Sommaire des motifs de décision portant sur Isentress ™ *
Décisions d'examen
Le sommaire des motifs de décision explique les raisons pour lesquelles un produit a reçu une autorisation de vente au Canada. Le document comprend les considérations portant sur la réglementation, l’innocuité, l’efficacité et la qualité (sur le plan de la chimie et de la fabrication).
Type de produit:
- Ce document est une traduction française du document anglais approuvé.
IsentressMD*
Raltégravir, 400 mg, Comprimés, Orale
Merck Frosst Canada Ltd.
No de contrôle de la présentation : 113408
Émis le : 2008-08-07
Direction générale des produits de santé et des aliments
Notre mission est d'aider les Canadiennes et les Canadiens à maintenir et à améliorer leur état de santé.
Santé Canada
Le mandat de la DGPSA est d'adopter une approche intégrée à la gestion des risques et des avantages pour la santé liés aux produits de santé et aux aliments:
- en réduisant les facteurs de risque pour la santé des Canadiens et Canadiennes tout en maximisant la protection offerte par le systPme réglementaire des produits de la santé et des aliments ; et
- en favorisant des conditions qui permettent aux Canadiens et Canadiennes de faire des choix sains ainsi qu'en leur donnant des renseignements afin qu'ils ou qu'elles puissent prendre des décisions éclairées en ce qui a trait à leur santé.
Direction générale des produits de santé et des aliments
Also available in English under the following title: Summary Basis of Decision (SBD)
PrISENTRESS™, Raltegravir, 400 mg, tablet, Merck Frosst Canada Ltd.,
Submission Control No. 113408.
Avant-propos
Le Sommaire des motifs de décision (SMD) de Santé Canada expose les motifs d'ordre scientifique et réglementaire sur lesquels reposent les décisions de Santé Canada concernant la réglementation des médicaments et des instruments médicaux. Les SMD sont rédigés en langage technique à l'intention des personnes et groupes intéressés aux décisions de Santé Canada portant sur un produit donné et sont le reflet des observations consignées dans les rapports d'évaluation. À ce titre, les SMD servent à compléter et non à répéter l'information contenue dans la monographie de produit.
Nous invitons les lecteurs à consulter le « Guide du lecteur sur le Sommaire des motifs de décision - Médicaments au sujet de l'interprétation des termes et des acronymes utilisés ici. Ils trouveront également dans ce guide un aperçu du processus d'examen des présentations de drogue dans le feuillet intitulé « Comment les médicaments sont examinés au Canada », qui décrit les facteurs pris en considération par Santé Canada au cours du processus d'examen et d'autorisation d'une présentation de drogue. Les lecteurs devraient aussi consulter le document intitulé « Initiative du sommaire des motifs de décision - Foire aux questions ».
Le SMD correspond à l'information dont disposent les autorités de réglementation de Santé Canada au moment de prendre une décision. Les présentations subséquentes examinées à d'autres fins ne sont pas incluses dans la Phase I de la stratégie de mise en oeuvre des SMD. Pour obtenir de l'information à jour sur un produit en particulier, les lecteurs sont priés de consulter la monographie la plus récente de ce produit. Santé Canada fournit également l'information au sujet mises en garde diffusées après la commercialisation ou d'avis émis à la suite d'effets indésirables (EI).
Pour de plus amples renseignements sur un produit en particulier, les lecteurs peuvent également se rendre sur les sites Web des organismes de réglementation d'autres pays. L'information reçue à l'appui d'une présentation de drogue au Canada peut cependant ne pas être identique à celle reçue par d'autres gouvernements.
Autres politiques et lignes directrices
Les lecteurs sont invités à consulter le site Web de Santé Canada, où ils trouveront d'autres politiques et lignes directrices au sujet des médicaments, notamment le document intitulé «Gestion des présentations de drogues ».
1 Information sur le produit et la présentation
Marque nominative :
Fabricant/promoteur :
Ingrédient médicinal :
Dénomination commune internationale :
Concentration :
Forme posologique :
Voie d'administration :
Identification numérique de drogue (DIN) :
- 02301881
Classe pharmaco-thérapeutique (classe ATC) :
Ingrédients non médicinaux :
Enrobage : alcool polyvinylique, dioxyde de titane, polyéthylène glycol 3350, talc, oxyde de fer rouge et oxyde de fer noir.
Type et numéro de présentation :
N° de contrôle 113408
Date de la présentation :
Date de l'autorisation :
*ISENTRESSMD est une marque de commerce commerce de Merck & Co., Inc. utilisée sous licence.
2 Avis de décision
Le 27 novembre 2007, Santé Canada a émis à l'intention de Merck Frosst Canada Ltée, dans le cadre de la Politique sur les Avis de conformité avec conditions (AC-C), un avis de conformité du produit pharmaceutique ISENTRESSMD. Le produit a été autorisé dans le cadre de la Politique sur les AC-C à cause du caractère prometteur des preuves cliniques et de la nécessité des études de confirmation afin de vérifier les avantages cliniques. Les patients devraient être avisés du fait que l'autorisation de commercialisation était émise avec conditions.
ISENTRESSMD contient l'ingrédient médicinal raltégravir, un inhibiteur du transfert de brin de l'intégrase du virus de l'immunodéficience humaine (VIH).
ISENTRESSMD, pris en association avec d'autres antirétroviraux, est indiqué pour le traitement de l'infection à VIH-1 chez les patients adultes prétraités présentant des signes de réplication virale et infectés par des souches de VIH-1 résistantes à plusieurs antirétroviraux. Le raltégravir, l'ingrédient médicinal d'ISENTRESSMD, inhibe l'activité catalytique de l'intégrase du VIH, une enzyme codée par le VIH nécessaire à la réplication virale. L'inhibition de l'intégrase empêche l'intégration du génome du VIH au génome de la cellule hôte pendant la première phase de l'infection, ce qui prévient la production de nouvelles particules virales infectieuses et la propagation de l'infection virale.
L'autorisation de commercialisation s'appuie sur des données issues d'études sur la qualité (chimie et fabrication) et d'études non cliniques et cliniques. L'évaluation de l'efficacité et de l'innocuité d'ISENTRESSMD reposait sur les résultats de deux études pivotales de phase III et de deux études justificatives de phase II. Les essais regroupaient un total de 987 sujets, dont 789 patients prétraités, soit la population indiquée. On a transmis les données à 16 semaines de tous les sujets ayant pris part aux études de phase III, mais seulement environ 60 % des données à 24 semaines; c'est sur cette base que le produit a été autorisé dans le cadre de la Politique sur les AC-C. Les résultats ont montré l'efficacité supérieure du raltégravir par rapport au placébo à 16 semaines, et, à la lumière des données recueillies, la réponse virologique et la reconstitution immunitaire semblaient se maintenir durant 24 semaines. Le raltégravir semblait généralement bien toléré, et son profil d'innocuité était comparable à celui observé chez les sujets du groupe placebo. Le fabricant s'est engagé à mettre en oeuvre un plan de gestion des risques qui prévoit des mesures de surveillance active après la mise en marché du produit afin de surveiller l'apparition de malignité et d'autres points importants touchant à l'innocuité.
ISENTRESSMD (400 mg, raltégravir) est offert sous forme de comprimés. Pour traiter les patients adultes ayant une infection à VIH-1, il faut administrer 400 mg d'ISENTRESSMD par voie orale, deux fois par jour, avec ou sans nourriture. ISENTRESSMD doit être administré en association avec d'autres antirétroviraux. Les recommandations concernant la posologie sont décrites dans la monographie de produit.
ISENTRESSMD est contre-indiqué chez les patients ayant une hypersensibilité à l'un de ses composants. ISENTRESSMD devrait être administré selon les conditions décrites dans la monographie de produit, en tenant compte des risques potentiels associés à l'administration de ce produit pharmaceutique. Les conditions détaillées relatives à l'usage d'ISENTRESSMD sont décrites dans la monographie de produit.
La présentation de drogue concernant ISENTRESSMD a été analysée dans le cadre de la Politique sur le traitement prioritaire. Les données présentées dans la demande de traitement prioritaire d'ISENTRESSMD semblaient indiquer un accroissement important de l'efficacité ainsi qu'un meilleur rapport entre les avantages et les risques que les traitements actuels contre l'infection à VIH-1, une maladie qui n'est adéquatement traité par aucun médicament commercialisé au Canada.
Conformément à son examen des données portant sur la qualité, l'innocuité et l'efficacité du produit, Santé Canada juge que le rapport entre les avantages et les risques d'ISENTRESSMD, pris en association avec d'autres antirétroviraux, est favorable au traitement de l'infection à VIH-1 chez les patients adultes prétraités présentant des signes de réplication virale et infectés par des souches de VIH-1 résistantes à plusieurs antirétroviraux.
3 Motifs d'ordre scientifique et réglementaire
3.1 Motifs d'ordre qualitatif
3.1.1 Substance médicamenteuse (Ingrédient médicinal)
Renseignements généraux
Le raltégravir (sous forme de potassium de raltégravir), l'ingrédient médicinal d'ISENTRESSMD, est un inhibiteur du transfert de brin de l'intégrase du VIH. Le raltégravir inhibe l'activité de transfert de brin de l'intégrase du VIH, une enzyme qui normalement catalyse l'intégration de l'ADN du VIH dans l'ADN de la cellule hôte, étape nécessaire à la réplication du VIH. Les génomes du VIH qui ne parviennent pas à s'intégrer ne peuvent régir la production de nouvelles particules virales infectieuses, ce qui empêche la propagation du virus.
Procédé de fabrication et contrôles en cours de fabrication
Le raltégravir est fabriqué par un procédé de synthèse à plusieurs étapes. Chaque étape du procédé de fabrication est considérée comme contrôlée dans des limites acceptables :
- Le promoteur a fourni de l'information sur la qualité et les contrôles pour toutes les matières entrant dans la fabrication de la substance médicamenteuse.
- Les spécifications de la substance médicamenteuse ont été jugées satisfaisantes. Les valeurs limites quant aux impuretés sont conformes aux exigences de la Conférence internationale sur l'harmonisation (ICH).
- Les étapes de traitement ont été évaluées, et des intervalles appropriés ont été établis relativement aux paramètres du procédé.
Les contrôles en cours de fabrication ont été examinés et jugés acceptables. Les spécifications des matières brutes utilisées pour la fabrication de la substance médicamenteuse ont également été jugées satisfaisantes.
Caractérisation
Le raltégravir est une poudre de couleur blanche à blanc cassé. On a effectué des études de caractérisation détaillées pour garantir que le raltégravir présente systématiquement la structure désirée.
La structure du raltégravir est considérée comme adéquatement caractérisée, et les spectres représentatifs ont été fournis. Les propriétés physiques et chimiques ont été décrites et jugées satisfaisantes.
Les impuretés et les produits de dégradation découlant de la fabrication et/ou de l'entreposage ont été signalés et caractérisés. Ces produits étaient conformes aux limites établies par l'ICH et/ou ont été qualifiés au moyen d'analyses de lots et/ou d'études toxicologiques; ils sont donc considérés comme acceptables.
Contrôle de la substance médicamenteuse
Les spécifications de la substance médicamenteuse ainsi que les méthodes d'analyse utilisées pour le contrôle de qualité du raltégravir ont été jugées acceptables.
Les méthodes d'analyse et, lorsque nécessaire, les rapports de validation de toutes les méthodes qui ont servi à l'analyse du produit fini (raltégravir) ainsi qu'aux essais de stabilité sont jugés satisfaisants.
Après examen, on a déterminé que les résultats des analyses de lots sont tous conformes aux spécifications et témoignent d'une qualité constante des lots produits.
Le conditionnement de la substance médicamenteuse est jugé acceptable.
Stabilité
À la lumière des données sur la stabilité fondées sur des essais de longue durée et accélérés, la période de contre-essai, la durée de conservation et les conditions d'entreposage proposées pour la substance médicamenteuse sont jugées bien étayées et satisfaisantes.
3.1.2 Produit pharmaceutique
Description et composition
ISENTRESSMD est offert en comprimés dans des bouteilles de polyéthylène haute densité (PEHD) de 75 cc dotées d'un opercule scellé par induction, d'un capuchon à l'épreuve des enfants et d'une capsule déshydratante de 1 g. Les bouteilles d'ISENTRESSMD contiennent 60 comprimés.
Chaque comprimé d'ISENTRESSMD renferme 434,4 mg de raltégravir potassique (équivalant à 400 mg de raltégravir libre) ainsi que les excipients suivants : cellulose microcristalline, monohydrate de lactose, phosphate de calcium dibasique anhydreux, hypromellose 2208, poloxamère 407 (contenant 0,01 % de butyl hydroxytoluène comme antioxydant), stéarylfumarate de sodium et stéarate de magnésium. L'enrobage contient également les excipients suivants : alcool polyvinylique, dioxyde de titane, polyéthylène glycol 3350, talc, oxyde de fer rouge et oxyde de fer noir.
Tous les ingrédients non médicinaux (excipients) présents dans le produit pharmaceutique sont autorisés par le Règlement sur les aliments et drogues. Les données sur la stabilité présentées à l'appui de la formulation commerciale proposée attestent la compatibilité du raltégravir avec les excipients.
Élaboration du produit pharmaceutique
Les données sur l'élaboration du produit pharmaceutique, y compris l'élaboration du système récipient-fermeture, sont jugées acceptables. Les données présentées dans cette section décrivent la composition d'ISENTRESSMD, la justification du choix de la formulation, le procédé de fabrication du produit, y compris l'emballage, les lots ayant fait l'objet d'une caractérisation in vitro et les effets des modifications de la formulation sur l'innocuité et/ou l'efficacité d'ISENTRESSMD. On a passé en revue les études sur lesquelles reposait le choix des excipients et de leur concentration, et elles sont jugées acceptables.
Procédé de fabrication et contrôles en cours de fabrication
Le produit pharmaceutique est préparé, soumis à une granulation à sec, mélangé, lubrifié, comprimé, enrobé et marqué au moyen d'équipement et d'installations pharmaceutiques classiques.
Tout l'équipement, les étapes de fabrication et les paramètres de fonctionnement détaillés ont été dûment décrits dans la documentation fournie et ont été jugés acceptables. Le procédé de fabrication est considéré comme dûment contrôlé dans des limites justifiées.
Contrôle du produit pharmaceutique
ISENTRESSMD a été soumis à des tests visant à en vérifier l'identité, l'apparence et l'uniformité, le dosage, la concentration des produits de dégradation et les impuretés microbiologiques; les résultats de ces tests sont tous conformes aux critères d'acceptation. Les spécifications des tests et les méthodes d'analyse sont jugées acceptables; la durée de conservation ainsi que les limites de libération des produits de dégradation, pris séparément ou globalement, se situent dans des limites acceptables.
Les spécifications des tests sont considérées comme acceptables pour le contrôle du produit pharmaceutique, et les limites des impuretés ont été établies conformément aux recommandations de l'ICH.
Les rapports de validation de toutes les méthodes qui ont servi à l'analyse du produit demi-fini et fini et à la justification des spécifications du produit pharmaceutique sont jugés satisfaisants.
Bien que des impuretés et des produits de dégradation découlant de la fabrication et/ou de l'entreposage aient été signalés et caractérisés, ils ont été jugés conformes aux limites établies par l'ICH et/ou ont été qualifiés au moyen d'analyses de lots; ils sont donc considérés comme acceptables.
Stabilité
À la lumière des données sur la stabilité fondées sur des essais accélérés et de longue durée, la durée de conservation de 30 mois à une température de 15 à 30 oC proposée pour ISENTRESSMD est jugée acceptable. ISENTRESSMD est photostable.
La compatibilité du produit pharmaceutique avec le système récipient-fermeture a été établie au moyen de tests officinaux et d'études de stabilité. Le système récipient-fermeture satisfait à tous les critères d'acceptation des tests de validation.
3.1.3 Installations et équipement
L'aménagement, le fonctionnement et les mécanismes de contrôle des installations et de l'équipement servant à la production sont jugés acceptables pour les activités et les produits fabriqués.
Toutes les installations de fabrication proposées sont conformes aux exigences du titre 2 du Règlement sur les aliments et drogues. Toutes les installations sont conformes aux Bonnes pratiques de fabrication (BPF).
3.1.4 Évaluation de l'innocuité des agents adventices
Le monohydrate de lactose est le seul excipient d'origine animale contenu dans les comprimés d'ISENTRESSMD. Le lactose provient de lait dont on peut attester qu'il a été produit par des animaux sains, et il est recueilli par les mêmes procédés que le lait destiné à la consommation humaine. Le lactose n'est pas préparé avec des matières provenant d'autres ruminants, à l'exception possiblement de la présure de veau.
On a fourni pour ce produit une lettre attestant que le matériel ne vient pas de pays touchés par l'EBS/EST, et il est donc considéré comme étant propre à l'usage humain.
3.1.5 Conclusion
L'information fournie sur les caractéristiques chimiques et la fabrication d'ISENTRESSMD indique que la substance médicamenteuse et le produit pharmaceutique peuvent être fabriqués de façon à répondre systématiquement aux spécifications approuvées. Des études appropriées sur l'élaboration et la validation ont été menées, et des contrôles adéquats sont en place pour la commercialisation.
3.2 Motifs non cliniques de la décision
3.2.1 Pharmacodynamique
Pharmacodynamique primaire
In vitro, le raltégravir s'est révélé un inhibiteur sélectif de l'activité de transfert de brin de l'intégrase du VIH-1 recombinante purifiée, sans activité inhibitrice de la transcriptase inverse du VIH-1. Il ne semblait pas causer d'inhibition significative des polymérases de l'ADN humain α, β et γ, à des concentrations allant jusqu'à 50 μM, et il n'avait aucune activité in vitro sur les enzymes ou les récepteurs à une concentration allant jusqu'à 10 µM.
Dans les essais visant à évaluer son efficacité contre le VIH-2, le raltégravir a manifesté une activité semblable à celle de l'indinavir. En outre, il conservait une activité contre les souches M-tropiques (récepteurs CCR5) et les souches T-tropiques (CXCR4), contre les isolats résistants aux IP et aux INNTI, et contre les souches SI et NSI du VIH-1.
Le promoteur soutient que le raltégravir n'inhibera pas la principale voie de réparation des ruptures de double brin d'ADN des cellules humaines étant donné qu'on a pu observer qu'il inhibait l'activité de transfert de brin in vitro à mesure qu'une accumulation des produits circulaires 2-LTR se produisait dans les cellules infectées par le VIH-1.
Résistance
Parmi les mutations de l'intégrase sélectionnées en culture cellulaire par d'autres inhibiteurs de l'intégrase expérimentaux à structures diverses, la mutation qui a causé à elle seule la plus grande réduction de l'activité du raltégravir était la N155S, la résistance affichée étant équivalente à un facteur d'environ 19. On a montré que la mutation N155S conférait une résistance croisée limitée et une infectivité réduite, mais il semble que l'infectivité réduite était spécifique aux inhibiteurs de l'intégrase. Les autres mutations auxquelles a été associé un certain changement dans la concentration inhibitrice (CI50) du raltégravir étaient F121Y/T/125K (facteur de ~9), T66I/L74M/V151 (facteur de ~8), F121Y, S153Y/N155S et T125K/S153Y/N155S (facteur de ~5), T66I, T125K, V151I, S153Y, T66I/M154 et T66I/S153Y, T66I/V151I (facteur de ~1).
En culture cellulaire, on a mis en évidence la mutation de résistance Q148K, qui accroît la résistance d'un facteur d'environ 46. Lorsque la mutation Q148K était combinée à la mutation E138A, la résistance augmentait d'un facteur d'environ 90, et lorsque cette première mutation était combinée à la mutation G140A, la résistance était environ 508 fois plus élevée. Les mutations E138A et G140A seules conféraient une résistance d'un facteur d'environ 2 et une résistance de zéro, respectivement. La mutation Q148K jouait un rôle important dans la résistance au raltégravir quand il s'agissait de la première mutation à se produire en culture cellulaire, et tous les virus présentant cette mutation affichaient une infectivité réduite.
Selon une analyse provisoire des données à 16 semaines tirées de l'étude de phase II auprès de patients ayant déjà reçu un traitement (protocole 005), quinze sujets en échec virologique participant aux essais cliniques présentaient des profils complets de mutation. Chez les patients qui ne répondaient pas au schéma du raltégravir, les virus présentaient la plupart du temps une mutation aux positions 148 ou 155. On a observé les mutations Q148H et G140S chez neuf sujets, la mutation Q148R chez trois sujets, les deux mutations Q148R et G140S chez un sujet, la mutation N155H chez deux sujets et la mutation E92Q chez un sujet. Des mutations secondaires souvent observées avec les mutations ci-dessus étaient G140S ou E138A/K.
La mutation Q148H et la mutation Q148R conféraient une résistance d'un facteur d'environ 24 et d'environ 27, respectivement. La mutation G140S faisait augmenter la résistance si elle se produisait avec l'une ou l'autre des mutations ci-dessus; la combinaison G140S/Q148R affichait une résistance accrue d'un facteur d'environ 405 et la combinaison G140S/Q148H était associée à une résistance accrue d'un facteur d'environ 521. La mutation G140S n'a été observée qu'avec les mutations à la position 148; elle semble donc n'être qu'une mutation de résistance secondaire, bien qu'elle semble effectivement accroître la valeur adaptative du virus et l'infectivité. La mutation E92Q, lorsqu'elle est combinée à la mutation N155H, confère une résistance accrue d'un facteur de 64 et augmente l'infectivité du virus présentant la mutation N155H d'environ 82 % à 59 %.
On a analysé trois isolats cliniques provenant de sujets en échec virologique pour s'assurer que les mutations sur le gène de l'intégrase confèrent une résistance lorsqu'il s'agit de gènes de l'intégrase endogènes, et non seulement lorsqu'elles sont introduites dans un virus de type sauvage. Au moment de l'échec virologique, le sujet 1 présentait la double mutation G140S/Q148H, accompagnée d'une sensibilité au raltégravir réduite d'un facteur de 211. Le sujet 2 présentait une mutation N155H qui, de même que la mutation D232N, n'était pas conforme aux polymorphismes courants. Le sujet 3 était un cas inhabituel en ce sens qu'il ne présentait pas de mutations N155 ni Q148, mais affichait plutôt six autres changements. Les positions de substitution étaient 74, 121 et 151, et toutes les trois présentaient une faible résistance au raltégravir.
Le promoteur a signalé plusieurs points importants en ce qui concerne la résistance au raltégravir. Il semble que, tant en culture cellulaire qu'en clinique, la substitution de Q148 par l'un des acides aminés H, K ou R conférait au virus une résistance importante et une infectivité réduite. Les mutations Q148 semblaient souvent associées aux mutations G140S, et cette combinaison augmentait la résistance et rehaussait l'infectivité du virus. La mutation N155H seule conférait au virus une résistance importante et une infectivité réduite, mais ne semblait pas être associée à d'autres mutations, même si la résistance augmentait et que l'infectivité virale était plus élevée en présence de la mutation E92Q. Il est important de surveiller l'apparition de mutations secondaires en présence des mutations N155H et Q148H/K/R car, de façon générale, les mutations secondaires semblaient accroître l'infectivité.
Aucune des mutations du gène de l'intégrase du VIH-1 G140S, V165I, F185K, V249I, C280S et C280Y précédemment repérées n'a été associée à une résistance au raltégravir. D'autre part, aucune des mutations qui ont été liées à une résistance au raltégravir ne joue un rôle important dans la résistance croisée à d'autres antirétroviraux.
Innocuité pharmacologique
On a réalisé la batterie de tests pharmacologiques non cliniques nécessaire pour vérifier l'innocuité, conformément aux lignes directrices de l'ICH. Sur le plan cardiovasculaire, on n'a observé aucun effet important sur les intervalles PR < QRS, QT ou QTc ajusté selon la fréquence cardiaque, à l'une ou l'autre dose de raltégravir fournissant des expositions semblables ou supérieures à celles de l'humain. En outre, on n'a pas noté d'élévation importante liée au médicament dans la fréquence cardiaque, la pression artérielle moyenne ou le débit sanguin à des doses de 1, 3 ou 5 mg/kg chez le chien.
Après l'administration orale de 5 mg/kg de raltégravir à des chiens, on n'a pas observé d'effet sur la production urinaire, le sodium urinaire, l'excrétion potassique ou le taux d'électrolytes plasmatiques. Ni la vitesse de filtration ni la fraction de filtration glomérulaires ne semblaient modifiées, et il n'y a pas eu de vomissements ni de changements de comportement dans les trois heures suivant l'administration du médicament.
L'administration d'une dose intraveineuse (IV) de 5 mg/kg de raltégravir chez le chien n'a entraîné aucun effet marqué sur la mécanique respiratoire, la ventilation, la pression sanguine, la fréquence cardiaque, l'hémostase ou la fonction plaquettaire.
Chez la souris, le transit intestinal était significativement accru après l'administration de 30 mg/kg de raltégravir en comparaison du véhicule seul (bien que le promoteur ait noté que le groupe recevant le véhicule affichait un transit sous la moyenne). Dans une deuxième étude, la mobilité gastro-intestinale ne semblait pas altérée de façon significative à une dose de 10 mg/kg. Aucun effet indésirable (comportement, diarrhées) n'a été relevé.
Au cours d'une phase d'évaluation de 120 minutes, on a noté une élévation de la température statistiquement significative, quoique légère, chez des souris à qui on avait administré du raltégravir. Après une dose de 100 mg/kg, on n'a observé aucun effet sur le système nerveux central, y compris l'activité spontanée, ni sur les réflexes neuraux ou sur la thermorégulation.
Interactions médicamenteuses pharmacodynamiques
On a évalué l'activité antivirale en mesurant la production d'antigène p24 dans un essai de réplication à cycles multiples effectué sur l'isolat de VIH-1 de laboratoire H9IIIB et sur la lignée de cellules T humaines MT4. On n'a observé aucun antagonisme entre le raltégravir et les autres antirétroviraux, à toutes les concentrations utilisées (à partir des concentrations sous le seuil de l'efficacité jusqu'aux concentrations produisant une inhibition > 99 %). Selon la concentration, les interactions étaient toutes additives ou synergiques. L'effet synergique se produisait à des concentrations se rapprochant de la CI95 ou supérieures.
3.2.2 Pharmacocinétique
Absorption
L'absorption était relativement rapide chez le rat comme chez le chien. L'exposition des deux espèces était bonne; une exposition proportionnelle à la dose était atteinte dans l'intervalle posologique de 40 à 120 mg/kg chez le rat et dans l'intervalle posologique de 5 à 45 mg/kg chez le chien. Chez les deux espèces, la biodisponibilité absolue était bonne, soit d'environ 62 % pour le rat et d'environ 70 %, pour le chien. Chez le rat, on a remarqué que le raltégravir sous forme de phénol libre broyé affichait une biodisponibilité médiocre, tandis qu'avec le sel de potassium, on obtenait une bonne exposition, proportionnelle à la dose, lorsqu'il était administré dans de la méthylcellulose à 0,5 % deux fois par jour. Un mélange PEG 400/eau a permis d'obtenir de bonnes expositions dans un intervalle posologique de 40 à 120 mg/kg, sans avoir besoin d'administrer le médicament deux fois par jour, et c'est pourquoi il a été choisi pour les études d'innocuité subchronique chez le rat. Par ailleurs, chez le chien, une dose quotidienne unique de sel de potassium dans de la méthylcellulose à 0,5 % a été associée à une bonne exposition, proportionnelle à la dose, dans un intervalle posologique de 5 à 45 mg/kg. L'exposition chez le chien était supérieure à celle obtenue chez le rat.
Distribution
On a administré aux rats et aux chiens une dose orale ou une dose intraveineuse unique de raltégravir radiomarqué. Chez le rat, après une dose IV de 3 mg/kg, la clairance plasmatique était de 45,5 mL/kg, le volume de distribution à l'état d'équilibre était de 2,2 L/kg et la demi-vie était de 0,2 heure. Après une dose orale de 6 mg/kg, la Cmax était de 1,7 µg 0,4 heure après la dose. La clairance après une dose orale était de 7,4 mL/min/kg chez le chien.
Après administration orale, la radioactivité dans le plasma, dans le sang et dans les cellules sanguines a atteint une concentration moyenne maximale 0,5 heure après la dose, les valeurs étant de 601, 341 et 157 ng équivalents/g, respectivement. À 0,5 heure après la dose, les concentrations moyennes maximales ont été observées dans la plupart des tissus. On a observé les concentrations moyennes les plus élevées dans le tube digestif et les organes d'excrétion, en particulier l'estomac (30 900 ng équivalents/g), l'intestin grêle (8 970), le foie (3 910), les reins (1 720) et la vessie (437). Les concentrations moyennes maximales dans les autres tissus allaient de 9,71 ng équivalents/g (cerveau) à 221 ng équivalents/g (poumons) 0,5 heure après la dose. Dans l'intestin grêle et les ganglions lymphatiques mésentériques, la concentration moyenne maximale a été observée 2 heures après la dose, tandis que dans le caecum et le gros intestin, elle a été atteinte 6 heures après la dose. Dans la plupart des tissus, les concentrations étaient inférieures au seuil de titrage 24 heures après la dose. À l'exception du tube digestif, les concentrations de radioactivité les plus élevées ont été notées dans le foie et l'estomac à 0,5 heure et dans l'intestin grêle, à 2 heures. On a administré une dose IV unique de raltégravir à des souris présentant ou non un déficit en glycoprotéine P (P-gp), à la suite de quoi on a mesuré les concentrations dans le plasma, et également le cerveau, où la pénétration du raltégravir s'est révélée faible.
Métabolisme
Tant chez le rat que chez le chien, le raltégravir était principalement éliminé par le métabolisme, le médicament modifié présent dans l'urine et dans la bile représentant de 10 % à 30 % de la dose administrée. Le principal métabolite décelé était le dérivé glucuronide phénolique du composé mère (M2), qui représentait 62 % de la dose chez le rat et 31 % chez le chien. Les autres principaux métabolites décelés étaient le conjugué glucosique du composé mère (M1) et le dérivé acétyl hydrazine (M3). Chez les trois espèces étudiées, on n'a pas observé de métabolisme important dans les microsomes hépatiques en présence de NADPH. Le principal métabolite dans les hépatocytes du rat et du chien était le conjugué glucuronide phénolique du composé mère (M2), et ce même conjugué était également un métabolite important dans les hépatocytes humains. De petites quantités du dérivé glucosique du composé mère (M1) et un dérivé acétyl hydrazine (M3) ont également été décelés. Les voies métaboliques étaient qualitativement et quantitativement semblables dans les hépatocytes des trois espèces. La formation du métabolite glucuronide M2 dans les microsomes hépatiques humains a été caractérisée, et on a constaté que l'UGT1A1 jouait un rôle majeur dans la glucuronidation du raltégravir. Le raltégravir n'était pas un inhibiteur réversible puissant (CI50 > 100 μM) de CYP1A2, CYP2C8, CYP2C9, CYP2C19, CYP2D6, CYP3A4 ou CYP2B6. De même, le raltégravir ne s'est pas révélé un inhibiteur puissant (CI50 > 50 μM) de la glucuronidation du β-estradiol (3-OH) et de l'AZT médiée par l'UGT1A1 et l'UGT2B7, respectivement. De plus, le raltégravir (à une dose allant jusqu'à 10 mM) n'induisait pas l'expression de l'ARN du CYP3A4 ni une activité 6β-hydroxylase de la testostérone dépendante du CYP3A4. Le raltégravir se liait dans une mesure limitée aux protéines plasmatiques du rat, du chien et de l'humain. Le raltégravir n'était pas un inhibiteur de la glycoprotéine P (Pgp). Chez la souris, le principal métabolite décelé après l'administration d'une dose orale de 20 mg/kg était le dérivé glucuronide phénolique du composé mère (M2, avec récupération de 96,3 % de la radioactivité dans la bile). Le M2 était également un des principaux métabolites circulants, tout comme le composé mère sous forme intacte.
Élimination
Chez le rat, la radioactivité totale récupérée après l'administration IV du médicament était de 70,2 % (19,9 % dans l'urine et 50,3 % dans les fèces) et, après l'administration orale, elle était de 87,7 % (23,7 % dans l'urine et 64,0 % dans les fèces). Chez le chien, les quantités récupérées étaient de 88,4 % après l'administration IV (30,8 % dans l'urine et 57,6 % dans les fèces) et de 87,1 % après l'administration orale (13,2 % dans l'urine et 73,9 % dans les fèces).
3.2.3 Toxicologie
Toxicité aiguë
On a mené des études de toxicité orale aiguë chez la souris et le rat afin de déterminer la dose létale approximative (DL50) et chez le chien, pour évaluer les paramètres toxicocinétiques. Le raltégravir administré aux souris femelles et mâles en dose orale unique allant jusqu'à 2 000 mg/kg a causé la mort, liée au traitement, du tiers des souris mâles à la dose maximale. La DL50 du raltégravir a été établie à ≥ 2 000 mg/kg chez la souris. Administré à trois rats femelles par gavage oral, le raltégravir n'a pas entraîné de mortalité liée au traitement, ni de signes physiques ou d'effets sur le poids corporel à la dose de 2 000 mg/kg. La DL50 du raltégravir chez le rat femelle a été établie à > 2 000 mg/kg. Chez le chien, l'administration de doses croissantes uniques allant jusqu'à 1 000 mg/kg a entraîné des vomissements liés au traitement à une dose ≥ 500 mg/kg, mais pas de mortalité.
Toxicité à doses multiples
Des études sur la toxicité du raltégravir à doses multiples ont été menées chez la souris, le rat et le chien.
Administré par gavage oral chaque jour (OD) à des souris femelles à des doses allant jusqu'à 2 500 mg/kg/jour et à des rats mâles à des doses allant jusqu'à 1 000 mg/kg/jour pendant environ 5 semaines, le raltégravir a entraîné la mort d'animaux à une dose ≥ 500 mg/kg/jour. À la dose létale minimale (DLM) de 500 mg/kg/jour, l'exposition systémique au raltégravir (45,2 μM•h, ou 13,56 μM•h de médicament non lié chez la souris) était environ 1,48 fois supérieure à l'exposition (ASC) (54 μM•h, ou 9,18 μM•h de médicament non lié) à la dose maximale recommandée de 400 mg, deux fois par jour (DMR BID). La dose maximale tolérée (DMT) chez la souris a été dépassée à 500 mg/kg/jour. Administré à des souris à des doses allant jusqu'à 5 000 mg/kg/jour pendant 14 semaines, le raltégravir a entraîné une mortalité liée au traitement à des doses ≥ 500 mg/kg/jour, ainsi que des signes physiques et une perte de poids corporel et/ou une diminution du gain de poids corporel (-30 %) liés au traitement. Les observations histomorphologiques étaient compatibles avec les signes cliniques de ballonnements gastro-intestinaux et laissaient supposer un effet irritant du composé. La concentration sans effet observé (CSEO) chez la souris était de 50 mg/kg/jour.
Des études de toxicité orale à doses multiples ont été menées chez le rat pendant 5, 14 et 27 semaines. À des doses allant jusqu'à 120 mg/kg/jour, le raltégravir a causé une salivation consécutive à son administration. À des doses allant jusqu'à 600 mg/kg/jour administrées pendant 5 semaines, on a observé de faibles élévations de l'alanine aminotransférase (ALT) et une irritation de la muqueuse gastrique. L'administration de raltégravir deux fois par jour à une dose de 600 mg/kg/jour n'a pas causé d'augmentation significative de l'exposition systémique du rat. Le raltégravir a causé la mort d'animaux à la dose de 600 mg/kg/jour dans l'étude de 27 semaines; cette mortalité a été associée à une perte pondérale, à la coloration de l'urine, à une diminution de la consommation alimentaire avant la mort ainsi qu'à une diminution du gain moyen de poids corporel. À des doses ≥ 120 mg/kg/jour, on a observé une dégénérescence de la muqueuse glandulaire de l'estomac. On a également observé chez le rat une inflammation gastrique au cours de l'étude de 5 semaines, ainsi qu'une salivation consécutive à l'administration du médicament, des bruits respiratoires audibles et une inflammation du nez et du nasopharynx au cours de l'étude de 27 semaines. Par conséquent, la CSEO a été établie à 30 mg/kg/jour chez le rat à la suite d'un traitement de 27 semaines. La concentration sans effet nocif observé (CSENO) était de 120 mg/kg/jour, ce qui donnait une marge d'exposition équivalente à 1,6 fois l'exposition prévue chez les patients à une dose de 400 mg/BID.
Chez le chien, le raltégravir a fait l'objet d'études de toxicité orale d'une durée de 5, 14, 27 et 53 semaines. On a utilisé des doses allant jusqu'à 45 mg/kg/jour pendant 14 semaines, puis des doses de 500 mg/kg/jour pendant 5 semaines ou des doses de 360 mg/kg/jour pendant 53 semaines. Il n'y a pas eu de mortalité due au traitement ni de changements observés à l'autopsie. Les changements liés au traitement étaient des vomissements passagers et/ou intermittents, avec ou sans perte pondérale. Par conséquent, la CSEO, à l'exception des vomissements, a été établie chez le chien à ≥ 360 mg/kg/jour après 53 semaines de traitement. La marge d'exposition était 9 fois supérieure à l'exposition humaine prévue à la DMR de 400 mg/BID.
Génotoxicité
Le raltégravir ne s'est pas avéré mutagène lors des analyses in vitro en milieu bactériologique, avec et sans activation métabolique. Il n'a pas induit d'augmentation significative des cassures de brin simple d'ADN dans les épreuves par élution alcaline de l'ADN des hépatocytes de rats in vitro. Dans les groupes traités par le raltégravir, on n'a pas constaté de hausses statistiquement significatives de la fréquence des aberrations chromosomiques lors des essais sur des cellules ovariennes de hamster chinois, avec et sans activation métabolique. Dans un test in vivo du micronoyau chez la souris, à des doses de raltégravir allant jusqu'à 1 500 mg/kg, on n'a pas relevé d'augmentation des micronoyaux ni de la proportion d'érythrocytes polychromatophiliques aux doses étudiées.
Cancérogénicité
Des études sur la cancérogénicité du médicament chez la souris et le rat sont en cours. La phase « durant la vie » de ces études doit se terminer au quatrième trimestre de 2007, et les rapports finals sont attendus au troisième et au quatrième trimestres de 2008. Chez la souris, on a employé des doses allant jusqu'à 400 mg/kg/jour (femelles) ou 250 mg/kg/jours (mâles). Chez le rat, on a opté pour des doses allant jusqu'à 600 mg/kg/jour (femelles) ou 300 mg/kg/jour (mâles). Les résultats préliminaires portant sur une période de 76 semaines révèlent une hausse de la mortalité atteignant 56 % chez les souris femelles et 46 % chez les rats femelles. Chez le rat, on a constaté une irritation due au médicament touchant le nez/nasopharynx et prenant la forme notamment d'une inflammation, d'une hyperplasie épithéliale et d'une métaplasie pavimenteuse. Toujours chez le rat, on a noté six néoplasmes du nez/nasopharynx. Des effets semblables ont été constatés chez la souris, soit une irritation du nez, du nasopharynx et de la trachée, prenant la forme notamment d'une inflammation, d'une hyperplasie épithéliale et d'une métaplasie pavimenteuse; toutefois, on n'a pas détecté de tumeurs malignes. Dans l'étude toxicocinétique de 27 semaines chez la souris, l'exposition systémique à la dose supérieure était environ 1,8 fois (femelles) l'ASC humaine ou égale à celle-ci (mâles), à la DMR de 400 mg/BID. Une étude toxicocinétique parallèle de 26 semaines a révélé qu'à des doses de 300 à 600 mg/kg/jour (femelles) ou de 150 à 300 mg/kg/jour (mâles), l'exposition systémique était environ 10 fois (femelles) ou 1,7 fois (mâles) supérieure à l'ASC humaine, à la DMR de 400 mg/BID.
Toxicité pour l'appareil reproducteur et le développement
L'administration de raltégravir par voie orale OD à des rats (femelles : pendant 14 jours avant la cohabitation, puis durant la cohabitation et jusqu'au jour de gestation [JG] 7; mâles : à partir d'avant la cohabitation et pendant environ 8 semaines) de doses allant jusqu'à 600 mg/kg/jour n'a pas entraîné d'effets liés au traitement sur l'accouplement, les paramètres de fertilité, la survie embryonnaire/foetale de la génération F1, le nombre de spermatozoïdes et leur motilité. On n'a pas noté de changements liés au traitement dans les cavités thoracique ou abdominale ni dans le poids des testicules, pas plus qu'on n'a observé de changements macroscopiques ou microscopiques dans les testicules ou les épididymes. La CSEO du raltégravir sur le plan de la fertilité chez les rats femelles et les rats mâles F0 a été établie à ≥ 600 mg/kg/jour.
Administré par voie orale OD à des rates gravides à des doses allant jusqu'à 600 mg/kg/jour, à partir du JG 6 jusqu'au jour de lactation (JL) 20, le raltégravir n'a pas entraîné de changements liés au traitement. Chez les rats femelles, l'administration de raltégravir à des doses allant jusqu'à 600 mg/kg/jour, du JG 6 au JG 20 ou du JG 6 au JL 20, n'a pas causé d'effets liés au traitement chez les générations F0 et F2. Dans la génération F1 du groupe ayant reçu 600 mg/kg/jour, on a constaté une augmentation liée au traitement des cas de côtes surnuméraires. La CSEO pour la toxicité maternelle était ≥ 600 mg/kg/jour. La CSEO pour la toxicité développementale était de 300 mg/kg/jour (soit l'équivalent de 3,4 fois l'exposition des patients recevant la DMR de 400 mg/BID).
On n'a pas noté de signes de toxicité maternelle ou développementale à la suite de l'administration orale OD à des lapins de doses allant jusqu'à 1 000 mg/kg/jour à partir du JG 7 jusqu'au JG 20. La CSEO du raltégravir pour la toxicité maternelle et développementale chez les lapins était ≥ 1 000 mg/kg/jour.
Des doses allant jusqu'à 600 mg/kg/jour ont été administrées par voie orale à des rats juvéniles à partir du jour postnatal (JPN) 5 jusqu'à la semaine postnatale (SPN) 8. Aucun changement lié au traitement n'a été observé, à l'exception de manifestations histomorphologiques liées au traitement consistant en une vacuolation de la muqueuse non glandulaire à la crête de séparation et en une inflammation, à une dose ≥ 200 mg/kg/jour. La CSEO pour les rats juvéniles était de 50 mg/kg/jour. Les manifestations observées chez les rats juvéniles concordaient avec l'irritation gastrique constatée chez les rats adultes. On n'a pas relevé d'autres signes de toxicité chez les rats juvéniles, ce qui permet de croire que, dans l'ensemble, les effets du raltégravir étaient semblables chez le rat juvénile et chez le rat adulte.
Tolérance locale
Le raltégravir potassique ne causait pas d'irritation d'après la viabilité cellulaire à 104,2 % qui a été constatée lors d'un essai de culture épidermique humaine in vitro (EpiDermMD).
Lorsqu'on a évalué l'induction d'opacité et les changements de perméabilité de la fluorescéine (score d'irritation) du raltégravir en solution à 20 %, la base libre de raltégravir a été classée comme un irritant léger et le sel de potassium de raltégravir a été classé comme un irritant sévère à l'épreuve in vitro de l'opacité cornéenne chez le bovin.
On a administré du raltégravir de façon topique à des groupes de souris, à qui on a injecté par la suite de la thymidine tritiatée ou de la BrdU, pour ensuite les euthanasier ou leur injecter de la radioactivité dans le ganglion lymphatique auriculaire, qui a servi de mesure du potentiel de sensibilisation. On n'a pas décelé d'augmentation significative de la prolifération cellulaire dans le ganglion lymphatique; par conséquent, le raltégravir, sous forme de base libre ou de sel de potassium n'a pas été considéré comme un sensibilisateur dermique d'après l'épreuve locale du ganglion lymphatique.
On a également évalué le potentiel d'irritation dermique du raltégravir sous forme de base libre ou de sel de potassium, en appliquant le médicament à la peau intacte du lapin blanc Néo-Zélandais. On n'a pas relevé de signes d'irritation dermique chez les lapins traités; le raltégravir, sous forme de base libre ou de sel de potassium, n'a donc pas été considéré comme un irritant dermique à la lumière de cette étude.
Autres études de toxicité
Le potentiel de phototoxicité du raltégravir a été évalué après l'administration orale de doses uniques allant jusqu'à 2 000 mg/kg à des souris femelles, que l'on exposait ensuite à des rayons UVB et UVA et à de la lumière visible. On n'a pas observé de mortalité liée au traitement, ni d'effets sur le poids corporel ou d'effets phototoxiques. À la dose de 2 000 mg/kg, on a noté une baisse d'activité liée au traitement. Le raltégravir a été jugé non phototoxique à des doses allant jusqu'à 2 000 mg/kg.
Dans des tests sur des érythrocytes humains, canins ou murins, le raltégravir n'a pas causé d'hémolyse in vitro avant le début des études de toxicité intraveineuse (IV). Administré par injection IV à des rats femelles en doses uniques allant jusqu'à 1 600 mg/kg, le raltégravir a entraîné une mortalité liée au traitement associée à des signes physiques, à une dose de 200 mg/kg. On a relevé des signes d'irritation causée par le médicament au point d'injection à des doses > 100 mg/kg. Dans une étude visant à déterminer l'intervalle posologique, des chiens ont reçu par voie IV des doses croissantes de 40 et 100 mg/kg/jour pendant trois jours consécutifs chacun. Un chien est mort au jour 1 pendant l'administration IV de la dose de 40 mg/kg. La mort de l'animal a été attribuée à une arythmie cardiaque attribuable à la quantité de potassium administré. On a noté des élévations de l'alanine aminotransférase (ALT), de l'aspartate aminotransférase (AST) et de l'alkaline phosphatase (ALP) à la dose de 100 mg/kg/jour. Administré par voie IV à des chiens à des doses de 30 ou de 100 mg/kg/jour OD pendant sept jours, le raltégravir a entraîné des changements primaires aux deux doses, notamment des vomissements et des haut-le-coeur passagers après l'administration du médicament et des changements locaux aux points d'injection, ainsi qu'une perte pondérale, une légère augmentation de l'azote uréique sérique, des élévations de l'ALT (allant jusqu'à 1 967 %) et de l'ALP allant jusqu'à 374 %) ainsi que du cholestérol, et une très légère dilatation tubulaire multifocale du cortex du rein à la dose de 100 mg/kg/jour. À la CSEO, la marge de sûreté était 6,5 fois supérieure à l'exposition prévue chez l'humain à la DMR de 400 mg/BID.
Des doses de 30, 120 et 600 mg/kg/jour ont été administrées par gavage oral OD à des rats pendant cinq semaines. On a observé une salivation due au traitement aux doses moyennes et supérieures. Le raltégravir a causé une très légère irritation à la crête de séparation de la muqueuse gastrique non glandulaire, accompagnée d'une très faible augmentation de l'inflammation à la dose de 600 mg/kg/jour. La CSEO pour l'effet local au niveau de l'estomac a été établie à 120 mg/kg/jour. Après avoir administré du raltégravir contenant 0,03 % d'impuretés/de produits de dégradation acides à des rats pendant un mois, on n'a pas décelé de toxicité attribuable au raltégravir seul, et l'on n'a pas modifié de façon significative la CSEO en fonction de l'irritation gastrique. Les résultats de cette étude justifient l'établissement de la limite à un maximum de 0,3 % (calculée en mg/kg) aux fins des spécifications du produit pharmaceutique pour les impuretés/produits de dégradation acides.
On n'a pas mené d'études de toxicité pour évaluer l'antigénicité, l'immunotoxicité ni la dépendance, pas plus qu'on n'a réalisé d'études sur les métabolites spécifiques.
3.2.4 Résumé et conclusion
On a établi que le raltégravir agissait, in vitro, comme inhibiteur sélectif de l'activité de transfert de brin de l'intégrase du VIH-1 recombinante purifiée, sans activité inhibitrice de la transcriptase inverse du VIH-1. Les études de pharmacologie et de pharmacocinétique non cliniques ont été jugées complètes et acceptables. On n'a pas relevé de points soulevant des inquiétudes.
Le profil de toxicité du raltégravir après l'administration de doses orales multiples a été caractérisé chez le rat, la souris et le chien, et on a pu démontrer que le raltégravir était bien toléré chez les animaux. Les doses utilisées dans les études de toxicité fournissaient une exposition systémique adéquate, et des marges de sûreté ont été déterminées pour chacune des toxicités relevées. Le raltégravir ne s'est pas avéré génotoxique dans une batterie de tests in vitro en milieu bactérien ou sur des cellules mammaliennes, ni dans des tests effectués in vivo sur des souris visant à détecter toute mutagénicité ou élastogénicité ou d'éventuelles lésions directes de l'ADN. Une évaluation de la cancérogénicité du raltégravir est en cours, et les résultats préliminaires à la semaine 76 révèlent une augmentation de la mortalité, des signes d'irritation due au médicament et l'apparition de néoplasmes. La pertinence de ces résultats en ce qui concerne l'innocuité du médicament chez l'humain sera évaluée au cours d'études cliniques. Le raltégravir ne posait pas de risques significatifs pour la reproduction ni le développement du foetus, d'après les études réalisées chez le rat et le lapin.
3.3 Motifs cliniques de la décision
3.3.1 Pharmacologie humaine
Le programme de pharmacologie clinique a permis de caractériser l'innocuité et la tolérabilité initiales ainsi que les caractéristiques pharmacocinétiques du raltégravir. Ce programme comprenait 18 études de phase I portant sur des hommes et des femmes bien portants, des patients atteints d'insuffisance hépatique et des patients atteints d'insuffisance rénale, et comportait une évaluation pharmacocinétique complète d'un sous-ensemble de patients atteints de l'infection à VIH inscrits dans une étude de phase II. L'évaluation pharmacocinétique comprenait une analyse composite regroupant bon nombre des études de phase I ainsi qu'une analyse pharmacocinétique en population restreinte des données tirées du programme de phase I et du programme de phases II/III réalisé chez des sujets infectés par le VIH. Une étude a été menée pour évaluer l'effet du raltégravir sur l'intervalle QTc.
Le raltégravir était généralement bien toléré en doses uniques allant jusqu'à 1 600 mg et en doses de 800 mg administrées toutes les 12 heures pendant 10 jours. On n'a pas observé d'effets indésirables graves. Tous les effets indésirables étaient généralement passagers et d'intensité légère ou modérée. Il y a eu deux arrêts de traitement dus aux médicaments à l'étude (soit le raltégravir et les agents administrés en concomitance). On n'a pas noté d'anomalie importante sur le plan clinique dans les analyses chimiques courantes du sang et de l'urine, dans l'hémogramme, dans les électrocardiogrammes et dans les examens physiques, notamment dans les signes vitaux. Dans l'étude complète de l'intervalle QTc, on n'a pas relevé de modifications statistiquement significatives des intervalles QTc, à partir des comparaisons avec le placebo, après l'administration d'une dose unique de 1 600 mg de raltégravir.
Dans l'étude clinique sur l'absorption, la distribution, le métabolisme et l'élimination après administration orale, on a récupéré dans l'urine environ 32 % de la dose orale radiomarquée. De même, les données des études animales laissent entendre que la biodisponibilité pourrait être de l'ordre de 60 % à 70 %.
Les données indiquent que le principal mécanisme de clairance du raltégravir chez l'humain est la glucuronidation médiée par l'UGT1A1, tandis qu'une petite partie (~9 % de la dose administrée éliminée sous forme de composé mère) de l'élimination se faisait par voie rénale.
Le raltégravir a affiché une pharmacocinétique proportionnelle à la dose sur un intervalle posologique allant de 100 à 800 mg. À la dose clinique de 400 mg, la demi-vie d'élimination finale apparente était d'environ 9 heures, l'ASC étant constituée en grande partie d'une demi-vie de phase alpha plus courte (~1 heure). L'état d'équilibre était généralement atteint en deux jours environ, et l'administration de doses multiples n'a pas donné lieu à une accumulation importante; le taux d'accumulation estimé de l'ASC était de 1,05 lorsque le médicament était administré deux fois par jour. Le raltégravir était absorbé assez rapidement, la valeur Tmax étant d'environ 3 heures chez les sujets à jeun.
Aux fins de l'évaluation de l'effet des facteurs extrinsèques et intrinsèques (p. ex. médicaments administrés en concomitance, sexe, âge, indice de masse corporelle, fonction hépatique, fonction rénale, origine ethnique et statut à l'égard du VIH) sur la pharmacocinétique du raltégravir, on a considéré qu'une augmentation d'un facteur ≥ 2 de l'ASC du raltégravir ou une diminution ≥ 60 % de la C12h constituait une altération cliniquement significative. La C12h est considérée comme étant le paramètre pharmacocinétique le plus sensible lorsqu'il s'agit de prédire la réponse virale. À l'intérieur de l'intervalle de concentrations étudié, la réponse virologique était semblable chez les patients présentant les valeurs de C12h les moins élevées et chez ceux présentant les valeurs de C12h les plus élevées. Par ailleurs, l'ASC ou la Cmax sont les paramètres pharmacocinétiques le plus souvent associés à la toxicité. On n'a pas relevé de problème d'innocuité associé aux valeurs supérieures de Cmax à l'intérieur de l'intervalle posologique étudié. Par conséquent, l'ASC a été considérée comme étant le paramètre pharmacocinétique le plus approprié sur le plan de l'innocuité. Au cours des études de phases I et II, on a observé des valeurs d'ASC correspondant au double de celles atteintes avec la dose proposée de 400 mg, et elles ont été bien tolérées. Cette constatation donne à penser qu'une augmentation d'un facteur de 2 de l'ASC peut être justifiée étant donné qu'elle ne se solde pas par une fréquence accrue d'effets indésirables; toutefois, cette observation pourrait ne pas être pertinente sur le plan clinique si l'on se fie à l'expérience clinique et à la grande variabilité intra-sujets des valeurs pharmacocinétiques notées pour le raltégravir. La monographie de produit souligne les points qui demeurent incertains et avertit comme il se doit les prescripteurs des risques qui existent à cet égard.
Le sexe, l'âge, l'indice de masse corporelle, l'origine ethnique, le statut à l'égard du VIH, l'insuffisance hépatique modérée et l'insuffisance rénale sévère n'ont pas eu d'effet cliniquement significatif sur la pharmacocinétique du raltégravir. Il n'est donc pas nécessaire d'ajuster la dose de raltégravir en fonction de l'un ou l'autre de ces facteurs.
Administration avec des aliments
On a examiné l'effet de la consommation d'aliments sur l'absorption du raltégravir. La mesure dans laquelle la version commerciale finale du médicament était absorbée, selon la surface sous la courbe du temps de concentration de zéro à l'infini (ASC0-∞), était semblable chez les sujets à jeun et non à jeun (repas à haute teneur en lipides), bien que les aliments aient semblé ralentir la vitesse d'absorption et allonger la durée d'absorption. Il en est résulté une baisse d'environ 34 % de la concentration plasmatique maximale (Cmax), une augmentation d'un facteur de 8,5 de la concentration plasmatique minimale à 12 heures (C12h) et un retard de 7,3 heures dans le temps jusqu'au pic de concentration plasmatique (Tmax). Une comparaison entre les études de pharmacocinétique à doses multiples semblait indiquer que l'effet des aliments était moindre lorsque le médicament était administré en doses multiples et en même temps qu'un repas normal, plutôt qu'un repas à haute teneur en lipides. L'administration avec des aliments semblait accroître quelque peu la variabilité pharmacocinétique, en comparaison avec l'administration à des sujets à jeun, et on a observé une plage semblable, moins élevée, de valeurs individuelles C12h dans la comparaison entre les études. On peut en déduire que la prise d'aliments ne fait pas augmenter de façon uniforme la C12h. Si l'on se fonde sur les critères de signification clinique, la prise d'aliments n'a pas d'effet cliniquement significatif sur le profil pharmacocinétique du raltégravir, en comparaison avec l'administration à des sujets à jeun.
Interactions médicamenteuses
Les résultats des analyses in vitro indiquent que le raltégravir n'est pas un inhibiteur des principales isoenzymes du cytochrome P450 (CYP), notamment CYP3A4, des principales UDP-glucuronosyltransférases (UGT) ni de la P-gp. De plus, le raltégravir n'est pas un inducteur du CYP3A4. Dans les études cliniques, le raltégravir n'a pas eu d'effet significatif sur la pharmacocinétique du midazolam, ce qui donne à penser que ce médicament a peu tendance à entraîner des interactions médicamenteuses avec d'autres substrats du CYP3A4. En outre, le raltégravir ne modifiait pas de façon significative la pharmacocinétique du ténofovir (TFV), du TMC125 et de la lamivudine (3TC). On a mené un certain nombre d'études cliniques avec des agents réputés être des inducteurs à large spectre (p. ex. ritonavir, éfavirenz, rifampine et association tipranavir + ritonavir) et des inhibiteurs (p. ex. atazanavir seul ou en association avec le ritonavir) de l'enzyme de métabolisation du médicament UGT1A1. Comme on l'avait prévu, les concentrations plasmatiques de raltégravir augmentaient lorsqu'il était administré en même temps que l'atazanavir, seul ou en association avec le ritonavir. Toutefois, on n'a pas observé de changement dans le profil d'innocuité du raltégravir, et les concentrations administrées ont été bien tolérées. À la lumière de ces données, le raltégravir peut être administré de façon concomitante avec de l'atazanavir, et il n'est pas nécessaire d'ajuster la dose.
L'administration concomitante avec la rifampine et l'association tipranavir + ritonavir a entraîné une réduction de l'exposition au raltégravir, potentiellement attribuable à une induction combinée de l'UGT1A1 et de la P-gp. Étant donné la grande variabilité observée dans les paramètres pharmacocinétiques du raltégravir, on ne peut, à la lumière de ces résultats, généraliser l'ajustement de la posologie du raltégravir à d'autres inducteurs, tels la phénytoïne et le phénobarbital, tant que l'on ne disposera pas de données supplémentaires.
L'administration concomitante du raltégravir avec le tipranavir associé au ritonavir entraînait également une exposition plasmatique réduite au raltégravir, mais sans baisse de son efficacité.
L'éfavirenz n'avait qu'une légère influence sur le profil pharmacocinétique du raltégravir. On a aussi observé une réduction modeste de la C12h (21 %), probablement attribuable à une légère induction de l'UGT1A1. Selon l'intervalle de confiance (IC) à 90 %, l'ampleur de ces effets est faible et vraisemblablement sans importance sur le plan clinique. Étant donné l'absence d'effet notable sur l'ASC, la Cmax et le Tmax, l'effet global était mineur et peu susceptible d'être important sur le plan clinique. À la lumière de ces résultats, l'éfavirenz peut être administré en concomitance avec le raltégravir sans ajustement posologique requis.
3.3.2 Efficacité clinique
L'innocuité et l'efficacité cliniques d'ISENTRESSMD ont été évaluées au moyen de deux études pivots de phase III (protocoles 018 et 019) et de deux études justificatives de phase II (protocoles 004 et 005). Le protocole 004 a été réalisé chez des sujets naïfs, et sa principale contribution a donc été sur le plan de l'innocuité. Ces études portaient sur 1 075 sujets, dont 877 avaient déjà reçu un traitement. Les deux études pivots de phase III regroupaient 699 sujets déjà traités mais résistants aux trois classes, dont 462 ont reçu du raltégravir. La résistance aux trois classes était définie comme une résistance documentée à au moins un médicament de chacune des trois classes d'antirétroviraux oraux approuvés (INTI, INNTI et IP).
Dans les résultats regroupés des protocoles 018 et 019, le raltégravir s'est révélé supérieur au placebo lorsque l'un et l'autre étaient associés à un traitement de base optimisé (TBO) en fonction de chaque individu. En ce qui concerne le paramètre primaire d'efficacité, à la semaine 16, sur la base du critère « non terminé = échec (NT = E) », 77,3 % des sujets traités par le raltégravir présentaient des taux d'ARN du VIH < 400 copies/mL, comparativement à 41,8 % des sujets recevant le placebo. La réponse persistait dans le groupe des sujets pour qui des données étaient disponibles à la semaine 24 (soit environ 60 % des sujets); 75,5 % des sujets traités par le raltégravir avaient une charge d'ARN du VIH < 400 copies/mL, contre 39,3 % des sujets recevant le placebo. Les résultats étaient comparables pour le paramètre secondaire consistant en une charge d'ARN viral < 50 copies/mL; en effet, 6l,7 % des sujets traités par le raltégravir présentaient une charge < 50 copies/mL à la semaine 16, comparativement à 34,6 % des sujets recevant le placebo. De nouveau, à la lumière des résultats partiels obtenus, ce résultat s'est maintenu jusqu'à la semaine 24, 62,6 % des sujets du groupe raltégravir présentant une charge d'ARN viral < 50 copies/mL, contre 33,3 % des sujets du groupe placebo.
Les sujets recevant le raltégravir affichaient également une reconstitution immunitaire supérieure. À la semaine 16, le groupe raltégravir présentait une hausse moyenne de 83,9 cellules CD4/mm3, tandis que la hausse n'était que de 35,6 cellules CD4/mm3 dans le groupe placebo. À la semaine 24, cette mesure avait atteint 89,2 cellules CD4/mm3 chez les sujets traités par le raltégravir, tandis qu'elle se situait à 35,1 cellules CD4/mm3 chez les sujets recevant le placebo.
Les résultats obtenus dans le cadre du protocole 005 de l'essai de phase II en ce qui concerne l'efficacité concordaient avec les résultats des études de phase III, 71,1 % des sujets du groupe raltégravir + TBO ayant une charge d'ARN du VIH < 400 copies/mL, comparativement à 15,6 % des sujets du groupe placebo + TBO, à la semaine 24. Le taux de réponse plus faible observé dans le groupe placebo du protocole 005 par rapport aux protocoles 018 et 019 est vraisemblablement attribuable à l'inclusion du darunavir et du tipranavir (médicaments expérimentaux au moment des études) dans le groupe TBO des études de phase III, mais non dans le protocole 005.
3.3.3 Innocuité clinique
L'innocuité clinique d'ISENTRESSMD a été évaluée à la lumière de deux études pivots de phase III (protocoles 018 et 019) et de deux études justificatives de phase II (protocoles 004 et 005), comme il est décrit ci-dessus dans la section 3.3.2 Efficacité clinique.
Le raltégravir était généralement bien toléré, son profil d'effets secondaires étant comparable à celui de l'association placebo + TBO. Au départ, des inquiétudes avaient été soulevées face à un taux en excès de tumeurs malignes chez les sujets traités par le raltégravir; toutefois, le déséquilibre dans les taux de tumeurs malignes relevé dans la présentation originale ne s'est pas maintenu pendant les essais cliniques en cours. L'analyse concorde avec la rareté initiale des tumeurs chez les sujets recevant le placebo; en outre, la majorité des tumeurs malignes signalées aussi bien dans le groupe traité par le médicament à l'étude que dans le groupe placebo sont celles auxquelles on s'attend dans une population de sujets à un stade avancé de l'infection à VIH (c.-à-d. sarcome de Kaposi, lymphome, etc.). Dans les études de phase III, on a également noté un léger excès de cas d'érythème associés au raltégravir; cependant, les cas étaient généralement d'intensité faible ou modérée et n'ont pas entraîné l'arrêt du traitement médicamenteux. Aucun cas d'érythème grave (c.-à-d. syndrome de tevens-Johnson) n'a été signalé, et le profil des effets indésirables cutanés n'évoque pas de phénomène d'hypersensibilité. Un léger excès de cas d'élévation de la créatine kinase a été noté chez les sujets traités par le raltégravir. Un seul épisode de rhabdomyolyse a été déclaré aussi bien dans le groupe placebo que dans le groupe raltégravir pendant la période d'essai visée par la présentation, mais au moins deux autres cas de rhabdomyolyse et deux cas de myopathie ont depuis été signalés chez les sujets traités par le raltégravir dans les essais en cours. Dans la section sur les réactions indésirables de la monographie de produit, on mentionne de façon expresse les cas d'élévation de la CK ainsi que les cas de myopathie et de rhabdomyolyse. On n'a pas relevé de signes de risque accru d'élévation des transaminases hépatiques chez les sujets traités par le raltégravir même si, tout comme chez les sujets des groupes de comparaison, les cas d'élévation des d'enzymes hépatiques étaient légèrement plus fréquents chez les sujets co-infectés par le virus de l'hépatite B et/ou C.
Le promoteur a présenté un plan de gestion des risques pour répondre aux exigences d'autres organismes de réglementation. Outre les mesures habituelles de pharmacovigilance, le promoteur propose une surveillance active qui prendra la forme d'une étude prospective de surveillance des cohortes d'observation après l'autorisation de commercialisation, qui permettra de suivre l'apparition de tumeurs malignes et d'autres aspects importants de l'innocuité. Dans le cadre des exigences formulées dans l'Avis de conformité avec conditions, on a demandé qu'un plan de gestion des risques soit soumis aux fins de l'obtention d'un AC en bonne et due forme.
3.3.4 Autres questions
ISENTRESSMD a montré des signes prometteurs d'efficacité et d'innocuité, mais il doit répondre à plusieurs conditions aux fins de l'autorisation de commercialisation. Dans le cadre de l'autorisation avec conditions d'ISENTRESSMD, le promoteur a accepté de se conformer aux conditions suivantes :
- Soumettre des études de confirmation comprenant les résultats des études cliniques P018 et P019 d'innocuité et d'efficacité à 48 semaines, ainsi que le suivi des effets indésirables signalés dans ces études et des effets observés dans les données postcommercialisation, et de tous autres problèmes d'innocuité importants relevés.
- Fournir un plan de gestion des risques pour ISENTRESSMD.
- Soumettre deux fois par année des rapports périodiques de pharmacorésistance, jusqu'à ce que les conditions aient été remplies et retirées de l'AC-C par Santé Canada.
- Fournir deux fois par année une analyse de tous rapports éventuels sur des erreurs de médication concernant ISENTRESSMD, jusqu'à ce que les conditions aient été remplies et retirées de l'AC-C par Santé Canada.
3.4 Évaluation des avantages / risques et recommandation
3.4.1 Évaluation des avantages / risques
Le raltégravir (ISENTRESSMD) est le premier inhibiteur de l'enzyme intégrase du VIH à être étudié en vue d'une autorisation de commercialisation par quelque gouvernement que ce soit. Étant donné l'innocuité et l'efficacité affichées par le raltégravir dans le traitement des patients atteints de l'infection à VIH et résistants à des traitements antérieurs, dont les options sont limitées, on a jugé que les avantages du raltégravir l'emportent sur les risques possibles. Les résultats ont fait ressortir l'efficacité supérieure du raltégravir par rapport au placebo à 16 semaines et, à la lumière des données disponibles, la réponse virologique et la reconstitution immunitaire semblaient se maintenir jusqu'à 24 semaines. Le raltégravir semblait généralement bien toléré, avec un profil d'innocuité comparable à celui observé chez les sujets du groupe placebo. Dans le cadre des exigences formulées dans l'Avis de conformité avec conditions, on a demandé qu'un plan de gestion des risques soit soumis aux fins de l'obtention de l'AC en bonne et due forme, lequel indiquera les mesures de surveillance postcommercialisation active prévues pour suivre l'apparition de tumeurs et d'autres aspects importants de l'innocuité.
3.4.2 Recommandation
Après avoir examiné les données sur la qualité, l'innocuité et l'efficacité de ce produit, Santé Canada estime qu'ISENTRESSMD, pris en association avec d'autres agents antirétroviraux, a un profil avantages/risques favorable au traitement de l'infection à VIH-1 chez les patients adultes prétraités présentant des signes de réplication virale et infectés par des souches de VIH-1 résistantes à plusieurs antirétroviraux. La présentation de drogue nouvelle (PDN) satisfait aux conditions d'autorisation prévues dans la Politique sur les avis de conformité avec conditions.
Dans le cadre de l'autorisation avec conditions d'ISENTRESSMD, le promoteur a accepté de se conformer aux conditions suivantes :
- Soumettre des études de confirmation comprenant les résultats des études cliniques P018 et P019 d'innocuité et d'efficacité à 48 semaines des études cliniques P018 et P019, ainsi que le suivi des effets indésirables signalés dans ces études et des effets observés dans les données postcommercialisation, et de tous autres problèmes d'innocuité importants relevés.
- Fournir un plan de gestion des risques pour ISENTRESSMD.
- Soumettre deux fois par année des rapports périodiques de pharmacorésistance, jusqu'à ce que les conditions aient été remplies et retirées de l'AC-C par Santé Canada.
- Fournir deux fois par année une analyse de tous rapports éventuels sur des erreurs de médication concernant ISENTRESSMD, jusqu'à ce que les conditions aient été remplies et retirées de l'AC-C par Santé Canada.
4 Étapes importantes de la présentation
Étapes importantes de la présentation: IsentressMD*
| Étape importante de la présentation | Date |
|---|---|
| Demande de traitement prioritaire | |
| Déposée | 2007-03-15 |
| Approuvée par le directeur, BGMIV | 2007-04-02 |
| Dépôt de la présentation | 2007-04-18 |
| Examen préliminaire | |
| Lettre d'acceptation à l'issue de l'examen préliminaire | 2007-05-14 |
| Examen 1 | |
| Évaluation de la qualité terminée | 2007-11-07 |
| Évaluation clinique terminée | 2007-11-06 |
| Évaluation de l'étiquetage terminée | 2007-11-13 |
| NOC/c-QN issuedAA-AC-C émis | 2007-11-09 |
| Réponse déposée | 2007-11-14 |
| Délivrance de l'AC conformément à la Politique sur les AC-C | 2007-11-27 |
Produits pharmaceutiques connexes
| Nom du produit | DIN | Entreprise | Ingrédient(s) actif(s) & concentration |
|---|---|---|---|
| ISENTRESS | 02301881 | MERCK CANADA INC | Raltégravir (Raltégravir potassique) 400 MG |