fabrication est considéré comme faisant l'objet d'un contrôle approprié à l'intérieur de limites justifiées.
Les spécifications de tous les ingrédients sont approuvées conformément aux normes United States Pharmacopeia National Formulary (USP/NF) ou Ph. Eur.
Contrôle du produit pharmaceutique
Eloxatin a été soumis à des tests visant à vérifier que l'identité, l'apparence, l'uniformité du contenu, les particules, les concentrations des produits de dégradation et des impuretés microbiologiques, de même que les paramètres liés à la formulation (pH et teneur en eau) sont conformes aux critères d'acceptation. Les spécifications des tests et les méthodes d'analyse ont été jugées acceptables; la durée de conservation et les limites de libération des produits de dégradation, pris séparément ou globalement, se situent à l'intérieur des limites acceptables.
Les méthodes d'analyse et, lorsque nécessaire, les rapports de validation de toutes les méthodes qui ont servi à l'analyse du produit (Eloxatin) fini ainsi qu'aux essais de libération et de stabilité sont jugés satisfaisants.
Les résultats des analyses de lots ont été examinés et sont jugés acceptables conformément aux spécifications du produit pharmaceutique.
Des impuretés et des produits de dégradation découlant de la fabrication et/ou de l'entreposage ont été signalés et caractérisés, mais ils se situaient dans les limites établies par l'International Conference on Harmonisation (ICH) et/ou étaient qualifiés par des études toxicologiques et sont, par conséquent, jugés acceptables.
Stabilité
À la lumière des données sur la stabilité fondées sur des essais de longue durée et accélérés, la durée de conservation proposée de 36 mois à une température comprise entre 15 °C et 30 °C est jugée acceptable pour Eloxatin en poudre et en solution. Le produit doit être conservé à l'abri de la lumière et ne doit pas être congelé.
La compatibilité du produit pharmaceutique avec le système récipient-fermeture a été établie au moyen de tests officinaux et d'études de stabilité.
3.1.3 Installations et équipement
L'aménagement, le fonctionnement et les mécanismes de contrôle des installations et de l'équipement servant à la production sont jugés acceptables pour les activités et les produits fabriqués.
Toutes les installations de fabrication proposées sont conformes aux exigences du titre 2 du Règlement sur les aliments et drogues. Toutes les installations sont conformes aux Bonnes pratiques de fabrication (BPF).
3.1.4 Évaluation de l'innocuité des agents adventices
Sans objet. Les excipients utilisés dans la formulation du produit pharmaceutique ne sont pas d'origine animale ni humaine.
3.1.5 Conclusion
L'information soumise sur les caractéristiques chimiques et la fabrication d'Eloxatin montre que la substance médicamenteuse et le produit pharmaceutique peuvent être fabriqués de façon à répondre systématiquement aux spécifications approuvées. Des études appropriées sur l'élaboration et la validation ont été menées, et des contrôles adéquats sont en place pour la commercialisation.
3.2 Motifs non cliniques de la décision
3.2.1 Pharmacodynamique
Les effets pharmacodynamiques de l'oxaliplatine ont été étudiés à la fois in vitro et in vivo. Des essais de cytotoxicité et clonogéniques in vitro ont été menés à l'aide de plusieurs lignées cellulaires murines et humaines. L'activité antitumorale in vivo de l'oxaliplatine a été évaluée dans divers modèles tumoraux murins et des modèles de xénogreffe de cellules humaines. L'activité antitumorale de l'oxaliplatine relative à l'indication proposée a été confirmée à la fois in vitro, dans des cellules cancéreuses du côlon, et in vivo, dans des modèles humains de cancer colorectal.
L'oxaliplatine a été fortement cytotoxique in vitro envers les cellules cancéreuses colorectales HT-29, Caco-2 et HEC59. Toutefois, son activité antitumorale in vivo dans les modèles de xénogreffes de cellules cancéreuses coliques humaines HT-29 et DLD2 s'est révélée modérée. Même si on n'a pas observé un effet synergique de l'oxaliplatine et du 5-FU dans des cellules HT-29 en culture in vitro, les deux substances avaient un effet additif dans les xénogreffes de tumeurs coliques humaines in vivo.
À l'instar d'autres agents cytotoxiques à base de platine, l'oxaliplatine forme des ponts ADN-Pt qui entravent la réplication et la transcription de l'ADN. Cependant, le profil cytotoxique/antitumoral de cette substance est différent. Dans bon nombre d'études menées in vitro et in vivo, l'oxaliplatine s'est révélée efficace contre certaines lignées cellulaires résistantes à la cisplatine, mais pas la totalité d'entre elles.
L'oxaliplatine est synthétisé sous la forme d'un composé hydrosoluble qui subit rapidement une biotransformation non enzymatique dans les liquides biologiques pour former des produits réactifs. Après la biotransformation in vivo, les produits réactifs de l'oxaliplatine se lient aux protéines plasmatiques et cellulaires, et à l'ADN.
3.2.2 Pharmacocinétique
Absorption
L'absorption de l'oxaliplatine a été étudiée chez la souris, le rat, le lapin (mâles uniquement) et le chien. Les profils pharmacocinétiques du platine dans le sang étaient semblables à ceux du plasma et se caractérisaient par une élimination en deux phases et une demi-vie terminale longue. Seules les études menées chez le chien ont été réalisées dans les conditions applicables à la formulation et à l'administration du médicament en pratique clinique. Les principaux résultats sont les suivants :
- Les concentrations maximales de platine dérivé de l'oxaliplatine dans le sang et le plasma ont été observées à la fin de la perfusion, entre 1,5 et 2 heures après le début de la perfusion IV.
- Chez le chien, l'exposition au platine dans l'ultrafiltrat plasmatique diminuait généralement à mesure que la dose augmentait (ASC = 11,7 µg.h/mL pour 150 mg/m2 et 14,3 ug.h/mL pour 200 mg/m2) et était semblable à l'exposition chez l'humain pour une dose de 130 mg/m2 (ASC = 11,9 ug.h/mL).
- Chez le chien, les profils de pharmacocinétique du Pt dans le sang et le plasma étaient similaires; la phase de demi-vie (t1/2) terminale était d'environ 5 jours.
- Administré par voie intraveineuse (IV) ou intrapéritonéale (IP), l'oxaliplatine se lie beaucoup aux protéines (environ 85 %), mais seul le platine libre trouvé dans l'ultrafiltrat est considéré actif.
- La liaison de l'oxaliplatine aux hématies était rapide et atteignait 37 % à 53 % chez la souris et l'humain.
- Les études réalisées sur le sang humain ont montré que l'incorporation de platine dans les cellules sanguines atteignait une concentration maximale dans les 2 heures suivant le début de la perfusion IV. L'importance de l'incorporation dans les cellules sanguines à la concentration maximale correspondait à environ 40 % du sang entier. Le platine associé aux cellules sanguines ne tenait pas lieu de réservoir pour le platine dans le plasma. De plus, la liaison protéique du platine dans le plasma humain in vitro atteignait 85 % de la liaison totale au plasma après 5 heures d'incubation.
Distribution
La distribution de l'oxaliplatine a été déterminée chez des rongeurs mâles, soit chez la souris, le rat et le lapin. Chez la souris, le platine était largement distribué dans tous les tissus, à l'exception du cerveau, où les taux étaient négligeables. Les taux de platine les plus élevés ont été mesurés dans la rate, ce qui s'explique par la forte incorporation de la substance dans les hématies et dans les reins.
Chez les rats ayant des tumeurs coliques, on a noté des signes d'incorporation de platine dans les tumeurs après l'administration d'oxaliplatine.
Chez le lapin, le platine de l'oxaliplatine était largement distribué dans les tissus. On a décelé les taux les plus élevés de platine dans les reins et la rate.
En ce qui concerne tous les rongeurs, l'accumulation de platine dans la rate était grande (jusqu'à 55 % chez la souris). Les taux de platine rénal et hépatique étaient élevés, mais généralement plus faibles avec l'oxaliplatine qu'avec d'autres médicaments à base de platine. On n'a pas décelé de platine dans le cerveau des lapins et des rats, ce qui indique que l'oxaliplatine et ses produits ne traversent pas la barrière hémato-encéphalique ou ne sont pas retenus par le système nerveux central (SNC).
Métabolisme
L'oxaliplatine subit rapidement une biotransformation non enzymatique importante. On n'a observé aucun signe d'un métabolisme où le cytochrome P450 jouerait un rôle in vitro. Plusieurs nucléophiles déplacent le groupe oxalate, et il en résulte un mélange composé de diaminocyclohexane (DACH), de dérivés chloro ou aquo, de même que de dérivés d'acides aminés, par exemple la méthionine DACH-platine. La plupart des produits biotransformés de l'oxaliplatine étaient fréquents dans toutes les espèces étudiées. Bon nombre de ces produits ont aussi été décelés dans des liquides biologiques in vitro. Plusieurs produits issus de la biotransformation n'ont pas été caractérisés.
Chez le chien, on a trouvé seulement 10 % d'oxaliplatine sous sa forme inchangée dans l'ultrafiltrat plasmatique après une perfusion de 1,5 heure. Quatre principaux produits de la biotransformation ont été décelés, dont deux ont été identifiés comme étant du monochloro-DACH-platine et du dichloro-DACH-platine. Deux heures après la perfusion, la majeure partie de la radioactivité était répartie entre deux composés inconnus. On a découvert quatre composés importants et au moins sept, moins importants, dans l'urine de chien. Le principal produit semblait être dépourvu de platine et a été identifié comme étant du DACH.
On croit que la voie qui produit les espèces réactives interagissant avec l'ADN cellulaire est celle dans laquelle la forme diaquo- et les dérivés apparentés jouent un rôle.
Élimination
Le platine dans sa totalité et l'oxaliplatine sont principalement éliminés par les reins chez le chien et le lapin; environ 70 % de la dose était éliminée en 24 heures. Chez le chien, le taux d'élimination globale durant une période de 7 jours était de 76,5 %, l'élimination fécale représentant ~ 6 % de la dose. La phase terminale de l'élimination était lente, probablement en raison de la liaison irréversible avec les protéines, une caractéristique bien connue de cette classe de composés. Il n'existe pas de données sur l'élimination de l'oxaliplatine dans le lait (humain ou animal).
3.2.3 Toxicologie
Toxicité aiguë
La toxicité aiguë de l'oxaliplatine chez la souris et le rat était similaire. Chez le rat, on a observé une dyspnée, un ptosis, une vasodilatation (10 min) et une stéréotypie immédiatement après l'injection. La fréquence et la durée des symptômes étaient liés à la dose. On a signalé un retard de croissance statistiquement significatif dans tous les groupes de traitement; il existait une corrélation évidente entre le retard de croissance et la dose. Les rongeurs morts après avoir reçu une seule dose présentaient une perte de poids importante et une mauvaise santé générale.
Chez la souris, les valeurs de DL10 s'échelonnaient entre 43,2 et 60 mg/m2. La DL10, calculée pour la formulation de la solution aqueuse, était de 51 mg/m2. Il n'y avait pas de différences importantes au plan biologique quant à la toxicité aiguë de l'oxaliplatine en vrac dissoute dans une solution de glucose à 5 % et celle de l'oxaliplatine lyophilisée mélangée à du lactose ou à du mannitol. Chez le rat, après avoir injecté l'oxaliplatine par voie intrapéritonéale, on a obtenu une DL10 de 84 mg/m2.
Chez le rat, l'injection par voie IV d'une dose unique d'oxaliplatine diluée dans une solution de glucose à 5 % a donné lieu à une DL05 de 113 mg/m2. La mort était immédiate à la forte dose et était généralement retardée aux doses plus faibles. Un retard de croissance statistiquement significatif a été signalé dans la plage de doses de 84 à 240 mg/m2. On a constaté une relation dose-effet évidente entre la fréquence et la durée des symptômes tels que la dyspnée, le ptosis, la vasodilatation, la stéréotypie et le retard de croissance.
Chez le chien, les doses uniques d'oxaliplatine = 150 mg/m2 administrées par voie IV ont été mortelles. Les animaux ayant reçu 300 mg/m2 ont présenté une élévation de la concentration de créatine kinase (CK). Un chien ayant reçu de l'oxaliplatin est mort en raison de la fibrillation ventriculaire. La cardiotoxicité de l'oxaliplatine était la cause de mortalité la plus fréquente chez le chien. La cardiotoxicité de l'oxaliplatine s'est manifestée par un ralentissement de la fréquence cardiaque, de l'arythmie et une anomalie à l'ECG, notamment une tachycardie, une bradycardie, des extrasystoles, des contractions ectopiques, une altération de l'onde T et un sous-décalage du segment ST. Les effets toxiques de l'oxaliplatine étaient dépendants de la dose et comprenaient des vomissements, de la diarrhée, une diminution de la consommation alimentaire, une perte pondérale et une baisse de la numération des leucocytes. Aux doses élevées, on a observé des mouvements brefs et saccadés de la tête, une salivation, de l'hypertension et une acidose métabolique. L'analyse sanguine a révélé une hypokaliémie et une élévation de l'hématocrite. La néphrotoxicité s'est manifestée par une baisse du volume urinaire et la présence de protéines et de sang dans l'urine.
Toxicité à doses multiples
Chez les chiens ayant reçu 15, 30, 45 ou 60 mg/m2 pendant 5 jours, les événements cardiaques entraînant la mort ont constitué les effets toxiques limitant la dose. L'oxaliplatine administré à raison de cinq doses par jour a occasionné des vomissements, une diminution de la consommation alimentaire, une perte pondérale et une légère baisse de la numération des leucocytes. Parmi les principales données de chimie clinique figuraient la présence de protéines, de sang et de bilirubine dans l'urine ainsi qu'une élévation des concentrations d'alanine aminotransférase et d'aspartate aminotransférase. Les effets toxiques tels que l'anorexie, les vomissements et le ralentissement de la fréquence cardiaque étaient plus graves aux fortes doses. Chez un animal ayant reçu 5 x 15 mg/m2, l'autopsie a révélé une hypertrophie de la glande mammaire, une hypertrophie inguinale et des adhérences multiples (foie, pancréas, organes génitaux). Le ralentissement de la fréquence cardiaque, l'arythmie et une anomalie à l'ECG, notamment une tachycardie, une bradycardie, des extrasystoles, des contractions ectopiques, une altération de l'onde T et un sous-décalage du segment ST indiquaient une cardiotoxicité. Une dose quotidienne de 60 mg/m2 a provoqué la mort d'un animal après le 4e traitement (dose totale de 240 mg/m2). La mort subite, causée par une fibrillation ventriculaire, est survenue alors que l'animal semblait en bonne santé. Une bradycardie transitoire a été signalée 1 heure après le traitement. Les effets toxiques étaient similaires à toutes les doses. On n'a pas défini comme tel les marges entre la dose faiblement toxique, la dose fortement toxique ainsi que la dose létale.
Dans une étude d'établissement de la dose, l'administration par voie IV de doses uniques = 100 mg/m2, de même que l'administration IV de 5 doses quotidiennes de 40 mg/m2 se sont avérées mortelles. Le taux de mortalité était de 87,5 % (14/16). Les chiens sont morts aux jours 1 et 2 après l'administration. L'un des chiens ayant reçu 300 mg/m2 a succombé à une fibrillation ventriculaire. Aucun décès n'a été observé à la posologie de 5 x 30 mg/m2 toutes les trois semaines. Parmi les principaux effets toxiques dépendants de la dose, citons les vomissements, la diarrhée, la dépression médullaire et une anomalie à l'ECG, notamment des extrasystoles ventriculaires et une fibrillation ventriculaire. On a principalement conclu que l'oxaliplatine était mieux toléré lorsque les doses étaient fractionnées en cinq administrations consécutives.
Chez le chien, aucun décès n'est survenu pendant la période de 84 jours (trois cycles de traitement par l'oxaliplatine) à raison d'une dose de 0, 15, 25 ou 35 mg/m2 suivie de 23 jours sans traitement. Les effets toxiques observés étaient dépendants de la dose et comprenaient les suivants : pancréatite, dépression médullaire, hypoplasie et atrophie testiculaire, dégénérescence des tubes proximaux, sialadénite, congestion de la conjonctivite et dilatation des veines rétiniennes.
La dose maximale tolérée par le chien était de 35 mg/m2, administrée selon un cycle comprenant un traitement quotidien pendant cinq jours, suivi de trois semaines de repos, répété à trois reprises.
Diverses anomalies ont été constatées chez le chien après l'administration par voie IV d'une dose unique d'oxaliplatine de 0, 50, 100 ou 150 mg/m2 toutes les 3 semaines pendant trois cycles. Deux animaux sur six (groupe ayant reçu 150 mg/m2) sont morts 3 heures et 8 heures après la perfusion. On a signalé que les ECG étaient normaux, mais la durée de l'enregistrement (pré-traitement, avant la 2e et la 3e perfusion, et à la fin de l'étude) n'était pas adéquate. Par conséquent, les résultats sont non concluants. Les données suivantes indiquaient que l'oxaliplatine avait des effets toxiques :
- Cœur rigide fortement contracté présentant de gros caillots sanguins;
- Lésions rénales observées à la dose élevée, prenant la forme d'une hypertrophie des néphrocytes;
- Lésions (hypoplasie cellulaire) des organes caractérisés par un renouvellement cellulaire rapide :
- organes lymphoïdes primaires (thymus) et secondaires (rate et ganglions);
- gonades : hypoplasie présente dans tous les groupes, grave aux doses = 100 mg/m2.
Chez le rat, l'étude de la toxicité à doses multiples comprenait trois cycles de traitement de 5 jours, chaque cycle étant suivi de 16 jours sans traitement. Les 5 doses quotidiennes d'oxaliplatine étaient de 3, 6 et 12 mg/m2. Les observations sur 63 jours ont révélé que les organes cibles étaient la moelle osseuse et le rein. La baisse de la numération des cellules de la moelle osseuse était principalement attribuable à une déplétion des érythroblastes et des myéloblastes. La diminution du nombre de leucocytes (surtout des lymphocytes) et des hématies était liée à la dose. On a observé une néphrotoxicité causée par l'élévation de l'azotémie (urée) et de la créatininémie. Les examens histopathologiques du rein ont confirmé une nécrose et une dégénérescence des tubules.
Cardiotoxicité
D'après des études non cliniques, l'oxaliplatine pourrait être cardiotoxique chez le chien. Chez le chien, une dose unique = 150 mg/m2 d'oxaliplatine a provoqué des réactions cardiovasculaires graves comme une élévation de la tension artérielle, l'arythmie et des événements ectopiques ventriculaires, suivis par une fibrillation ventriculaire mortelle. La cardiotoxicité de l'oxaliplatine a été la cause de mortalité la plus fréquente chez le chien; cependant, le mécanisme de la cardiotoxicité dépendante de la dose de l'oxaliplatine reste inconnu. Compte tenu des données non cliniques et des similitudes observées chez le chien et l'humain sur le plan de la biotransformation et de l'exposition médicamenteuse, il y a lieu de s'inquiéter de l'innocuité de l'oxaliplatine lorsqu'elle est administrée aux patients à des doses = 130 mg/m2. On doit envisager la possibilité qu'une surdose d'oxaliplatine cause un dysfonctionnement cardiaque susceptible d'entraîner la mort du patient.
Génotoxicité
On s'attendait à ce que l'oxaliplatine exerce une activité mutagène et clastogène en raison de la biochimie et de la pharmacologie de son interaction avec l'ADN cellulaire, qui se solde par une détérioration de l'ADN et une induction de sa réparation. La gamme habituelle d'études génotoxicologiques a été réalisée. Le test Ames a montré que l'oxaliplatine n'était pas génotoxique. L'essai in vitro sur cellules de lymphome de souris a révélé que l'oxaliplatine exerce des effets mutagènes. On a constaté une activité clastogène importante à la fois in vitro (épreuve mesurant le pouvoir clastogène sur les lymphocytes humains) et in vivo (test du micronoyau chez la souris). L'effet clastogène de l'oxaliplatine a été observé à une dose de 12 mg/m2 (dose clinique proposée : 85 mg/m2). À la lumière des résultats d'études de toxicité génétique, on estime que l'oxaliplatine est mutagène et clastogène.
Cancérogénicité
On n'a pas mené d'études de cancérogénicité relativement à l'oxaliplatine. Toutefois, l'activité génotoxique de l'oxaliplatine indique que cette substance pourrait être cancérogène.
Myélotoxicité
À la lumière des résultats d'expériences menées in vitro sur de la moelle osseuse, l'oxaliplatine est myélotoxique. Par conséquent, la substance risque de provoquer une dépression médullaire chez les patients cancéreux.
Neurotoxicité
Des études mécanistes in vitro et in vivo ont porté sur les différents mécanismes qui pourraient sous-jacents à la neurotoxicité aiguë et persistant de l'oxaliplatine observée chez les patients atteints de cancer colorectal. Les résultats laissent croire que la neurotoxicité aiguë est fort probablement causée par des effets sur les canaux sodiques, alors que la neurotoxicité persistant est liée à une altération des ganglions rachidiens. L'oxaliplatine a altéré le fonctionnement des canaux sodiques dépendants du voltage en entravant une voie faisant appel au Ca2+. On a alors proposé de perfuser du Ca2+ et du Mg2+ pour prévenir la neurotoxicité aiguë chez les patients.
Il a été établi que l'oxaliplatine augmentait le courant sodium dans les neurones ganglionnaires de la racine dorsale, ce qui modifie la relation entre le voltage et la réponse. Cet effet n'était pas dépendant du calcium intracellulaire. L'effet de l'oxaliplatine sur le potentiel d'action pouvait être antagonisé par la carbamazépine, un anti-épileptique. Ces données donnent à penser que l'on pourrait avoir recours à la carbamazépine comme inhibiteur de canaux Na+ afin de réduire les effets indésirables du traitement par l'oxaliplatine chez les patients.
Les études de neurotoxicité in vivo chez le rat ont montré que l'oxaliplatine endommage les nucléoles des ganglions rachidiens. L'altération est survenue quelques heures après le traitement, et la guérison a pris quelques mois. On a observé une neurotoxicité fonctionnelle se manifestant par un ralentissement de la vitesse de conduction des nerfs sensitifs; il y a eu retour à la normale après 3 mois.
Toxicité pour l'appareil reproducteur et le développement
Au cours d'une étude sur la fertilité, le traitement comprenant l'administration d'une dose uniquotidienne d'oxaliplatine pendant 5 jours consécutifs, suivis d'un intervalle de 16 jours, pendant 2 à 3 cycles, n'a pas eu de conséquences sur la fertilité, que ce soit chez les rats mâles ou femelles. La toxicité pour la mère s'est manifestée par une diminution de la prise de poids et une augmentation dépendante de la dose de la perte post-implantation. La fœtotoxicité chez le rat était dépendante de la dose et pouvait atteindre 100 % à une dose de 12 mg/m2.
Chez le rat et le lapin, l'oxaliplatine n'a pas eu d'effet tératogène lorsqu'il était administré par voie IV à des doses pouvant atteindre 6 mg/m2/jour et 9,6 mg/m2/jour, respectivement. L'oxaliplatine administrée pendant les premiers jours de la gestation (jours 1 à 5) chez le rat n'a pas entraîné de malformations fœtales. Cependant, une dose faible de 6 mg/m2/jour d'oxaliplatine administrée aux jours 6 à 10 ou aux jours 11 à 15 de la gestation a provoqué un retard de l'ossification et une baisse importante du poids du fœtus. Les résultats d'une étude portant sur les rats traités à l'oxaliplatine ont aussi indiqué une augmentation liée à la dose des morts embryonnaires. Il existe donc des risques d'avortement spontané et de malformations congénitales. On a déjà fait état du caractère tératogène de composés apparentés ayant un mécanisme d'action similaire. L'oxaliplatine est fort probablement toxique pour le fœtus humain, et son emploi est donc contre-indiqué pendant la grossesse. Chez les chiens mâles ayant reçu de l'oxaliplatine à raison de 15 mg/m2/jour pendant 5 jours tous les 28 jours pendant 3 cycles, on a observé une dégénérescence, une hypoplasie et une atrophie testiculaires. La dose sans effet n'a pas été établie. Cette dose quotidienne représente environ 1/6 de la dose recommandée chez l'humain.
3.2.4 Résumé et conclusion
Les études pharmacodynamiques ont révélé une cytotoxicité in vitro et une activité antitumorale in vivo de l'oxaliplatine dans plusieurs modèles tumoraux, y compris des modèles humains de cancer colorectal. On a observé un effet synergique cytotoxique de l'association oxaliplatine et fluorouracile, à la fois in vitro et in vivo.
Les études pharmacocinétiques ont établi la distribution de l'oxaliplatine chez la souris, le rat, le lapin et le chien. On a constaté que le platine était largement distribué dans tous les tissus à l'exception du cerveau. Les taux de platine les plus élevés ont été mesurés dans la rate, le rein et le foie. Le profil plasmatique de l'oxaliplatine était généralement multiphasique, caractérisé par plusieurs diminutions et une demi-vie terminale longue. On n'a observé aucun signe de métabolisme où le cytochrome P450 jouerait un rôle in vitro. L'oxaliplatine subit une biotransformation rapide qui s'effectue par une dégradation non enzymatique à la fois in vitro et in vivo. La majeure partie des produits biotransformés de l'oxaliplatine étaient fréquents dans toutes les espèces étudiées. L'oxaliplatine et ses dérivés sont principalement excrétés dans l'urine.
Les études toxicologiques ont montré qu'une dose unique de 51 mg/m2 et de 84 mg/m2 chez la souris et le rat, respectivement, entraînait une mortalité de 10 %. Dans le cas des animaux, on a principalement observé une cardiotoxicité (chez le chien), une néphrotoxicité, une toxicité touchant les cellules lympho-hématopoïétiques, l'estomac et l'intestin, et les organes reproducteurs (testicules). Chez le rat, à des doses pouvant atteindre 12 mg/m2/jour, le pouvoir tératogène de l'oxaliplatine s'est manifesté par une mortalité embryonnaire, une baisse du poids fœtal et un retard de l'ossification. Cette dose quotidienne représente environ 1/6 de la dose recommandée chez l'humain.
À des doses = 150 mg/m2, l'oxaliplatine a causé une cardiotoxicité chez le chien caractérisé d'une ralentissement de la fréquence cardiaque, de l'arythmie et des anomalies à l'ECG (notamment la tachycardie, la bradycardie, les extrasystoles, les contractions ectopiques, une altération de l'onde T et un sous-décalage du segment ST), une fibrillation ventriculaire et la mort des animaux. Compte tenu des données non cliniques et des similitudes observées chez le chien et l'humain sur le plan de la biotransformation et de l'exposition médicamenteuse, il y a lieu de s'inquiéter de l'innocuité de l'oxaliplatine lorsque cette substance est administrée aux patients à des doses = 130 mg/m2. On doit envisager la possibilité qu'une surdose d'oxaliplatine cause un dysfonctionnement cardiaque susceptible d'entraîner la mort du patient. Il est donc indiqué dans la monographie de produit que l'oxaliplatine est cardiotoxique chez le chien. Aucune étude d'innocuité cardiaque n'a été réalisée chez l'humain.
Selon les résultats d'études toxicologiques effectuées chez des animaux, l'oxaliplatine cible les fonctions rénale et cardiaque. Administré pendant la grossesse, l'oxaliplatine présente un danger potentiel pour le fœtus humain. Par conséquent, on a ajouté la grossesse à la liste des contre-indications. L'oxaliplatine s'est révélée génotoxique lors des épreuves sur les cellules mammaliennes, et on devrait le considérer comme un cancérogène humain. Ces mises en garde et précautions ont été ajoutées à la monographie de produit.
3.3 Motifs cliniques de la décision
3.3.1 Pharmacologie humaine
Après l'administration de l'oxaliplatine par voie IV, le platine dérivé de l'oxaliplatine est largement distribué dans le plasma. Le rapport de la distribution relative du platine entre les leucocytes, le plasma et l'ultrafiltrat plasmatique est d'environ 3,1: 3,7: 1,0. Le platine a atteint sa concentration maximale (Cmax) au terme de la perfusion de 2 heures d'oxaliplatine à la dose de 85 mg/m2. La liaison aux protéines plasmatiques était de 90 % à la fin de la perfusion de 2 heures. La variabilité interpatient des valeurs de Cmax était faible dans le plasma et le sang entier (coefficient de variation [CV] de 19 % et 16 %, respectivement). La variabilité de la Cmax dans l'ultrafiltrat était élevée (CV de 45 %). On a constaté une variabilité interpatient modérée des valeurs de l'exposition médicamenteuse (ASC0-48) dans toutes les matrices (CV de 19 % à 34 %). La variabilité interpatient d'autres paramètres calculés (ASC) était d'un ordre de grandeur similaire.
Le volume de distribution du platine à l'état d'équilibre (Vss) était grand dans toutes les matrices. Une variabilité interpatient modérée à élevée des valeurs Vss (CV de 33 % à 45 %) et des valeurs de clairance (CL) (CV de 31 % à 41 %) a été observée dans toutes les matrices. On a évalué in vitro la liaison de l'oxaliplatine aux protéines plasmatiques à des concentrations d'oxaliplatine variant entre 0,3 µg/mL et 20 µg/mL. À l'état d'équilibre, après 6 heures, entre 79 % et 87 % de l'oxaliplatine était lié aux protéines. Les principales protéines sériques de liaison étaient l'albumine et les gamma-globulines. La majeure partie du platine s'était liée par covalence. On n'a observé aucune saturation de la liaison à des concentrations s'échelonnant de 0,3 à 20 µg/mL. Dans le plasma, 85 % à 88 % de la radioactivité dérivée de l'oxaliplatine se retrouvait sous forme liée après 5 heures. Dans le sang entier, 37,1 % de l'oxaliplatine était lié aux hématies après 2 heures in vitro.
D'après les valeurs de l'ASC, une accumulation statistiquement significative de platine a été observée dans les leucocytes et le plasma suivant l'administration d'une dose de 130 mg/m2 d'oxaliplatine toutes les trois semaines durant 1 à 2 cycles. La variabilité interpatient et intrapatient de l'exposition au platine ultrafiltrable (ASC0-48) évaluée sur 3 cycles était modérée à faible (23 % et 6 %, respectivement). Il n'y avait aucun signe d'accumulation de platine dans l'ultrafiltrat plasmatique.
La biotransformation du [3H]-oxaliplatine a été examinée in vitro à l'aide de fractions de microsomes hépatiques humains. En présence et en l'absence de NADPH, on a trouvé respectivement 67 % et 71 % du médicament sous sa forme inchangée. Dans les deux cas, le deuxième produit en importance, soit le diaquo-DACH, comptait pour 17 % de la radioactivité. Plusieurs autres produits mineurs représentaient chacun moins de 1 % à 3 % de la radioactivité. Après inactivation des enzymes hépatiques, 82 % de la radioactivité co-éluée était sous forme d'oxaliplatine et 12 %, sous forme de diaquo-DACH-platine. Les profils d'élution étaient similaires dans tous les cas. Par conséquent, aucun signe ne semblait indiquer que le cycle du DATCH était métabolisé par les enzymes du cytochrome P450. Dans le plasma, l'oxaliplatine (50 µg/ml) est demeuré sous sa forme inchangée à 37 °C durant 30 minutes. Après 1 heure, 30 % de la substance avait été transformée en dichloro-DACH-platine. Après 2 heures, on n'a pas décelé d'oxaliplatine sous sa forme inchangée dans les échantillons de plasma in vitro.
L'oxaliplatine subit une biotransformation importante chez les patients, et c'est pourquoi on n'a pas détecté de médicament sous une forme intacte dans l'ultrafiltrat plasmatique à la fin de la perfusion de 2 heures. Plusieurs produits de biotransformation cytotoxiques, y compris le monochloro, le dichloro et le diaquo-DATCH-platine, ont été trouvés dans la circulation systémique, accompagnés d'un certain nombre de conjugués inactifs à des moments ultérieurs. Il n'y avait pas de signes d'un métabolisme hépatique dans lequel les réactions enzymatiques du cytochrome P450 joueraient un rôle. On ne prévoit donc aucune interaction entre les médicaments basée sur le métabolisme ou le déplacement de protéines chez les patients traités à l'oxaliplatine.
Chez les patients, la biotransformation est la principale voie d'élimination de l'oxaliplatine. Le platine est surtout éliminé par les urines. Au cours des 48 heures suivant l'administration, 46 % du platine total est excrété dans l'urine et 2,1 %, dans les fèces. Des petites quantités (0,4 % à 1,9%) de la dose administrée quotidiennement continuaient à être éliminées après 48 heures. Au jour 5, après une seule perfusion d'Eloxatin d'une durée de 2 heures, environ 54 % de la dose totale se retrouvait dans l'urine et environ 2 %, dans les fèces. On n'a pas réalisé d'études pharmacocinétiques pour chacun des composés actifs.
Chez les patients atteints d'insuffisance rénale, on a observé une baisse marquée de la clairance du platine ultrafiltrable de 17,6 ± 2,18 L/h à 9,95 ± 1,91 L/h (clairance de la créatinine = 12-57 mL/min) et une baisse statistiquement significative du volume de distribution de 330 ± 40,9 L à 241 ± 36,1 L. On n'a pas évalué les effets d'une insuffisance rénale grave sur la clairance du platine. L'exposition au médicament a augmenté de 60, 140 et 190 % chez les patients présentant une insuffisance rénale faible, modérée et grave, respectivement, par rapport aux patients dont la fonction rénale était normale. La relation pharmacodynamique entre le taux de platine et l'innocuité clinique n'a pas été établie. L'oxaliplatine ne doit pas être administré aux patients souffrant d'une insuffisance rénale grave.
Chez les patients adultes atteints du cancer et souffrant d'insuffisance hépatique, on a constaté une baisse importante de la demi-vie bêta et une augmentation correspondante de l'ASC du platine ultrafiltrable chez les patients souffrant d'une insuffisance hépatique grave (bilirubine totale : 3,1 mg/dL à 6,0 mg/dL). Il n'y avait pas de corrélation entre l'élimination du platine ultrafiltrable et les indicateurs cliniques de la fonction hépatique comme la bilirubine, la phosphatase alcaline et la transaminase glutamique oxalo-acétique sérique. Toutefois, les taux croissants de créatinine sérique présentaient une forte corrélation avec la clairance décroissante du platine ultrafiltrable. On n'a pas constaté d'augmentation de la toxicité aiguë de l'oxaliplatine dans le sous-groupe de patients dont les valeurs de départ de la fonction hépatique étaient anormales. Aucun ajustement particulier de la dose n'a été effectué pour les patients ayant des résultats anormaux aux tests de la fonction hépatique pendant la mise au point clinique.
3.3.2 Efficacité clinique
À l'appui de l'efficacité et de l'innocuité cliniques d'Eloxatin, le promoteur a présenté quatre études de phase III (deux pour le traitement de première ligne du cancer colorectal métastatique, une pour le traitement de deuxième ligne et une dans laquelle on a examiné les données sur l'innocuité relatives à ce cancer, même si l'étude portait sur le traitement adjuvant), dix rapports périodiques de pharmacovigilance et cinq évaluations cumulatives de questions d'innocuité pertinentes.
L'étude EFC7462-9741 était une étude de phase III, randomisée et ouverte, menée auprès de 795 patients. Elle a révélé que chez les patients n'ayant pas reçu de traitement préalable du cancer colorectal métastatique, l'utilisation d'Eloxatin en association avec le 5-FU et la LV entraînait une amélioration statistiquement significative du délai médian avant la progression de la tumeur, le paramètre d'efficacité primaire. Les patients traités par Eloxatin en association avec le 5-FU/LV présentaient un délai médian avant la progression de 8,7 mois par rapport à 6,9 mois chez des patients ayant reçu le traitement de référence courant, soit l'irinotécan en association avec le 5-FU/LV. Il s'agit d'une différence de 1,8 mois, ce qui est considéré comme un bienfait cliniquement significatif pour un patient atteint de ce type de cancer. On sait que le cancer colorectal métastatique est associé à un mauvais pronostic (survie médiane d'un an).
Cette efficacité est étayée par des paramètres d'efficacité secondaires. Après un suivi médian de 20 mois pendant lequel la maladie avait progressé chez plus de 80 % des patients, la survie médiane globale des patients traités par l'association Eloxatin et 5-FU/LV était de 19,4 mois par rapport à 14,6 mois chez les patients ayant reçu l'association irinotécan et 5-FU/LV. Cette différence de 4,8 mois était statistiquement significative, et le rapport de cotes pour la mortalité (Eloxatin + 5-FU/LV par rapport à irinotécan + 5-FU/LV ) était de 0,65, avec un intervalle de confiance à 95 % de 0,53 à 0,80. Une fois de plus, l'amélioration de 4,8 mois de la survie médiane globale observée chez les patients traités par Eloxatin et 5-FU/LV par rapport à l'association irinotécan et 5-FU/LV est sans aucun doute un bienfait significatif du point de vue clinique puisque la maladie est mortelle et est associée à une survie médiane d'un an. On a également constaté une amélioration statistiquement significative des paramètres d'efficacité secondaires : survie médiane globale de 19,4 mois par rapport à 14,6 mois et taux de réponse de 45 % par rapport à 33 %. L'efficacité observée dans le groupe Eloxatin + 5-FU/LV était semblable à celle de tous les sous-groupes.
L'étude qui appuyait le traitement de première ligne du cancer colorectal métastatique était l'étude EFC2962, une étude de phase II-III, ouverte et multicentrique, menée chez 420 patients et comparant la survie sans progression (paramètre d'efficacité primaire) de patients atteints de ce cancer et traités par le 5-FU/LV uniquement ou l'association oxaliplatine et 5-FU/LV. Selon une évaluation radiologique réalisée par des spécialistes, la survie médiane sans progression s'était améliorée de manière statistiquement significative dans le groupe oxaliplatine par rapport au groupe 5-FU/LV (8,2 mois contre 6,0 mois). L'amélioration du taux de réponse était aussi considérable dans le groupe oxaliplatine (49 % contre 22 %). La survie globale ne s'était pas allongée (15,9 mois contre 14,7 mois, un écart de 1,2 mois), mais on a jugé que l'étude EFC2962 étayait l'étude pivot EFC7462, car le paramètre d'efficacité primaire (survie sans progression) et le paramètre d'efficacité secondaire (taux de réponse) s'étaient nettement améliorés.
L'évaluation de la qualité de vie des patients de l'étude EFC2962 n'était pas concluante parce qu'un faible pourcentage de patients avaient rempli le questionnaire initial et au moins un questionnaire sur la qualité de vie (dans le cas des deux groupes).
L'étude EFC4584 était une étude de phase III, multicentrique, ouverte et randomisée. Elle comportait trois groupes d'études (816 patients) et visait à comparer la survie globale (paramètre primaire) des patients ayant reçu le 5-FU/LV, l'oxaliplatine ou les deux, dans le cadre d'un traitement de deuxième ligne du cancer colorectal métastatique. La survie médiane globale des patients recevant l'association oxaliplatine et 5-FU/LV était de 9,9 mois comparativement à 8,8 mois avec le 5-FU/LV seul, ce qui n'était pas significatif du point de vue statistique. Toutefois, dans le groupe traité par l'oxaliplatine, on a observé une tendance en faveur d'une survie plus longue par rapport au groupe ayant reçu le 5-FU/LV. Les paramètres secondaires s'étaient améliorés de manière statistiquement significative dans le groupe ayant reçu l'oxaliplatine en association avec le 5-FU/LV par rapport au groupe traité uniquement par le 5-FU/LV (taux de réponse : 11 % contre 1 %, délai avant la progression de la tumeur : 5,3 mois contre 2,6 mois). Les résultats étaient similaires dans tous les sous-groupes.
3.3.3 Innocuité clinique
Dans les principales études examinées dans le cadre de cette présentation (EFC7462, EFC2962, EFC4584 pour le cancer métastatique, de même que l'étude EFC3313 qui portait sur un traitement adjuvant et qui visait à évaluer uniquement l'innocuité), on a relevé certaines caractéristiques communes :
- La toxicité était augmentée dans le cas de l'association Eloxatin et 5-FU/LV par rapport au 5-FU/LV seul.
- Eloxatin était associé à une hépatotoxicité qui se manifestait principalement par une élévation des enzymes hépatiques. Dans les études cliniques examinées, les taux de transaminases, surtout l'alanine aminotransférase, principal marqueur de l'hépatoxicité induite par les médicaments, étaient élevés chez 6 % (tous grades confondus) et 1 % (grade 3-4) des patients du groupe Eloxatin + 5-FU/LV n'ayant pas reçu de traitement préalable du cancer colorectal métastatique. La phosphatase alcaline était aussi élevée chez 16 % (tous grades confondus) et 0 % (grade 3-4) de ces patients. L'alanine aminotransférase était élevée chez 36 % (tous les grades) et 0 % (grade 3-4) des patients ayant déjà reçu un traitement pour le cancer colorectal métastatique, et la phosphatase alcaline était élevée chez 60 % (tous les grades) et 4 % (grade 3-4) d'entre eux.
- En outre, certains signes indiquaient qu'Eloxatin cause un syndrome d'obstruction sinusoïdal du foie, aussi appelé maladie veino-occlusive du foie (mentionné dans le rapport périodique de pharmacovigilance examiné). À la biopsie du foie, on a observé des manifestations de cette maladie : une péliose, une hyperplasie regénérative nodulaire et une fibrose périsinusoïdale. Les cliniciens doivent être conscients que le traitement par Eloxatin entraîne une élévation des résultats des épreuves de la fonction hépatique, d'où la nécessité d'être à l'affût d'une maladie veino-occlusive. Une mise en garde à ce propos a été ajoutée à la monographie de produit (encadré des importantes mises en gardes et précautions).
- L'association Eloxatin et 5-FU/LV a provoqué une dépression médullaire. La neutropénie était très fréquente (chez environ 80 % des patients), mais ne s'accompagnait généralement pas de fièvre. La fréquence de la neutropénie fébrile était relativement faible dans toutes les études et comptait habituellement pour moins de 5 % des patients.
- Les cas de thrombocytopénie étaient très courants dans les groupes Eloxatin + 5-FU/LV (observé chez environ 70 % des patients), mais les saignements n'étaient pas fréquents. La plupart des saignements prenaient la forme d'une épistaxis. Toutefois, on a signalé de rares cas de saignements rectaux, d'hémoptysie et d'hématurie. En outre, on a signalé un allongement du temps de Quick et une augmentation du rapport international normalisé associés à une hémorragie chez les patients traités par des anticoagulants. Il faut exercer une surveillance étroite de la coagulation chez les patients prenant des anticoagulants par voie orale.
- Eloxatin pris en association avec le 5-FU/LV s'est avéré toxique pour le tractus gastrointestinal. Environ 65 % des patients ont souffert de diarrhée (tous grades confondus), pouvant conduire à la déshydratation, puis au déséquilibre électrolytique. Les vomissements et la mucosite étaient également fréquents, et, par conséquent, nuisaient peut-être aux efforts d'hydratation orale. Habituellement, la prise d'inhibiteurs des récepteurs 5-HT3 avec ou sans dexaméthasone, avant la chimiothérapie peut prévenir les nausées et les vomissements. Dans les essais cliniques, on a utilisé les antidiarrhéiques courants (par exemple le loperamide). En dépit de ces mesures, environ 6 % des patients ont eu des vomissements de grade 3-4; environ 12 %, des diarrhées de grade 3-4; et moins de 5 %, une déshydratation de grade 3-4.
- Eloxatin était neurotoxique et était associé à deux types de neuropathie :
1) Une neuropathie périphérique sensorielle aiguë. Celle-ci survenait à la fin de la perfusion de 2 heures d'Eloxatin, ou au cours des 2 jours suivants. Elle disparaissait généralement entre les cycles, mais réapparaissait fréquemment lors des cycles ultérieurs. Les symptômes pouvaient être déclenchés ou aggravés par une exposition à des basses températures ou par le contact avec un objet froid. Ils se manifestaient habituellement par une paresthésie, une dysesthésie ou une hypoesthésie transitoires dans les mains, les pieds, la région péribuccale ou la gorge. D'autres symptômes ont été observés occasionnellement : spasmes de la mâchoire, sensation anormale à la langue, dysarthrie, douleur oculaire et serrement dans la gorge ou la poitrine. On a observé une neuropathie aiguë (tous grades confondus) chez 58 % des patients atteints d'un cancer colorectal métastatique ou avancé recevant Eloxatin en association avec le 5-FU/LV dans l'étude portant sur le cancer métastatique, mais les événements de grade 3-4 sont survenus chez seulement 4 % des patients. Dans tous les cycles pris individuellement, une neurotoxicité aigüe est apparue chez environ le tiers des patients. Un syndrome aigu de dysesthésie pharyngolaryngée s'observait chez 1 % à 2 % des patients et était caractérisé par des sensations subjectives de dysphagie ou de dyspnée, de suffocation, sans signe de détresse respiratoire (absence de cyanose et d'hypoxie), de laryngospasme ou de bronchospasme (absence de stridor et de sifflements).
2) Une neuropathie périphérique sensorielle persistante. Celle-ci se caractérisait par une paresthésie, une dysesthésie ou une hypoesthésie et pouvait comprendre une altération de la proprioception, d'où des difficultés à vaquer aux activités quotidiennes, notamment celles qui demandent des gestes fins, comme écrire ou boutonner des vêtements, de même qu'une difficulté à marcher. On a signalé une neuropathie chez 82 % (tous grades confondus) et 19 % (grade 3-4) des patients n'ayant pas reçu de traitement préalable du cancer colorectal métastatique, et chez 79 % (tous les grades) et 11 % (grade 3-4) des patients ayant déjà reçu un traitement. La probabilité de la survenue d'une neuropathie périphérique sensorielle dépend de la dose cumulée d'oxaliplatine administrée. Ces symptômes peuvent s'améliorer chez certains patients si le traitement par Eloxatin est interrompu.
Un cas d'encéphalopathie postérieure réversible a été signalé dans les publications scientifiques, quoiqu'on ne puisse établir avec certitude la relation de cause à effet. - L'administration d'Eloxatin peut entraîner des réactions d'hypersensibilité. Dans toutes les études cliniques, la fréquence des événements de grade 3-4 était de 2 % à 3 %. Certains cas (survenus après la commercialisation) se sont soldés par un décès. On a eu recours à l'épinéphrine, aux corticostéroïdes et aux antihistaminiques pour atténuer ces réactions. Une mise en garde à cet effet a été ajoutée dans la monographie de produit.
- La fréquence combinée de la toux, de la dyspnée et de l'hypoxie chez les patients recevant l'association Eloxatin et 5-FU/LV était de 30 % et 43 % (tous grades confondus) dans les études cliniques portant sur le cancer métastatique, mais la pneumopathie interstitielle et la fibrose pulmonaire étaient rares. On a signalé un cas mortel de pneumonie éosinophile chez un patient ayant reçu le traitement concomitant par Eloxatin au cours d'une étude.
- D'après des données non cliniques, Eloxatin est cardiotoxique chez le chien. En situation clinique, on a signalé des événements cardiovasculaires liés à l'administration d'Eloxatin en association avec le 5-FU/LV, même s'ils étaient pour la plupart d'un grade faible, légèrement plus élevé que celui du groupe témoin. On a signalé un œdème et une thrombose, respectivement, chez 15 % et 6 % (tous grades confondus) et chez 0 % et 5 % (grade 3-4) des patients n'ayant pas reçu de traitement préalable du cancer colorectal métastatique. On a constaté l'apparition d'un œdème périphérique et d'un œdème de la jambe, respectivement, chez 8 % et 6 % (tous grades confondus) et chez < 1 % et de 0 % (grade 3-4) des patients ayant déjà été traités pour ce cancer. Le nombre de décès causés par des événements cardiaques était faible dans tous les groupes et dans toutes les études examinées. Cependant, étant donné la population de patients, il était très difficile de mettre en cause Eloxatin de façon concluante en raison de la présence de plusieurs facteurs confusionnels comme la comorbidité et les médicaments administrés en concomitance. Le promoteur entend poursuivre la surveillance étroite de l'ischémie myocardique (et cérébrovasculaire). Aucune étude clinique formelle sur l'innocuité cardiaque n'a été menée. On n'a pas non plus évalué formellement l'effet de l'administration d'Eloxatin en association avec des inhibiteurs des récepteurs 5-HT3 (antiémétiques administrés en traitement préalable lors des études cliniques) sur l'intervalle QTc. Une mise en garde à cet effet a été ajoutée dans la monographie de produit.
- Selon les données du rapport périodique de pharmacovigilance, il y a tout lieu de croire qu'Eloxatin peut entraîner une nécrose tubulaire, une néphrite interstitielle et une insuffisance rénale aiguës, bien que cette substance soit moins néphrotoxique que la cisplatine. Cet effet est particulièrement important chez le patient présentant une diarrhée et une déshydratation liés à l'administration d'Eloxatin en association avec le 5-FU/LV. On réalise actuellement une étude (POP5347) chez des patients atteints de cancers gastro-intestinaux et d'insuffisance rénale à divers degrés.
- Le syndrome hémolytique et urémique a rarement été associé à l'emploi d'Eloxatin lors des études cliniques et après la commercialisation du médicament.
- En cas d'extravasation, Eloxatin peut causer une irritation. Étant donné que des cas de nécrose ont été signalés après la commercialisation, Eloxatin peut donc être vésicant. S'il y a extravasation, on ne recommande pas d'autre intervention que l'interruption de la perfusion. Le traitement à appliquer localement (c-à-d. chaleur ou froid) dépend de l'état physiologique, et on recommande que chaque établissement applique les mesures courantes.
- Lors des études menées chez des patients atteints de cancer colorectal métastatique ayant reçu l'association Eloxatin et 5-FU/LV, la fatigue, la déshydratation, la diarrhée, la leucopénie et la syncope étaient plus fréquentes chez les sujets âgés de 65 ans et plus que chez ceux de moins de 65 ans, quoique la différence n'ait pas été statistiquement significative. Chez les patients âgés, la dose d'attaque ne requiert pas d'ajustement, cependant une mise en garde à propos des résultats mentionnés précédemment a été ajoutée dans la monographie de produit.
3.4 Évaluation des avantages / risques et recommandation
3.4.1 Évaluation des avantages / risques
Chez les patients n'ayant pas reçu de traitement préalable du cancer colorectal métastatique, l'emploi d'Eloxatin en association avec le 5-FU/LV est cliniquement avantageux puisqu'il allonge la survie globale, le délai avant la progression tumorale et améliore le taux de réponse comparativement au traitement courant (irinotécan + 5-FU/LV). Chez les patients ayant déjà reçu un traitement préalable du cancer colorectal métastatique, le traitement par Eloxatin en association avec le 5-FU/LV allonge le délai avant la progression tumorale et améliore le taux de réponse; on observe aussi une tendance en faveur d'une augmentation de la survie globale, par rapport au 5-FU/LV seul. Ce dernier avait été, pendant plusieurs années, le traitement usuel contre le cancer colorectal métastatique avant d'être remplacé par l'irinotécan en association avec le 5-FU/LV. Les données sur la qualité de vie n'étaient pas concluantes.
Les avantages cliniques d'Eloxatin sont toutefois associés à un risque de toxicité. Les patients atteints d'un cancer métastatique et traités par l'association Eloxatin et 5-FU/LV risquent de souffrir de dépression médullaire, accompagnée possiblement de saignements et/ou d'infections qui peuvent être mortels; d'une toxicité gastro-intestinale qui se manifeste notamment par des nausées, des vomissements et de la diarrhée, lesquels peuvent entraîner une déshydratation grave ou fatale; d'une neuropathie périphérique sensorielle qui apparaît dans presque tous les cas, peut limiter la dose et être invalidante chez environ 10 % des patients après une dose cumulée d'environ 800 mg/m2, et qui peut persister pendant plusieurs semaines ou mois après l'arrêt du traitement; d'un dysfonctionnement hépatique qui, dans de rares cas, peut être grave ou fatal; de réactions d'hypersensibilité (y compris un choc anaphylactique mortel, quoique rare); et d'autres effets toxiques rares (pneumopathie interstitielle, syndrome hémolytique et urémique, toxicité rénale). Parmi les effets propres à Eloxatin, citons la neuropathie induite par le froid, la paresthésie transitoire et la dysesthésie pharyngolaryngée aiguë. Il serait important d'informer les patients de ces effets.
Eloxatin a été évalué dans le cadre de la Politique sur le traitement prioritaire, car il s'est révélé supérieur sur le plan de l'innocuité au traitement courant (irinotécan + 5-FU/LV) du cancer colorectal métastatique, une maladie grave et fatale qui n'est pas adéquatement traitée par des médicaments commercialisés au Canada.
À la suite de l'examen de cette présentation, il est évident que les avantages de l'association Eloxatin et 5-FU/LV utilisée pour traiter les patients atteints d'un cancer colorectal métastatique l'emportent sur les risques. L'efficacité de cette association démontrée dans cette présentation est significative du point de vue clinique pour cette population de patients, et ces derniers envisageront probablement ce traitement malgré sa toxicité. Certes, Eloxatin est un médicament toxique, mais conjugué à une éducation du patient et aux traitements oncologiques habituels, ce traitement devrait faire partie de l'arsenal thérapeutique contre le cancer colorectal métastatique en oncologie au Canada.
3.4.2 Recommandation
Après avoir examiné les données sur la qualité, l'innocuité et l'efficacité de ce produit, Santé Canada estime qu'Eloxatin administré en association avec le 5-fluorouracile (5-FU) et la leucovorine (LV) a un profil avantages/risques favorable au traitement des patients atteints d'un cancer colorectal métastatique. La présentation de drogue nouvelle répond aux exigences des articles C.08.002 et C.08.005.1 et, par conséquent, Santé Canada a émis l'Avis de conformité prévu par l'article C.08.004 du Règlement sur les aliments et drogues.
4 Étapes importantes de la présentation
Étapes importantes de la présentation: EloxatinMD
| Étape importante de la présentation | Date |
|---|---|
| Réunion préalable à la présentation | 2006-08-01 |
| Demande de traitement prioritaire | |
| Déposée | 2006-10-16 |
| Approuvée par le directeur du Bureau de métabolisme, de l'oncologie et des sciences de la reproduction (BMOSR) | 2006-11-17 |
| Dépôt de la Présentation | 2006-11-20 |
| Examen préliminaire | |
| Lettre d'acceptation à l'issue de l'examen préliminaire | 2006-12-22 |
| Examen | |
| Évaluation de la qualité terminée | 2007-06-04 |
| Évaluation clinique terminée | 2007-06-15 |
| Évaluation biostatistique terminée | 2007-04-24 |
| Examen de l'étiquetage terminé | 2007-06-13 |
| Délivrance de l'avis de conformité par le directeur général | 2007-06-15 |
Produits pharmaceutiques connexes
| Nom du produit | DIN | Entreprise | Ingrédient(s) actif(s) & concentration |
|---|---|---|---|
| ELOXATIN | 02296268 | SANOFI-AVENTIS CANADA INC | Oxaliplatine 50 MG / Fiole |
| ELOXATIN | 02296276 | SANOFI-AVENTIS CANADA INC | Oxaliplatine 100 MG / Fiole |