Sommaire des motifs de décision portant sur Intelence
Décisions d'examen
Le sommaire des motifs de décision explique les raisons pour lesquelles un produit a reçu une autorisation de vente au Canada. Le document comprend les considérations portant sur la réglementation, l’innocuité, l’efficacité et la qualité (sur le plan de la chimie et de la fabrication).
Type de produit:
- Ce document est une traduction française du document anglais approuvé.
Intelence
Étravirine, 100 mg, Comprimé, Orale
Janssen-Ortho Inc.
No de contrôle de la présentation : 113100
Émis le : 2008-12-11
Direction générale des produits de santé et des aliments
Notre mission est d'aider les Canadiennes et les Canadiens à maintenir et à améliorer leur état de santé.
Santé Canada
Le mandat de la DGPSA est d'adopter une approche intégrée à la gestion des risques et des avantages pour la santé liés aux produits de santé et aux aliments:
- en réduisant les facteurs de risque pour la santé des Canadiens et Canadiennes tout en maximisant la protection offerte par le système réglementaire des produits de la santé et des aliments; et
- en favorisant des conditions qui permettent aux Canadiens et Canadiennes de faire des choix sains ainsi qu'en leur donnant des renseignements afin qu'ils ou qu'elles puissent prendre des décisions éclairées en ce qui a trait à leur santé.
Direction générale des produits de santé et des aliments
Also available in English under the following title: Summary Basis of Decision (SBD), PrIntelence*, Etravirine, 100 mg tablet, Janssen-Ortho Inc., Submission Control No. 113100.
Avant-propos
Le Sommaire des motifs de décision (SMD) de Santé Canada expose les motifs d'ordre scientifique et réglementaire sur lesquels reposent les décisions de Santé Canada concernant la réglementation des médicaments et des instruments médicaux. Les SMD sont rédigés en langage technique à l'intention des personnes et groupes intéressés aux décisions de Santé Canada portant sur un produit donné et sont le reflet des observations consignées dans les rapports d'évaluation. À ce titre, les SMD servent à compléter et non à répéter l'information contenue dans la monographie de produit.
Nous invitons les lecteurs à consulter le « Guide du lecteur sur le Sommaire des motifs de décision - Médicaments au sujet de l'interprétation des termes et des acronymes utilisés ici. Ils trouveront également dans ce guide un aperçu du processus d'examen des présentations de drogue dans le feuillet intitulé « Comment les médicaments sont examinés au Canada », qui décrit les facteurs pris en considération par Santé Canada au cours du processus d'examen et d'autorisation d'une présentation de drogue. Les lecteurs devraient aussi consulter le document intitulé « Initiative du sommaire des motifs de décision - Foire aux questions ».
Le SMD correspond à l'information dont disposent les autorités de réglementation de Santé Canada au moment de prendre une décision. Les présentations subséquentes examinées à d'autres fins ne sont pas incluses dans la Phase I de la stratégie de mise en oeuvre des SMD. Pour obtenir de l'information à jour sur un produit en particulier, les lecteurs sont priés de consulter la monographie la plus récente de ce produit. Santé Canada fournit également l'information au sujet mises en garde diffusées après la commercialisation ou d'avis émis à la suite d'effets indésirables (EI).
Pour de plus amples renseignements sur un produit en particulier, les lecteurs peuvent également se rendre sur les sites Web des organismes de réglementation d'autres pays. L'information reçue à l'appui d'une présentation de drogue au Canada peut cependant ne pas être identique à celle reçue par d'autres gouvernements.
Autres politiques et lignes directrices
Les lecteurs sont invités à consulter le site Web de Santé Canada, où ils trouveront d'autres politiques et lignes directrices au sujet des médicaments, notamment le document intitulé «Gestion des présentations de drogues ».
1 Information sur le produit et la présentation
Marque nominative :
Fabricant/promoteur :
Ingrédient médicinal :
Dénomination commune internationale :
Concentration :
Forme posologique :
Voie d'administration :
Identification numérique de drogue (DIN) :
- 02306778
Classe pharmaco-thérapeutique (classe ATC) :
Ingrédients non médicinaux :
Type et numéro de présentation :
N° de contrôle 113100
Date de la présentation :
Date de l'autorisation :
* Tous droits afférents à la marque de commerce utilisée sous licence.
2 Avis de décision
Le 27 mars 2008, Santé Canada a émis à l'intention de Janssen-Ortho Inc. un avis de conformité du produit pharmaceutique Intelence.
Intelence contient l'ingrédient médicinal étravirine, un nouveau produit de la classe des inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase inverse (INNTI) du virus de l'immunodéficience humaine (VIH). L'étravirine est un INNTI du VIH de type 1 (VIH-1).L'étravirine bloque la transcriptase inverse du VIH, une enzyme nécessaire à la multiplication du virus.
Intelence, en association avec d'autres agents antirétroviraux, est indiqué pour le traitement de l'infection par le VIH-1 chez les patients adultes ayant déjà fait l'objet d'un traitement antirétroviral qui a échoué et dont les souches de VIH-1 sont résistantes à plusieurs agents antirétroviraux, y compris les INNTI.
L'autorisation de commercialisation s'appuie sur des données issues d'études de contrôle de la qualité et d'études non cliniques et cliniques. On a établi l'efficacité et l'innocuité d'Intelence par l'analyse de l'ensemble des données provenant de deux essais pivots de phase III d'une durée de 24 semaines, contrôlés avec placebo et menés à double insu chez des patients de 16 ans et plus ayant déjà reçu un traitement et qui présentaient au moins une mutation associée à une résistance aux INNTI et plusieurs mutations primaires conférant une résistance aux inhibiteurs de protéase. Les participants des deux essais ont été répartis aléatoirement pour recevoir Intelence à raison de 200 mg deux fois par jour (599 patients) ou un placebo (604 patients), en plus d'un traitement de base comprenant l'administration de darunavir/ritonavir et d'au moins deux autres médicaments antirétroviraux [IN(t)TI avec ou sans enfuvirtide]. Comme on a constaté une interaction médicamenteuse importante avec l'enfuvirtide, on a réalisé l'analyse primaire séparément pour ce qui concerne la strate enfuvirtide (utilisation d'enfuvirtide pour la première fois et réutilisation ou non utilisation d'enfuvirtide).
L'écart entre le taux de réponse virologique (< 50 copies/mL) associé à Intelence et au placebo était statistiquement significatif (écart de 22,7 %, p < 0,0001) dans le groupe de patients qui réutilisaient l'enfuvirtide ou qui ne l'utilisaient pas. Les avantages associés à Intelence étaient limités chez les patients qui utilisaient l'enfuvirtide pour la première fois dans le cadre du traitement de base (écart de 4,8 %, pas de différence statistique entre les groupes de traitement). La majorité des réactions indésirables signalées étaient de grade 1 ou 2. Les réactions indésirables les plus fréquemment signalées étaient des éruptions cutanées et des nausées. Pendant la mise au point clinique, on a relevé de rares cas de réaction cutanée grave comme le syndrome de Stevens-Johnson et l'érythème polymorphe. Le risque de réaction cutanée grave est mentionné dans la monographie de produit.
Intelence (100 mg, étravirine) est offert en comprimés. La dose orale recommandée pour les comprimés d'Intelence est de 200 mg (deux comprimés de 100 mg) deux fois par jour après le repas. Les recommandations concernant la posologie sont décrites dans la monographie de produit.
Intelence est contre-indiqué chez les patients souffrant d'une hypersensibilité à l'étravirine, à tout ingrédient de la formulation ou à tout composant du contenant. En outre, il est recommandé qu'Intelence ne soit pas administré avec certains médicaments en raison des interactions médicamenteuses possibles. Intelence devrait être administré selon les conditions décrites dans la monographie de produit, en tenant compte des risques potentiels associés à l'administration de ce produit pharmaceutique. Les conditions détaillées relatives à l'usage d'Intelence, y compris les interactions médicamenteuses, sont décrites dans la monographie de produit.
La présentation de drogue concernant Intelence a été examinée dans le cadre de la Politique sur le traitement prioritaire. Il a été établi qu'Intelence présente un profil de résistance et d'innocuité différent de celui d'autres médicaments appartenant à la classe des INNTI, et qu'il constitue une nouvelle possibilité pour le traitement antirétroviral de patients chez qui les traitements antérieurs ont échoué et dont les souches de VIH-1 sont résistantes à plusieurs agents antirétroviraux, y compris les INNTI.
Conformément à son examen des données sur la qualité, l'innocuité et l'efficacité du produit, Santé Canada juge que le rapport entre les avantages et les risques d'Intelence, administré en association avec d'autres agents antirétroviraux, est favorable au traitement de l'infection par le VIH-1 chez les patients adultes ayant déjà fait l'objet d'un traitement antirétroviral qui a échoué et dont les souches de VIH-1 sont résistantes à plusieurs agents antirétroviraux, y compris les INNTI.
3 Motifs d'ordre scientifique et réglementaire
3.1 Motifs d'ordre qualitatif
3.1.1 Substance médicamenteuse (ingrédient médicinal)
Renseignements généraux
L'étravirine, l'ingrédient médicinal d'Intelence, est un analogue non nucléosidique de la transcriptase inverse (INNTI) du VIH de type 1 (VIH-1). L'étravirine bloque la transcriptase inverse du VIH, une enzyme nécessaire à la multiplication du virus.
Procédé de fabrication et contrôles en cours de fabrication
La substance médicamenteuse, l'étravirine, est obtenue par synthèse.
On considère que le procédé de fabrication fait l'objet d'un contrôle adéquat, dans des limites raisonnables.
Caractérisation
La structure de l'étravirine a été adéquatement élucidée, et les spectres représentatifs ont été fournis. Les propriétés physiques et chimiques ont été décrites et sont jugées satisfaisantes.
Les impuretés et les produits de dégradation découlant de la fabrication et/ou de l'entreposage ont été signalés et caractérisés. Ces produits étaient conformes aux limites établies par l'ICH et/ou ont été qualifiés au moyen d'analyses de lots et/ou d'études toxicologiques; ils sont donc considérés comme acceptables.
Contrôle de la substance médicamenteuse
Des copies des méthodes d'analyse et, s'il y a lieu, des rapports de validation ont été présentés et sont jugés satisfaisants pour toutes les méthodes d'analyse utilisées pour les tests de libération et de stabilité de la substance médicamenteuse (étravirine).
Après examen, on a déterminé que les résultats des analyses de lots sont tous conformes aux spécifications et témoignent d'une qualité constante des lots produits.
L'emballage de la substance médicamenteuse est jugé acceptable.
Stabilité
Les résultats des essais de stabilité confirment l'information sur les conditions de conservation et la période de contre-essai proposés pour le système récipient-fermeture mentionné.
3.1.2 Produit pharmaceutique
Description et composition
Les comprimés d'Intelence se présentent sous forme de comprimés ovales de couleur blanche à blanchâtre contenant 100 mg d'étravirine. Chaque comprimé renferme les ingrédients non médicinaux suivants : hypromellose, cellulose microcristalline, gel de silice colloïdal, croscarmellose de sodium, stéarate de magnésium et monohydrate de lactose.
Chaque comprimé porte l'inscription « T125 » sur une face et « 100 » sur l'autre face. Les comprimés sont offerts dans des flacons de polyéthylène haute densité dotés d'un système de fermeture à l'épreuve des enfants. Chaque flacon contient 120 comprimés et 3 sachets déshydratants.
Tous les ingrédients non médicinaux (excipients) présents dans le produit pharmaceutique sont autorisés par le Règlement sur les aliments et drogues. Le promoteur a démontré que le système récipient-fermeture convenait au produit pharmaceutique.
Élaboration du produit pharmaceutique
Les modifications apportées au procédé de fabrication et à la formulation tout au long de l'élaboration du produit pharmaceutique sont jugées acceptables.
Procédé de fabrication et contrôles en cours de fabrication
Tout l'équipement, tous les contrôles en cours de fabrication et les paramètres de fonctionnement détaillés ont été dûment décrits dans la documentation fournie dans la présentation et sont jugés acceptables. Le procédé de fabrication est considéré comme dûment contrôlé B l'intérieur de limites justifiées.
Contrôle du produit pharmaceutique
Intelence a été soumis à des tests visant à en vérifier l'identité, l'apparence, la pureté chromatographique, l'uniformité, la dissolution et la teneur en eau ainsi qu'à vérifier les concentrations des produits de dégradation et des impuretés microbiologiques; les résultats de ces tests sont tous conformes aux critères d'acceptation. Les spécifications des tests sont considérées comme acceptables.
Des copies des méthodes d'analyse et, s'il y a lieu, des rapports de validation ont été présentés et sont jugés satisfaisants pour toutes les méthodes d'analyse utilisées pour les tests de libération et de stabilité portant sur Intelence.
Stabilité
D'après les résultats des études de stabilité de longue durée et accélérées qui ont été soumis, la durée de conservation de 24 mois est jugée acceptable lorsque les comprimés d'Intelence sont conditionnés dans les contenants approuvés et conservés à une température située entre 15 et 30 °C.
3.1.3 Installations et équipement
L'aménagement, le fonctionnement et les mécanismes de contrôle des installations et de l'équipement servant à la production sont jugés acceptables pour les activités et les produits fabriqués. Toutes les installations de fabrication proposées sont conformes aux exigences du titre 2 du Règlement sur les aliments et drogues. Tous les sites sont jugés conformes aux bonnes pratiques de fabrication (BPF) pour les activités mentionnées.
3.1.4 Évaluation de l'innocuité des agents adventices
Sans objet. Le médicament ne contient pas d'excipients d'origine humaine ou animale.
3.1.5 Conclusion
L'information soumise sur les caractéristiques chimiques et sur la fabrication d'Intelence montre que la substance médicamenteuse et le produit pharmaceutique peuvent être fabriqués de façon à répondre systématiquement aux spécifications approuvées. Des études appropriées sur l'élaboration et la validation ont été menées, et des contrôles adéquats sont en place pour la commercialisation.
3.2 Motifs non cliniques de la décision
3.2.1 Pharmacodynamique
Virologie -- In vitro
L'étravirine exerçait une activité antivirale in vitro correspondant à celle des INNTI. La valeur de la CE50 (la concentration maximale efficace chez 50 % des sujets) contre les souches de VIH-1 dans des cellules MT4 et des cellules mononuclées du sang périphérique variait entre 0,87 et 5,46 nM, aucune cytotoxicité n'ayant été observée jusqu'à 100 µM dans l'un ou l'autre type de cellules. L'étravirine se lie principalement à l'albumine sérique, et aucun antagonisme n'a été relevé avec les antirétroviraux approuvés.
L'étravirine était active contre 21 des 25 isolats de VIH-1 (sous-types A, B, C, D, E, F et G du groupe M et groupe O). Trois isolats du VIH-1 du groupe O présentaient une résistance, tout comme un isolat du sous-type B (BR/92/014).
La mutation Y181C était la mutation le plus souvent observée dans les virus mutants sélectionnés parmi les souches de VIH-1/IIIB et était associée à une diminution de la sensibilité à l'étravirine. Parmi les autres mutations couramment sélectionnées figuraient L100I, V179I, V179F et V179D. La mutation E138K était le plus souvent décelée dans les souches de virus sélectionnées parmi les isolats cliniques de VIH-1 recombinants. Six des 12 mutations de la transcriptase inverse (TI)sélectionnées par l'efavirenz n'étaient jamais sélectionnées par l'étravirine, notamment l'une des mutations les plus fréquentés in vivo, K103N. Les taux les plus élevés de résistance à l'étravirine ont été relevés pour les mutations dirigées du VIH-1 qui associaient les mutations V179F et Y181C ou Y181I.
Comparativement à la delavirdine, à l'efavirenz et à la névirapine, l'étravirine présentait la CE50 moyenne la plus faible contre les isolats cliniques résistants aux INNTI. Sa CE50 était de 10 nM dans 83,2 % des isolats.
Innocuité
Des études pharmacodynamiques in vitro et in vivo de l'étravirine n'ont mis en évidence aucun effet du produit testé sur le potentiel de membrane cellulaire, les paramètres électrophysiologiques, les paramètres ECG, les paramètres cardio-hémodynamiques ou respiratoires, le neurocomportement, l'activité motrice et d'autres fonctions corporelles. Les rapports d'exposition plasma animal/plasma humain étaient assez élevés pour indiquer une bonne marge de sécurité pour les sujets humains.
3.2.2 Pharmacocinétique
La biodisponibilité de l'étravirine était en général faible chez toutes les espèces d'animaux testés. Par exemple chez le chien, la biodisponibilité absolue s'établissait à 19 % alors que celle pour la formulation desséchée par pulvérisation était estimée à 33-34 %, soit un taux d'absorption du produit assez faible.
Absorption
Après l'administration d'étravirine par gavage oral, la concentration plasmatique maximale était généralement obtenue en 4 heures chez toutes les espèces testées. Pour toute la gamme de doses étudiée chez la souris, le rat, le lapin et le chien, les concentrations plasmatiques d'étravirine augmentaient, mais de façon non proportionnelle à la dose, après une seule administration par voie orale, en particulier aux doses élevées, en raison d'une faible solubilité du médicament. On n'observait aucune différence sur le plan pharmacocinétique selon le sexe chez la souris et le chien, alors que l'exposition était plus forte chez les rates que chez les rats mâles. Chez toutes les espèces, l'exposition générale a diminué après l'administration répétée de doses orales, en particulier aux doses où l'on avait obtenu des valeurs d'exposition élevées le premier jour du traitement. Cette diminution était due à l'induction des enzymes hépatiques participant au métabolisme de l'étravirine.
L'effet de la consommation d'aliments sur l'absorption de l'étravirine a été étudié chez le chat et on a constaté que l'exposition à l'étravirine était jusqu'à 2 fois plus importante après la prise de nourriture.
Distribution
L'étravirine et ses métabolites radiomarqués étaient rapidement et largement distribués dans les tissus après une seule dose orale chez le rat. Les plus fortes concentrations de radioactivité ont été mesurées dans le tractus gastro-intestinal (la muqueuse gastrique, l'intestin grêle et le cæcum), le foie et les glandes surrénales. Il n'y avait aucun signe de rétention ni d'accumulation exagérées, et rien n'indiquait qu'il y avait une liaison importante ou irréversible de l'étravirine ou de ses métabolites à la mélanine. Chez la rate gestante, il y avait une distribution de l'étravirine radiomarquée dans le placenta et le fœtus. Même si les taux de radioactivité dans ces tissus étaient environ le double des taux observés dans le sang maternel, la quantité totale de radioactivité était faible et éliminée assez rapidement.
Chez toutes les espèces d'animaux testées, on a observé une liaison importante de l'étravirine aux protéines plasmatiques (99,8 %-99,9 %), qui ne dépendait pas de la concentration. La fraction d'étravirine distribuée dans les cellules sanguines était < 30 % chez la souris et le chien. L'étravirine était distribuée de manière égale entre les protéines plasmatiques et les cellules sanguines chez le rat et le lapin.
Métabolisme
Le métabolisme de l'étravirine était quantitativement limité chez les rongeurs et le chien. Les voies métaboliques les plus importantes étaient d'abord la méthyl-hydroxylation, puis la glucuronidation (ce qui a donné comme métabolites des hydroxyméthyles) et l'hydroxylation aromatique. Dans le plasma, l'étravirine inchangée était plus abondante que tout métabolite.
In vitro et in vivo, le système cytochrome P450 participait au métabolisme oxydatif de l'étravirine. Dans des expériences in vitro réalisées sur des microsomes hépatiques humains, l'enzyme CYP3A4 et, dans une moindre mesure, l'enzyme CYP2C ont joué un rôle important dans la biotransformation de l'étravirine.
Dans les études in vitro, l'étravirine était un substrat des enzymes CYP3A4, CYP2C9 et CYP2C19; son administration en même temps que des médicaments connus pour être des substrats de ces enzymes peut modifier les effets thérapeutiques. En outre, l'étravirine est un inducteur de l'ARNm des CYP3A4 et CYP2B6, CYP2C8, CYP2C9 et CYP2C19 et un inhibiteur puissant du CYP2C9 et, dans une moindre mesure, des CYP1A2, CYP2D6, CYP2C19 et CYP3A. Des études non cliniques sur les interactions médicamenteuses n'ont mis en évidence aucune interaction médicamenteuse entre l'étravirine et la zidovudine, la lamivudine, la stavudine, la névirapine et la didanosine. Par contre, le ritonavir, l'indinavir, le saquinavir, le nelfinavir, l'amprénavir, la delavirdine, l'efavirenz et l'abacavir inhibaient le métabolisme de l'étravirine de façon proportionnelle à la concentration.
Excrétion
Chez toutes les espèces animales qui ont reçu de l'étravirine radiomarquée, la dose de radioactivité totale (RT) était excrétée rapidement par voie fécale. Vingt-quatre heures après l'administration de la dose, de 78 à 87 % de la RT était éliminée chez la souris, de 84 à 93 % chez le rat et 90 % chez le chien. Quarante-huit heures après l'administration de la dose, environ 60 %, 85 % et 82 % de la dose radioactive était excrétée sous forme d'étravirine inchangée dans les selles de souris, de rats et de chiens, respectivement. L'excrétion rénale était très limitée (0,2-0,6 % de la dose radioactive) chez toutes les espèces animales, et il n'y avait aucune trace ou seulement de très petites quantités (< 0,03 % de la dose radioactive) d'étravirine inchangée dans l'urine. L'excrétion était pratiquement complète 96 heures et 168 heures après l'administration de la dose chez les rongeurs et chez le chien, respectivement.
Bien qu'aucune étude n'ait évalué directement l'excrétion de l'étravirine dans le lait, une étude utilisant de l'étravirine radiomarquée a montré qu'une partie de la radioactivité était détectable dans la glande mammaire de rates. Ce résultat indique que l'étravirine pourrait être excrétée dans le lait.
3.2.3 Toxicologie
Toxicité à dose unique
Aucun effet jugé pertinent n'a été observé chez la souris et le rat à la suite de l'administration orale de doses pouvant atteindre 1 000 mg/kg ou de l'injection sous-cutanée de doses pouvant atteindre 320 mg/kg. Aucun effet pertinent n'a pas non plus été relevé chez le chien après l'administration orale d'un maximum de 160 mg/kg.
Toxicité à doses multiples
Chez le rat, les principaux organes cibles étaient le foie, la thyroïde et le système de coagulation. Les changements au niveau du foie et de la thyroïde étaient considérés comme adaptatifs ou spécifiques aux rongeurs.
Les organes cibles clés chez la souris étaient le foie et le système de coagulation, le cœur étant une cible secondaire aux changements dans la coagulation. Des modifications dégénératives/inflammatoires ont été observées dans le foie après gavage oral et administration dans les aliments. Les doses alimentaires ont perturbé la coagulation sanguine, entraînant des hémorragies, une diathèse et des lésions cardiaques subséquentes chez la souris mâle. L'altération des paramètres de la coagulation était médiée par la voie de la vitamine K. Cette voie particulière n'est pas pertinente chez l'humain. Aucune lésion cardiaque n'a été observée chez la souris femelle, chez le rat mâle et femelle ni chez le chien.
Aucun organe cible pour la toxicité n'a été identifié chez le chien après l'administration d'une formulation de sel d'étravirine (240 mg/kg/jour) pendant une période pouvant atteindre 12 mois. L'administration d'étravirine desséchée par pulvérisation a amplifié l'exposition chez le chien, ce qui a entraîné des modifications au niveau du foie et de la vésicule biliaire dans des études d'une durée de 1 et 6 mois. Chez le chien, la formulation desséchée par pulvérisation d'étravirine n'a eu aucun effet sur les paramètres cardio-hémodynamiques, ECG (p. ex. intervalles QT, QTc, etc.) ni sur les paramètres respiratoires après une seule dose par voie orale (p. ex. 200 mg/kg/jour) et à un taux plasmatique d'exposition de 0,30 μg/mL, 60 minutes après l'administration.
Chez le chien, la formulation desséchée par pulvérisation d'étravirine n'a exercé aucun effet sur les paramètres cardio-hémodynamiques ou ECG (p. ex. intervalles QT, QTc, etc.) ni sur les paramètres respiratoires après une seule dose de 100, 200 ou 400 mg/kg de poids corporel. La Cmax (4,9 µg/mL) la plus élevée a été observée à la dose de 100 mg. Dans le dernier groupe, une dose de 200 mg/kg a été administrée deux fois par jour à une heure d'intervalle. Le groupe 200 + 200 mg a présenté des manifestations cliniques (légères élévations du rythme cardiaque, de la pression artérielle systolique et diastolique et augmentation du taux de pression environ 2 heures après l'administration de la dose [les changements étaient entièrement réversibles]). La Cmax de cette dose [200 + 200 mg] était de 3,3 µg/mL.
Génotoxicité et mutagénicité
Des études de génotoxicité in vitro et in vivo portant sur l'étravirine ont donné un résultat négatif dans l'essai de mutation inverse d'Ames, dans l'essai d'aberration chromosomique des lymphocytes humains, et l'étravirine n'a pas induit d'effets clastogènes dans l'essai sur des cellules de lymphome de souris ni causé de dommages chromosomiques dans le test du micronoyau in vivo.
Cancérogénicité
Des études de cancérogénicité sont en cours et on ne dispose pour le moment d'aucun renseignement sur le risque potentiel de cancérogénicité. Des études préliminaires de détermination de la dose n'ont mis en évidence aucun signe de cancérogénicité.
Toxicité pour l'appareil reproducteur et le développement
Les études sur les effets toxiques sur la reproduction et le développement, l'étude sur la toxicité chez l'embryon/fœtus et les études sur le développement prénatal et postnatal comportant l'administration de fortes doses d'étravirine n'ont révélé aucun effet lié au traitement.
Immunotoxicité
Les études d'immunotoxicité chez le rat n'ont fait état d'aucun effet de l'étravirine sur la production d'anticorps solubles ni d'aucun effet observable sur les organes lymphoïdes. La CSENO (la dose d'exposition la plus forte sans effet nocif observé) a été enregistrée à une concentration (70 mg/kg/jour) beaucoup plus forte que la dose quotidienne proposée chez les humains (4 mg/kg/jour).
Tolérance locale
Des études de tolérance locale ont montré que l'étravirine n'était pas associée à des réactions d'irritation cutanée, n'exerçait pas d'effets phototoxiques ni cytotoxiques en présence et en l'absence d'UVA et n'entraînait pas de réactions d'hypersensibilité retardée dans un essai mené sur des ganglions lymphatiques locaux de souris.
L'étravirine s'est révélée être un irritant oculaire « léger ».
3.2.4 Conclusion
Les études non cliniques à l'appui de cette présentation de drogue sont considérées comme acceptables. Le programme non clinique a passé en revue tous les domaines normalement requis par Santé Canada, allant des études pharmacodynamiques, études pharmacocinétiques, la biodisponibilité, l'immunotoxicité, les effets cardiovasculaires, les effets sur les enzymes et bien d'autres études. L'activité pharmacologique de l'étravirine comme inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse du VIH a été démontrée dans les études non cliniques. Dans l'ensemble, le programme d'innocuité non clinique de l'étravirine appuie l'usage clinique de l'étravirine pour l'indication énoncée dans la monographie de produit.
3.3 Motifs cliniques de la décision
3.3.1 Pharmacologie clinique
Un certain nombre d'études de phase I ont été effectuées pour évaluer la pharmacocinétique et l'innocuité de l'étravirine dans les essais cliniques. La grande majorité des études ont porté sur les interactions médicamenteuses, mais incluaient aussi une étude sur les atteintes hépatiques et une étude sur l'intervalle QT.
3.3.2 Pharmacocinétique
Absorption
La pharmacocinétique de l'étravirine sont proportionnelle à la dose entre 200 mg et 400 mg; elle est non linéaire après l'administration de doses multiples.
Si l'étravirine est prise avec de la nourriture plutôt qu'à jeun son absorption augmente environ du double. Les sujets qui ont reçu 200 mg d'étravirine par jour (bid) 15 minutes après le petit déjeuner et le déjeuner ont atteint en général la concentration plasmatique maximale 4 heures après la première dose et après les doses multiples.
Distribution
L'étravirine était liée de façon importante tant à l'albumine humaine (99,60 % à une concentration physiologique de 4,3 %) qu'à l'α1-acide glycoprotéine (97,66 % à 99,02 % à des concentrations physiologiques de 0,10 % à 0,20 %). La fraction de l'étravirine distribuée dans les globules sanguins était limitée (23 %).
Métabolisme
Le métabolisme de l'étravirine était quantitativement limité; dans le plasma, l'étravirine inchangée était plus abondante que tout métabolite. Les principales voies métaboliques empruntées étaient tout d'abord la hydroxyméthylation puis la glucuronidation. Aucun métabolite particulier n'a été observé dans le plasma humain comparativement au plasma animal testé.
Excrétion
L'excrétion de l'étravirine radiomarquée était presque complète 168 heures après l'administration de la dose et une bonne part (93,7 %) de l'étravirine radioactive a été retrouvée dans les selles; seule une fraction minime (1,2 %) a été détectée dans l'urine. Une bonne part (de 81,2 % à 86,4 %) de la dose radioactive décelée dans les selles n'était pas modifiée.
Études sur les interactions médicamenteuses
Les interactions médicamenteuses ont fait l'objet d'études approfondies portant sur les inhibiteurs de l'intégrase (raltégravir) et les inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase inverse (didanosine et ténofovir); les inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase inverse (efavirenz et névirapine); les inhibiteurs de la protéase (darunavir/ritonavir, saquinavir/ritonavir, indinavir, fosamprénavir/ritonavir, atazanavir, atazanavir/ritonavir, lopinavir/ritonavir, lopinavir/saquinavir/ritonavir, tipranavir/ritonavir, ritonavir et saquinavir) et d'autres médicaments (atorvastatine, clarithromycine, noréthindrone-éthinylœstradiol, méthadone, oméprazole, paroxétine, ranitidine, rifabutine, et sildénafil). Parmi les quatre classes d'antirétroviraux testés, les inhibiteurs de la protéase non potentialisés étaient ceux dont les effets étaient les plus altérés par l'administration simultanée d'étravirine, d'où la recommandation de ne pas les combiner à cette dernière. En outre, dans le cas du tipranavir, qui est potentialisé par 200 mg de ritonavir, on a noté une baisse substantielle de la concentration d'étravirine lorsque celle-ci était administrée en même temps. La prise concomitante d'étravirine et de tipranavir/ritonavir n'est donc pas non plus recommandée.
Les associations darunavir/ritonavir et saquinavir/ritonavir réduisaient toutes les deux l'exposition à l'étravirine d'environ 35 %, mais comme l'étravirine a été administrée sans danger et efficacement avec l'association darunavir/ritonavir dans les études de phase 3, l'utilisation de ces deux associations est acceptable.
L'association lopinavir/ritonavir a entraîné une baisse de l'exposition à l'étravirine qui était environ 85 % plus grande que celle observée dans les études de phase 3, et comme les données sur l'innocuité sont limitées, l'association étravirine et lopinavir/ritonavir devrait être utilisée avec prudence.
L'association névirapine et étravirine a réduit la tolérance chez des volontaires en santé de sexe féminin, et on a relevé notamment un cas de syndrome de Stevens-Johnson. L'étravirine a abaissé l'exposition à la clarithromycine, mais a augmenté celle au métabolite actif, la 14-OH-clarithromycine; il conviendrait par conséquent de trouver des agents de remplacement pour le traitement du complexe Mycobacterium avium (CMA). En outre, l'étravirine a diminué les concentrations plasmatiques de l'atorvastatine, mais celles du métabolite actif étaient accrues; un ajustement posologique peut donc être nécessaire. Les concentrations plasmatiques du sildénafil étaient considérablement réduites, de même que celles du métabolite actif; l'usage concomitant d'inhibiteurs de la PDE-5 peut nécessiter un ajustement posologique si l'on veut atteindre l'effet recherché.
Étude sur l'insuffisance hépatique
Une étude pharmacocinétique a été effectuée chez des patients souffrant d'une insuffisance hépatique légère (n = 8) et modérée (n = 8) de même que chez des témoins appariés pour l'âge et le sexe. On n'a observé aucune différence statistiquement significative, et aucun ajustement posologique n'est donc requis chez les sujets présentant une insuffisance hépatique légère ou modérée. L'étravirine n'a pas été étudiée chez les sujets atteints d'insuffisance hépatique grave.
Étude sur l'intervalle QT
Les résultats d'une étude bien conçue sur l'intervalle QTc ont montré que 8 jours après l'administration de 200 mg d'étravirine bid, de 400 mg d'étravirine une fois par jour (qd), d'un placebo ou de 400 mg moxifloxacine qd, l'intervalle QT n'était pas allongé. Aucun sujet n'a présenté un intervalle dépassant le seuil potentiellement pertinent sur le plan clinique de 500 msec.
3.3.4 Efficacité clinique
La recommandation clinique d'autoriser la mise en marché d'Intelence (étravirine) se basait sur les résultats de deux études pivots de phase 3, appelées DUET-1 et DUET-2, et de quatre études justificatives de phase 2b. L'analyse de données recueillies après 24 semaines de traitement dans les deux études DUET a fourni des renseignements clés sur l'efficacité et l'innocuité d'Intelence dans la population cible, à savoir les adultes infectés par le VIH-1 déjà traités qui n'avaient pas répondu à un traitement antérieur et dont la souche de VIH-1 était résistante à plusieurs antirétroviraux, notamment les INNTI. Ces études dont le plan est identique se poursuivent; ce sont des études internationales randomisées, contrôlées avec placebo et à double insu qui visent à évaluer l'efficacité, la tolérabilité et l'innocuité à long terme d'Intelence par rapport à un placebo dans le cadre d'un traitement antirétroviral (TAR) comprenant du darunavir/ritonavir (DRV/rtv) et un régime de base optimisé choisi par l'investigateur (OBR), administré à des sujets infectés par le VIH-1 déjà traités. En tout, 1 203 sujets ont été répartis au hasard et traités durant les études DUET; 599 ont reçu Intelence et 604 ont reçu un placebo.
Le paramètre primaire d'efficacité pour les études DUET consistait à démontrer la supériorité d'Intelence par rapport au placebo, chacun étant administré en plus d'un régime de base (incluant DRV/rtv dans les deux groupes de traitement) chez les sujets dont la charge virale plasmatique avait été confirmée comme étant indétectable (< 50 copies/mL) à la 24e semaine. Divers paramètres secondaires d'efficacité ont également été évalués, notamment la proportion de sujets dont la quantité d'ARN du VIH-1 était < 400 copies/mL, le changement dans la charge virale log10, la proportion de sujets présentant une diminution de la charge virale de > 1,0 log10 copies/mL par rapport à la charge de base, et les effets sur le nombre de lymphocytes CD4.
Les avantages thérapeutiques d'une première prise d'enfuvirtide (ENF) ont été démontrés dans d'autres études, de sorte qu'on a limité le recrutement des sujets qui utilisaient l'ENF de novo à 40 %. Le test de Breslow-Day (B-D) a servi à déterminer s'il existait un effet d'interaction significatif entre le groupe TAR de base avec ENF et le groupe de traitement (niveau de signification établi à 0,2). Le résultat du test B-D a montré que les deux groupes répondaient au traitement de façon très différente (p = 0,069) après la 24e semaine, ce qui indique que le taux de réponse virologique est influencé par l'ENF dans le TAR de base. Ainsi, l'analyse préliminaire d'efficacité a été effectuée séparément pour chaque strate d'ENF (« utilisation d'ENF de novo » et « utilisation d'ENF non de novo » [patients réutilisant ou n'utilisant pas l'ENF]).
Les résultats de l'analyse statistique primaire ont fait ressortir que la différence entre Intelence et le placebo dans les taux de réponse virologique (< 50 copies d'ARN du VIH-1/mL selon l'algorithme du délai avant la perte de réponse virologique (TLOVR)) était statistiquement significative (p < 0,0001) dans le groupe de sujets qui n'utilisaient pas l'ENF de novo (56,3 % dans le groupe Intelence et 33,6 % dans le groupe placebo). Tel que prévu, les avantages de l'inclusion d'Intelence dans le régime thérapeutique étaient plus limités chez les sujets qui prenaient l'ENF de novo dans le cadre du traitement de base. Un avantage numérique par rapport à ceux qui recevaient un placebo a été observé mais cet effet était faible, et aucune différence statistique n'a été constatée entre les groupes de traitement (66,7 % pour le groupe Intelence et 61,9 % pour le groupe placebo). Les paramètres secondaires d'efficacité et les résultats immunologiques corroboraient les résultats de l'analyse primaire.
Aucune relation apparente n'a été observée entre la pharmacocinétique d'Intelence et la réponse virologique. Les sujets qui ont été recrutés dans les deux études DUET étaient infectés par des virus résistants aux INNTI soit au moment de leur sélection, soit d'après leurs échantillons archivés. Les résultats ont montré qu'Intelence avait une efficacité antivirale importante et soutenue chez les sujets affichant une résistance aux INNTI.
Selon les résultats d'un essai exploratoire de phase 2b, TMC125-C227, les sujets traités par Intelence présentaient une baisse initiale substantielle de la charge virale, mais leurs réponses aux antiviraux étaient inférieures à celles des témoins traités au moyen de l'inhibiteur de la protéase (IP). Cette réponse était influencée en grande partie par une sensibilité réduite tant à Intelence qu'aux INNTI dans le traitement de base. Par contre, vu que les témoins n'avaient jamais pris d'IP, tous ont conservé une sensibilité complète aux IP utilisés. Comme ces données l'indiquent, la prise d'Intelence en association avec des IN[t]TI seulement n'est pas recommandée chez les patients qui n'ont pas eu de réponse virologique à un traitement de première intention comportant des INTI et des INNTI. Cette condition est mentionnée dans la section Indications de la monographie d'Intelence.
3.3.5 Innocuité clinique
Selon les données regroupées sur l'innocuité provenant des études DUET-1 et DUET-2, 599 sujets ont reçu Intelence (étravirine), à raison de 200 mg bid. L'exposition médiane des sujets du groupe Intelence et du groupe placebo a été de 30,0 et de 29,1 semaines, respectivement. Les événements indésirables (EI) les plus souvent signalés dans le groupe Intelence étaient la diarrhée (15,0 % vs 20,4 % dans le groupe placebo), les nausées (13,9 % vs 11,1 %), les éruptions cutanées (terme préconisé, 10,0 % vs 5,5 %), une réaction au point d'injection (9,7 % vs 10,9 %) et les céphalées (9,3 % vs 12,3 %). L'intensité de la plupart des EI était de grade 1 ou 2. Des EI de grade 3 ou 4 sont survenus chez 24,7 % des sujets dans le groupe Intelence et 27,2 % des sujets dans le groupe placebo.
Vingt-trois sujets sont décédés des suites d'EI durant la période de traitement, 8 (1,3 %) sujets dans le groupe Intelence et 15 (2,5 %) dans le groupe placebo. Tous les décès dans le groupe Intelence étaient considérés comme n'ayant pas de lien ou ayant un lien douteux avec le médicament étudié. Pendant la période de traitement, 35 (5,8 %) sujets dans le groupe Intelence et 27 (4,5 %) dans le groupe placebo ont cessé définitivement de prendre le médicament expérimental à cause d'EI. Les éruptions cutanées (de tout type) ont abouti à l'arrêt du traitement chez 2,2 % des sujets traités par Intelence (0 % dans le groupe placebo).
Certains EI présentaient un intérêt spécial, à cause de leur lien avec la population cible, de leur association connue avec d'autres antirétroviraux ou de leur importance potentielle à la lumière des données non cliniques ou des données cliniques recueillies antérieurement sur Intelence. Une attention particulière a été portée aux EI suivants : événements cutanés, événements neuropsychiatriques, événements hépatiques, événements cardiaques, événements hémorragiques et événements pancréatiques. La plupart des EI d'intérêt avaient une intensité de grade 1 ou 2 et ont peu souvent entraîné l'arrêt permanent du traitement. L'incidence des EI d'intérêt était comparable dans les groupes de traitement, sauf en ce qui concerne les événements cutanés. Des éruptions cutanées (de tout type), combinant tous les termes décrivant une éruption cutanée signalée durant le traitement ou le suivi, ont été recensées chez 17,0 % des sujets dans le groupe Intelence comparativement à 9,4 % dans le groupe placebo. Les éruptions cutanées associées à Intelence sont apparues surtout durant les premières semaines de traitement. Dans le groupe Intelence, le délai médian d'apparition était de 12 jours et la durée médiane, de 11 jours. L'incidence des réactions cutanées (de tout type) était plus élevée chez les femmes (28,3 %) que chez les hommes (15,8 %). Cette différence selon le sexe n'a pas été observée dans le groupe placebo (8,7 % chez les femmes et 9,5 % chez les hommes). On n'a relevé aucune différence selon le sexe dans la gravité des éruptions ou l'arrêt du traitement à cause d'une éruption cutanée, et il n'y avait pas de relation avec l'exposition.
Parmi les 2 328 sujets exposés à Intelence dans les études cliniques de phases 1, 2 et 3, un cas d'érythème polymorphe s'est produit dans un essai de phase 2b (C223; 400 mg bid), et aucun cas de syndrome de Stevens-Johnson (SSJ) n'a été enregistré dans les groupes de traitement par Intelence (un cas a été signalé dans le groupe placebo DUET et était probablement dû à une réaction allergique au triméthoprime/sulfaméthoxazole). Trois cas de SSJ ont été recensés jusqu'à maintenant dans le programme d'accès rapide (PAR). En date du 7 janvier 2008, 5 508 sujets ont été inscrits en tout dans le PAR. Si l'on compte les trois cas de SSJ évalués par l'investigateur comme étant à tout le moins peut-être liés à l'étravirine parmi les 7 836 sujets exposés à Intelence, le taux d'incidence du SSJ s'élève à 0,038 %, ce qui le classe dans la catégorie des événements indésirables rares (< 0,1 %). Dans les trois cas, le traitement par Intelence a été interrompu et les patients se sont rétablis (un est décédé plus tard d'un sida en phase terminale). Le risque de développer des réactions cutanées graves, y compris un SSJ, est indiqué dans la monographie de produit dans les sections Mises en garde et précautions et Effets indésirables. D'après les données dont on dispose jusqu'à présent, l'incidence des éruptions cutanées graves (grade 4, y compris le SSJ, l'érythème polymorphe, l'érythrodermie bulleuse avec épidermolyse et la dermatite exfoliative) associées à la prise d'Intelence semble être plus faible que celle observée dans les études cliniques sur l'efavirenz et la névirapine, d'autres membres de la classe des INNTI.
L'évaluation des EI selon l'âge, la race, le sexe et les caractéristiques pathologiques particulières n'ont révélé aucune différence significative, hormis l'incidence plus élevée des éruptions cutanées chez les femmes.
Aucune relation apparente n'a été observée entre la pharmacocinétique d'Intelence et la survenue d'EI ou de changements dans les paramètres biochimiques ou ECG.
On a accumulé des données limitées sur l'innocuité à long terme (> 48 semaines) à partir des études de phase 2b et de phase 3. Sur les 1 041 sujets traités par Intelence dans ces études, 277 ont été traités pendant plus de 48 semaines; la durée médiane de traitement était de 119,6 semaines. Dans ce sous-groupe, l'incidence des EI était plus élevée au cours des 48 premières semaines de traitement qu'après la 48e semaine. L'incidence des EI, notamment des éruptions cutanées, avait tendance à diminuer avec la prise prolongée du médicament, sauf celle des EI d'ordre psychiatrique qui était similaire dans les deux phases de traitement, et celle des événements coronariens qui était un peu plus élevée avant la 48e semaine (3,2 %) qu'après la 48e semaine (1,8 %). L'incidence de l'infarctus du myocarde (IM aigu et IM regroupés) était similaire pendant les 48 premières semaines (1,2 %) et au-delà de la 48e semaine (1,4 %) dans le groupe de traitement prolongé. Aucun des EI n'était beaucoup plus fréquent dans la phase ultérieure du traitement. Aucun nouveau EI d'intérêt clinique n'est apparu durant la phase de traitement après la 48e semaine. D'autres EI d'intérêt comme les événements hépatiques, pancréatiques et hémorragiques étaient en général moins fréquents après la 48e semaine qu'avant la 48e semaine de traitement. Les données ci-dessus semblent indiquer qu'Intelence est bien toléré, mais il faudra évaluer les données des études DUET de phase 3 pour toute la période de 48 semaines lorsqu'elles seront disponibles, en particulier celles concernant l'incidence des événements coronariens.
3.4 Évaluation des avantages / risques et recommandation
3.4.1 Évaluation des avantages/risques
La présentation de drogue concernant Intelence a été examinée dans le cadre de la Politique sur le traitement prioritaire. Il a été établi qu'Intelence présente un profil de résistance et d'innocuité différent de celui d'autres médicaments appartenant à la classe des INNTI et qu'il constitue une nouvelle avenue possible pour le traitement antirétroviral de patients chez qui les traitements antérieurs ont échoué et dont les souches de VIH-1 sont résistantes à plusieurs agents antirétroviraux, y compris les INNTI.
Les données de deux études de phase 3 à double insu, contrôlées avec placebo ont montré que chez des patients ayant déjà été traités, l'administration de 200 mg d'Intelence bid (après un repas) améliorait grandement le succès virologique d'une association d'antirétroviraux dans le sous-groupe n'utilisant pas l'ENF de novo. Aucun avantage significatif n'a été observé dans le sous-groupe de traitement ENF de novo par rapport au groupe placebo. Les antirétroviraux de la classe des INNTI sont connus pour avoir une faible barrière génétique à la résistance. L'utilité d'Intelence a été démontrée comme INNTI de seconde intention; autrement dit, son efficacité a été démontrée chez les sujets présentant une résistance aux INNTI.
Comme dans le cas d'autres antirétroviraux, Intelence devrait être associé à d'autres agents antirétroviraux dans la mesure du possible, car cette combinaison accroît les chances de réponse au traitement. Il convient de tenir compte des antécédents thérapeutiques et, le cas échéant, des résultats des tests de la résistance lorsqu'on prescrit Intelence. Ce dernier ne peut pas être utilisé seulement avec des IN[t]TI chez les patients qui n'ont pas présenté de réponse virologique à un schéma de première intention comportant des INTI et des INNTI. Cette recommandation repose sur les résultats d'une étude exploratoire de phase 2 (Étude C227).
Les INNTI actuellement disponibles ont été associés à des réactions cutanées graves, à des EI neuropsychiatriques et à une hépatotoxicité. Une plus forte incidence d'éruptions cutanées a été observée dans le groupe Intelence par rapport au groupe placebo, mais à la lumière des données dont on dispose actuellement, Intelence semble causer moins d'éruptions graves que d'autres INNTI. Aucune augmentation de l'incidence des événements neuropsychiatriques ou hépatiques n'a été relevée par rapport au groupe placebo.
D'après les données fournies, les avantages d'Intelence dans la population déjà traitée dépassent les risques éventuels.
3.4.2 Recommandation
Après avoir examiné les données sur la qualité, l'innocuité et l'efficacité de ce produit, Santé Canada estime que la prise d'Intelence en association avec d'autres antirétroviraux a un profil avantages/risques favorable au traitement de l'infection à VIH-1 chez les patients adultes déjà traités qui ont connu un échec thérapeutique et sont porteurs de souches de VIH-1 résistantes à plusieurs antirétroviraux, dont des INNTI. La présentation de drogue nouvelle répond aux exigences des articles C.08.002 et C.08.005.1 et, par conséquent, Santé Canada a émis l'avis de conformité prévu par l'article C.08.004 du Règlement sur les aliments et drogues.
4 Étapes importantes de la présentation
Étapes importantes de la présentation: Intelence
| Étape importante de la présentation | Date |
|---|---|
| Réunion préalable à la présentation | 2007-07-10 |
| Demande de traitement prioritaire | |
| Déposée | 2007-07-09 |
| Approuvée par le directeur, Bureau de la gastro-entérologie, et des maladies infectieuses et virales | 2007-07-27 |
| Dépôt de la présentation | 2007-08-23 |
| Examen préliminaire 1 | |
| Lettre d'acceptation à l'issue de l'examen préliminaire | 2007-10-02 |
| Examen 1 | |
| Évaluation de la qualité terminée | 2008-02-21 |
| Évaluation non clinique terminée | 2008-02-09 |
| Évaluation clinique terminée | 2008-03-04 |
| Examen de l'étiquetage terminé | 2008-03-19 |
| Délivrance de l'AC par le directeur général | 2008-03-27 |
Produits pharmaceutiques connexes
| Nom du produit | DIN | Entreprise | Ingrédient(s) actif(s) & concentration |
|---|---|---|---|
| INTELENCE | 02306778 | JANSSEN INC | Étravirine 100 MG |