Sommaire des motifs de décision portant sur Dojolvi

Décisions d'examen

Le sommaire des motifs de décision explique les raisons pour lesquelles un produit a reçu une autorisation de vente au Canada. Le document comprend les considérations portant sur la réglementation, l’innocuité, l’efficacité et la qualité (sur le plan de la chimie et de la fabrication).


Type de produit:

Médicament
  • Ce document est une traduction française du document anglais approuvé.

Les sommaires des motifs de décision (SMD) présentent des renseignements sur l'autorisation initiale d'un produit. Le SMD portant sur Dojolvi est accessible ci-dessous.

Activité récente relative à Dojolvi

Les SMD relatifs aux médicaments autorisés après le 1er septembre 2012 seront mis à jour afin d'inclure des renseignements sous forme de tableau des activités postautorisation (TAPA). Le TAPA comprendra de brefs résumés d'activités telles que la présentation de demandes de nouvelles utilisations, ainsi que les décisions de Santé Canada (positives ou négatives). Les TAPA seront mis à jour régulièrement en ce qui a trait aux activités postautorisation tout au long du cycle de vie du produit.

Le tableau suivant décrit les activités postautorisation menées à l’égard de Dojolvi, un produit dont l’ingrédient médicinal est triheptanoïne. Pour en savoir plus sur le type de renseignements présentés dans les TAPA, veuillez consulter la Foire aux questions : Phase II du projet de sommaires des motifs de décision (SMD) et à la liste des abréviations qui se trouvent dans les TAPA.

Pour de plus amples renseignements sur le processus de présentation de drogues, consultez le document intitulé AnchorGestion des présentations et des demandes de drogues.

Mise à jour : 2023-07-11

Identification numérique de drogue (DIN) :

DIN 02512556 – 100 % p/p de triheptanoïne, liquide, administration orale ou entérale

Tableau des activités postautorisation (TAPA)

Type et numéro d’activité ou de présentation Date de présentation Décision et date Sommaire des activités
Avis de mise en marché d’un produit pharmaceutique (DIN 02512556) Sans objet Date de la première vente : 2021-04-01 Le fabricant a informé Santé Canada de la date de la première vente conformément à la disposition C.01.014.3 du Règlement sur les aliments et drogues.
PDN Nº 242196 2020-07-28 Délivrance d’un AC 2021-02-15 Délivrance d’un AC relatif à une Présentation de drogue nouvelle.
Sommaire des motifs de décision (SMD) portant sur Dojolvi

SMD émis le : 2021-05-03

L'information suivante concerne la Présentation de drogue nouvelle pour Dojolvi.

Triheptanoïne

Identification(s) numérique(s) de drogue(s):

  • DIN 02512556 - 100 % p/p de triheptanoïne liquide, administration par voie orale ou entérale

Ultragenyx Pharmaceutical Inc.

Présentation de drogue nouvelle, numéro de contrôle : 242196

Le 15 février 2021, Santé Canada a émis à l'intention de Ultragenyx Pharmaceutical Inc. un avis de conformité pour le produit pharmaceutique Dojolvi.

L'autorisation de mise en marché s'appuie sur l'information portant sur la qualité (chimie et fabrication), ainsi que les études non cliniques (pharmacologie et toxicologie) et cliniques (pharmacologie, innocuité et efficacité) présentées. D'après l'évaluation des données reçues effectuée par Santé Canada, le profil avantages-effets nocifs-incertitudes de Dojolvi est considéré comme étant favorable pour utilisation en tant que source de calories et d'acides gras pour le traitement des adultes et des enfants atteints de troubles d'oxydation des acides gras à longue chaîne.

1 Sur quoi l'autorisation porte-t-elle?

Dojolvi, un triglycéride à chaîne moyenne, a été autorisé comme source de calories et d'acides gras pour le traitement des adultes et des enfants atteints de troubles d'oxydation des acides gras à longue chaîne.

Les études cliniques sur Dojolvi ne comprenaient pas un nombre suffisant de patients âgés de 65 ans et plus; il a donc été impossible de déterminer si ces patients réagissent différemment au Dojolvi que des patients plus jeunes.

Dojolvi est contre-indiqué chez les patients qui sont hypersensibles à ce médicament ou à toute composante du contenant.

Dojolvi a été autorisé selon les conditions d'utilisation décrites dans sa monographie de produit, en tenant compte des risques potentiels associés à l'administration du médicament.

Dojolvi (100 % p/p de triheptanoïne) se présente sous forme de liquide. Ce liquide ne contient aucun ingrédient non médicinal.

Pour de plus amples renseignements, veuillez consulter les sections Motifs d'ordre clinique, non clinique et qualitatif (caractéristiques chimiques et de fabrication).

Pour obtenir des renseignements supplémentaires, consulter également la monographie de produit de Dojolvi approuvée par Santé Canada et accessible par l'intermédiaire de la Base de données sur les produits pharmaceutiques.

2 Pourquoi Dojolvi a-t-il été autorisé?

Santé Canada estime que Dojolvi a un profil avantages-effets nocifs-incertitudes favorable pour utilisation comme source de calories et d'acides gras pour le traitement des adultes et des enfants atteints de troubles d'oxydation des acides gras à longue chaîne (TOAG-LC).

Les troubles d'oxydation des acides gras à longue chaîne constituent un groupe de troubles récessifs autosomiques rares, potentiellement mortels, causés par des défauts dans les gènes qui codent les enzymes mitochondriales impliquées dans la transformation des acides gras à longue chaîne en énergie. Chez les patients atteints de TOAG-LC, l'oxydation partielle ou incomplète des acides gras entraîne l'accumulation d'acides gras intermédiaires potentiellement toxiques, une diminution des substrats pour le cycle de l'acide tricarboxylique (c.-à-d. le cycle de l'acide citrique ou le cycle de Krebs) et une altération de la gluconéogenèse. Pendant les périodes de demande accrue d'énergie (jeûne, infection ou exercice), les cétones ne sont pas produites efficacement et les réserves de glycogène dans le foie sont épuisées. La déficience en énergie qui en résulte affecte particulièrement les organes qui ont des besoins énergétiques élevés et qui dépendent le plus de l'oxydation des acides gras pour l'énergie (le cœur, le muscle squelettique et le foie), et mène à des crises métaboliques aiguës qui se présentent sous forme de rhabdomyolyse, d'hypoglycémie ou de cardiomyopathie. Ces crises métaboliques peuvent se produire précipitamment et mener à des hospitalisations ou à une mort prématurée. De plus, la carence énergétique chronique dans les muscles squelettiques entraîne une altération de la fonction musculaire, y compris une intolérance à l'exercice.

Le dépistage des TOAG-LC chez les nouveau-nés et le début précoce du traitement améliorent le pronostic, mais le taux global de décès prématurés, avant l'âge de 1 an, est d'environ 50 % et peut atteindre de 60 % à 90 % pour certains sous-types de TOAG-LC, lorsqu'ils sont diagnostiqués lors de l'apparition de symptômes. La prévalence estimée au Canada est d'environ 200 à 350 patients, dont environ 10 enfants qui naissent avec un TOAG-LC chaque année.

Au Canada, il n'existe pas de thérapies approuvées pour le traitement des TOAG-LC. La gestion habituelle de ces troubles comprend l'adoption d'un régime alimentaire à faible teneur en gras et à teneur élevée en glucides fondé sur les besoins énergétiques individuels des patients, l'évitement du jeûne et la supplémentation avec des formulations de triglycérides à chaîne moyenne.

La triheptanoïne, l'ingrédient médicinal de Dojolvi, est un triglycéride à chaîne moyenne composé d'acides gras à trois chaînes impaires de 7 carbones (C7) (heptanoates) qui fournissent une source d'acides gras à chaîne impaire permettant de pallier le manque d'enzyme lors de TOAG-LC et de favoriser la production et le remplacement d'énergie.

Le promoteur a présenté des données provenant de trois études cliniques pour appuyer l'efficacité et l'innocuité de la triheptanoïne chez les patients atteints d'un TOAG-LC : l'étude CL201, l'étude CL202 et une étude menée par Gillingham et ses coauteurs (2017) (ci-après appelée l'étude de Gillingham). Après examen, l'utilisation des études de phase II, à un seul volet, non randomisées et ouvertes, CL201 et CL202, a été jugée inadéquate pour déterminer l'efficacité de la triheptanoïne. Cependant, les données d'innocuité regroupées provenant de 79 patients des études CL201 et CL202 ont contribué à la caractérisation du profil d'innocuité de la triheptanoïne.

L'étude de Gillingham était un essai de phase II, contrôlé, à double insu et à répartition aléatoire qui comparait les effets de la triheptanoïne de qualité alimentaire (comparable à l'ingrédient médicinal dans Dojolvi) à ceux de la trioctanoïne purifiée de qualité alimentaire (un triglycéride à chaîne moyenne de huit carbones [C8]) chez les patients atteints d'un TOAG-LC léger et stable après 4 mois de traitement. L'étude comportait 32 patients âgés de 7 ans et plus (médiane de 22,5 ans; étendue de 7 à 64 ans).

Les principaux résultats de l'étude comprenaient des variations de la dépense énergétique totale, de la fonction cardiaque par échocardiogramme, de la tolérance à l'exercice et de la récupération de la phosphocréatine musculaire (une mesure indirecte de la synthèse de l'adénosine triphosphate [ATP] dans le muscle) après un exercice intense.

Au cours de la période de 4 mois, les patients ont consommé environ 16 % de l'apport calorique quotidien de la triheptanoïne et 14 % de la trioctanoïne (une quantité inférieure à la posologie cible de l'étude qui était de 20 % de l'apport calorique quotidien).

Dans les deux groupes de traitement, il n'y avait pas d'effet mesurable sur la dépense énergétique totale après 4 mois par rapport au niveau de référence. Le taux de récupération de la phosphocréatine après un exercice intense ne différait pas entre les groupes. Les patients des deux groupes présentaient des variations moyennes semblables par rapport aux valeurs initiales relatives à la fraction d'éjection et à la masse du ventricule gauche sur l'échocardiogramme au repos et des rythmes cardiaques maximaux semblables sur l'ergométrie du tapis roulant.

Parmi les limites de l'étude de Gillingham, mentionnons sa courte durée, le petit nombre de patients inscrits (tous cliniquement stables sans maladie grave), une dose plus faible de triheptanoïne que celle proposée et l'absence de données nutritionnelles préalables pouvant être utilisées pour effectuer une comparaison avec les données nutritionnelles post-randomisation. Les données de l'étude ne démontrent pas la supériorité de la triheptanoïne par rapport aux autres sources de triglycérides à chaîne moyenne. Cependant, les données ont démontré que la triheptanoïne est une source de calories et d'acides gras qui peut être utilisée au lieu de d'autres sources de triglycérides à chaîne moyenne chez les patients atteints de TOAG-LC sans provoquer de catabolisme.

Le profil d'innocuité de la triheptanoïne a été établi en fonction des données d'innocuité provenant d'un bassin de 79 patients atteints d'un TOAG-LC faisant partie des études CL201 et CL202. Au cours d'une période moyenne de 2,5 ans, les patients ont reçu une dose moyenne quotidienne de triheptanoïne de 27 % (étendue de 8 % à 50 %) de l'apport calorique quotidien.

Dans la population de patients regroupés, les événements indésirables apparus en cours de traitement comprenaient la rhabdomyolyse (signalée par 66 % des patients), des douleurs abdominales (60 %), l'infection des voies respiratoires supérieures (54 %), des vomissements (44 %), de la diarrhée (44 %), l'infection virale des voies respiratoires supérieures (44 %) et des nausées (14 %). Les cas de rhabdomyolyse pourraient être liés aux TOAG-LC, alors que les infections des voies respiratoires supérieures sont courantes chez les enfants et peuvent agir comme déclencheur de catabolisme, menant à la rhabdomyolyse. Par conséquent, le lien entre ces événements et la triheptanoïne n'est pas clair.

Dans l'ensemble de la population de patients regroupés, les événements indésirables les plus courants liés au traitement et apparus en cours de traitement ont été la diarrhée (signalée par 34 % des patients), les douleurs abdominales (32 %), les vomissements (9 %) et les nausées (4 %). Ces réactions indésirables gastro-intestinales ont été signalées comme graves dans 1 % des cas, modérées dans 22 % des cas et légères chez 77 % des patients.

Quatre cas d'événements indésirables graves (rhabdomyolyse, gastro-entérite, diverticulite et iléus, chacun signalé pour un patient [4 patients en général; 5,1 %]), ont été considérées comme possiblement liées à la triheptanoïne par le chercheur. En outre, l'évaluation de la causalité dans ces cas peut avoir été faussée par d'autres causes ou par la maladie sous-jacente.

Parmi les autres risques possibles, mentionnons le dysfonctionnement des tubes d'alimentation lors de l'administration par voie entérale de la triheptanoïne (la triheptanoïne peut dégrader le polychlorure de vinyle et dissoudre le plastique polystyrène au contact, en particulier si elle est administrée sans dilution) et la malabsorption intestinale chez les patients atteints d'insuffisance pancréatique.

Il n'existe aucune donnée disponible sur l'utilisation de la triheptanoïne chez les femmes enceintes permettant d'évaluer le risque d'effets indésirables pour la mère ou le fœtus.

Les études (CL201 et CL202) ne comprenaient pas de groupe de contrôle et n'ont pas non plus recueilli systématiquement de données sur les événements indésirables au cours de la période rétrospective avant l'administration de la triheptanoïne. Par conséquent, les taux d'événements indésirables observés dans la population de patients regroupés sont difficiles à comparer avec ceux observés chez les patients recevant la norme actuelle de prestation de soins associée aux TOAG-LC.

Ultragenyx Pharmaceutical Inc. a présenté à Santé Canada un plan de gestion des risques (PGR) relativement à Dojolvi. Après examen, ce PGR a été jugé acceptable. Le PGR est destiné à décrire les problèmes d'innocuité connus ou possibles, à présenter le plan de surveillance prévu et, le cas échéant, à décrire les mesures qui seront mises en place pour réduire les risques liés au produit.

Les étiquettes interne et externe, la notice d'accompagnement et la section des renseignements pour les patients sur les médicaments de la monographie de produit de Dojolvi qui ont été présentées répondent aux exigences réglementaires relatives à l'étiquetage, à l'utilisation d'un langage clair et aux éléments de conception.

Un examen de l'évaluation de la marque présentée, y compris des évaluations des attributs nominatifs à présentation et à consonance semblables, a été effectué et le nom proposé de Dojolvi a été accepté.

Dans l'ensemble, les données présentées appuient les bienfaits associés à la triheptanoïne en tant que source de calories et d'acides gras pour le traitement des enfants et des adultes atteints d'un TOAG-LC. Cependant, il manque de preuves à l'appui de l'efficacité supérieure de la triheptanoïne par rapport à la norme actuelle de prestation de soins avec des triglycérides à chaîne moyenne ou de la pertinence de l'utilisation de la triheptanoïne pour réduire la fréquence des événements cliniques majeurs chez les patients atteints de TOAG-LC. D'après les données non cliniques et les études cliniques, Dojolvi présente un profil d'innocuité acceptable. Les problèmes d'innocuité relevés peuvent être gérés à l'aide de l'étiquetage et d'une surveillance adéquate. La monographie de produit approuvée de Dojolvi présente les mises en garde et les mesures de précaution appropriées concernant les problèmes d'innocuité relevés.

Cette présentation de drogue nouvelle répond aux exigences des articles C.08.002 et C.08.005.1; par conséquent, Santé Canada a émis l'avis de conformité prévu à l'article C.08.004 du Règlement sur les aliments et drogues. Pour de plus amples renseignements, veuillez consulter les sections Motifs d'ordre clinique, non clinique et qualitatif (caractéristiques chimiques et de fabrication).

3 Quelles sont les étapes qui ont mené à l'autorisation de Dojolvi?

La présentation de drogue pour Dojolvi a fait l'objet d'un processus d'examen accéléré conformément à la Politique sur l'évaluation prioritaire. Le promoteur a présenté suffisamment de preuves pour démontrer un profil avantages-risques favorable de Dojolvi en tant que source de calories et d'acides gras pour le traitement des adultes et des enfants atteints de troubles d'oxydation des acides gras à longue chaîne, des maladies graves et potentiellement mortelles pour lesquelles aucun médicament n'est actuellement commercialisé au Canada.

Étapes importantes de la présentation: Dojolvi

Étape importante de la présentation Date
Réunion préalable à la présentation 2020-02-13
Demande de traitement prioritaire  
Déposée 2020-05-01
Approuvée par le directeur, Bureau des sciences médicales 2020-06-04
Dépôt de la présentation 2020-07-28
Examen préliminaire  
Lettre d'acceptation à l'issue de l'examen préliminaire 2020-08-20
Examen  
Examen de l'étiquetage terminé 2020-12-24
Évaluation de la qualité terminée 2021-02-11
Évaluation non clinique terminée 2021-02-11
Évaluation clinique/médicale terminée 2021-02-11
Évaluation du plan de gestion des risques terminée  2021-02-15
Délivrance de l'Avis de conformité par le directeur général, Direction des produits thérapeutiques 2021-02-15

La décision réglementaire canadienne portant sur l'examen de Dojolvi est fondée sur une évaluation critique du dossier soumis à Santé Canada. L'examen effectué à l'étranger par la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis a servi de référence supplémentaire.

Pour de plus amples renseignements sur le processus de présentation de drogue, consulter la Ligne directrice : gestion des présentations et des demandes de drogues.

4 Quelles mesures de suivi le promoteur prendra-t-il?

Les exigences en matière d'activités post‑commercialisation sont décrites dans la Loi sur les aliments et drogues et le Règlement connexe.

6 Quels sont les autres renseignements disponibles à propos des médicaments?

Pour obtenir des renseignements à jour sur les produits pharmaceutiques, veuillez suivre les liens suivants :

7 Quelle est la justification scientifique sur laquelle s'est fondé Santé Canada?
7.1 Motifs cliniques de la décision

Pharmacologie clinique

La triheptanoïne, l'ingrédient médicinal de Dojolvi, est un triglycéride à chaîne moyenne composé d'acides gras à trois chaînes impaires de 7 carbones (C7) (heptanoates), qui fournissent une source d'acides gras à chaîne impaire permettant de pallier le manque d'enzyme lors de TOAG-LC et de favoriser la production et le remplacement d'énergie.

Après l'administration orale, la triheptanoïne est fortement hydrolysée en heptanoate et en glycérol dans les intestins par les lipases pancréatiques. Par conséquent, la présence de la triheptanoïne dans le plasma humain est minime. L'heptanoate peut être métabolisé en bêta-hydroxypentanoate (BHP) et en bêta-hydroxybutyrate (BHB) dans le foie. Ces corps cétoniques peuvent être libérés dans le sang et absorbés par d'autres tissus pour ensuite être transformés en acétylcoenzyme A (acétyl-CoA) et en propionyle-CoA, qui entrent dans le cycle de l'acide citrique pour la production d'énergie.

Les paramètres pharmacocinétiques de la triheptanoïne ont été estimés à partir d'une étude de phase I chez des sujets adultes en bonne santé à l'aide d'une méthode non compartimentale.

Les valeurs du délai médian avant d'atteindre la concentration maximale (Tmax) observées variaient de 0,67 heure à 1,4 heure pour l'heptanoate après l'administration d'une dose unique ou de doses multiples de triheptanoïne, avec des valeurs Tmax semblables pour le BHB et le BHP.

À la suite de l'administration orale de la triheptanoïne, plusieurs pics de concentrations ont été observés pour l'heptanoate, le BHB et le BHP dans le plasma de la plupart des sujets, ce qui a rendu impossible la détermination de la demi-vie des métabolites de la triheptanoïne. Ces résultats suggèrent une nature cinétique complexe de l'hydrolyse de la triheptanoïne et l'absorption subséquente de l'heptanoate dans le tractus gastro-intestinal, qui peut être simulée par une sécrétion stimulée par la nourriture de lipases pancréatiques dans les intestins.

Après l'administration d'une dose unique de triheptanoïne, l'augmentation de l'exposition à l'heptanoate (mesurée par la concentration plasmatique maximale observée [Cmax] et la surface sous la courbe de concentration en fonction du temps [SSC]) était plus que proportionnelle à la dose dans la gamme de doses de triheptanoïne entre 0,3 g/kg et 0,4 g/kg. Des accumulations apparentes ont été constatées pour l'heptanoate et d'autres métabolites de la triheptanoïde après l'administration de doses multiples, lesquelles pourraient être liées à des variations possibles de l'élimination des métabolites en fonction du temps et/ou à une variation diurne causée par les différences temporelles de l'échantillonnage pharmacocinétique entre les administrations à dose unique et à dose multiple.

La liaison de protéines plasmatiques de l'heptanoate s'est avérée être d'environ 80 % et serait indépendante de la concentration totale. La triheptanoïne et ses métabolites ont été très peu excrétés dans l'urine. En raison de la gamme de doses restreinte de l'étude, la proportionnalité de la dose pour l'exposition aux métabolites de la triheptanoïne n'a pas pu être évaluée de façon appropriée.

L'analyse des données pharmacocinétiques provenant d'essais cliniques chez des patients atteints de troubles d'oxydation des acides gras à longue chaîne a été jugée non concluante en raison de la collecte limitée d'échantillons et d'autres facteurs de confusion, comme la gestion nutritionnelle et la modification ou le titrage de la dose, qui ont eu une incidence sur l'exposition globale au médicament tout au long du programme clinique et ont faussé les résultats pharmacocinétiques.

L'utilisation concomitante de la triheptanoïne avec des inhibiteurs de la lipase pancréatique (p. ex., l'orlistat) peut réduire l'exposition systémique de l'heptanoate et réduire l'efficacité de la triheptanoïne. Par conséquent, il faut éviter la coadministration de la triheptanoïne et des inhibiteurs de la lipase pancréatique.

Pour obtenir des renseignements supplémentaires, consulter la monographie de produit de Dojolvi approuvée par Santé Canada et accessible par l'intermédiaire de la Base de données sur les produits pharmaceutiques.

Efficacité clinique

L'étude de Gillingham et de ses coauteurs (Gillingham et al., 2017; ci-après appelée l'étude de Gillingham) a fourni des données appuyant l'utilisation de Dojolvi (triheptanoïne) en tant que source de calories et d'acides gras pour le traitement des adultes et des enfants atteints de troubles d'oxydation des acides gras à longue chaîne (TOAG-LC). Elle a été conçue comme une étude de validation de principe et, par conséquent, était de nature exploratoire.

L'étude de Gillingham était un essai de phase II, contrôlé, à double insu et à répartition aléatoire qui comparait les effets de la triheptanoïne de qualité alimentaire (un triglycéride à chaîne moyenne de sept carbones [C7]) à ceux de la trioctanoïne purifiée de qualité alimentaire (un triglycéride à chaîne moyenne de huit carbones [C8]) chez les patients atteints d'un TOAG-LC léger et stable après 4 mois de traitement. L'étude comportait 32 patients âgés de 7 ans et plus (médiane de 22,5 ans; étendue de 7 à 64 ans). Le diagnostic a été confirmé par un examen des dossiers médicaux documentant au moins un épisode important de rhabdomyolyse et indiquant au moins deux des critères de diagnostic suivants : hausses particulières à la maladie du taux d'acylcarnitines mesuré à partir d'une goutte de sang provenant de nouveau-nés ou dans le plasma, faible activité enzymatique dans les fibroblastes en culture, ou une ou plusieurs mutations pathogènes connues des gènes CPT2, ACADVL, HADHA ou HADHB.

Les principaux résultats de l'étude comprenaient les variations de la dépense énergétique totale, de la fonction cardiaque par échocardiogramme, de la tolérance à l'exercice et de la récupération de la phosphocréatine musculaire (une mesure indirecte de la synthèse de l'adénosine triphosphate [ATP] dans le muscle) après un exercice intense.

Tous les patients ont terminé le protocole de traitement de 4 mois. Aucun renseignement propre au régime alimentaire n'a été recueilli dans les dossiers médicaux. Environ la moitié des patients randomisés ont rempli des journaux diététiques de 3 jours selon le protocole (au début, à la semaine 8 et à la fin de l'essai). Selon les données nutritionnelles, les patients ont consommé environ 16 % de l'apport calorique quotidien de la triheptanoïne et 14 % de la trioctanoïne au cours de la période de 4 mois (une quantité inférieure à la posologie cible de l'étude qui était de 20 % de l'apport calorique quotidien).

Dans les deux groupes de traitement, il n'y avait pas d'effet mesurable sur la dépense énergétique totale après 4 mois par rapport au niveau de référence.

Le taux de récupération de la phosphocréatine après un exercice intense ne différait pas entre les groupes.

Après 4 mois, les patients des deux groupes présentaient des variations moyennes semblables par rapport aux valeurs initiales relatives à la fraction d'éjection et à la masse du ventricule gauche sur l'échocardiogramme au repos et des rythmes cardiaques maximaux semblables sur l'ergométrie du tapis roulant. On ignore la pertinence clinique des variations non importantes de la fraction d'éjection du ventricule gauche qui se situaient dans l'intervalle normal au niveau de référence chez une population ayant une fonction cardiaque normale.

Les résultats secondaires, y compris ceux liés à la composition corporelle, à la dépense énergétique au repos, à l'oxydation in vivo des acides gras et à l'incidence de la rhabdomyolyse, étaient semblables dans les deux groupes après 4 mois de traitement.

Aucune différence n'a été observée entre les groupes en ce qui a trait aux marqueurs sanguins du métabolisme, notamment le glucose, l'insuline, le lactate, le sérum total, les cétones, les acylcarnitines et les concentrations sériques d'acide gras libres.

Parmi les limites de l'étude de Gillingham, mentionnons sa courte durée, le petit nombre de patients inscrits (tous cliniquement stables sans maladie grave), une dose inférieure de triheptanoïne que celle proposée et l'absence de données nutritionnelles préalables pouvant être utilisées pour effectuer une comparaison avec les données nutritionnelles post-randomisation. Néanmoins, il s'agit du seul essai adéquat et bien contrôlé présenté. Les données de l'étude ne démontrent pas la supériorité de la triheptanoïne par rapport aux autres sources de triglycérides à chaîne moyenne. Cependant, les données ont démontré que la triheptanoïne est une source de calories et d'acides gras qui peut être utilisée au lieu d'autres sources de triglycérides à chaîne moyenne chez les patients atteints de TOAG-LC sans provoquer de catabolisme.

Indication

La Présentation de drogue nouvelle relative à Dojolvi a été initialement déposée par le promoteur pour l'indication suivante :

  • La triheptanoïne est indiquée pour le traitement des adultes et des enfants atteints de troubles d'oxydation des acides gras à longue chaîne (TOAG-LC).

À la suite de l'examen des données présentées, Santé Canada a révisé l'indication proposée afin de définir l'utilisation de Dojolvi comme source de calories et d'acides gras pour la population de patients visée. Par conséquent, Santé Canada a approuvé l'indication suivante :

  • Dojolvi est indiqué comme source de calories et d'acides gras pour le traitement des adultes et des enfants atteints de troubles d'oxydation des acides gras à longue chaîne (TOAG-LC).

Pour de plus amples renseignements, consulter la monographie de produit de Dojolvi approuvée par Santé Canada et accessible par l'intermédiaire de la Base de données sur les produits pharmaceutiques.

Innocuité clinique

L'évaluation du profil d'innocuité de la triheptanoïne a été effectuée principalement en fonction des données d'innocuité provenant d'un bassin de 79 patients atteints d'un TOAG-LC participant aux études CL201 et CL202.

L'étude CL201 était une étude de phase II, ouverte et à un seul volet, menée chez 29 patients atteints d'un TOAG-LC grave. Au moment de l'inscription, l'âge médian des patients était de 5,3 ans (intervalle de 10 mois à 59 ans). La durée moyenne de l'exposition à la triheptanoïne était de 483 jours, avec une dose moyenne de 31 % de l'apport calorique quotidien (intervalle de 17 % à 68 %). Dans l'ensemble, 25 patients (86 %) ont terminé 24 semaines de traitement et 24 patients (83 %) ont terminé 78 semaines.

L'étude CL202 est une étude de prolongation de phase II, ouverte et à un seul volet sur l'innocuité et l'efficacité de la triheptanoïne (de qualité commerciale) chez 75 patients atteints de TOAG-LC. L'étude comportait trois cohortes de patients atteints de TOAG-LC : des patients transférés (nombre de patients [n] = 24) de l'étude CL201, des patients naïfs de la triheptanoïne, pour qui le traitement conventionnel n'a pas fonctionné et qui n'ont jamais été exposés à la triheptanoïne (n = 20), et des patients traités à la triheptanoïne lors d'autres études cliniques ou programmes de traitement antérieurs (n = 31). Au moment de l'inscription, l'âge médian des patients était de 9,8 ans (intervalle de 0,3 à 63 ans). La durée moyenne du traitement à la date limite de collecte de données était de 26 mois (intervalle de 0,1 à 41 mois).

Au cours d'une période moyenne de 2,5 ans, les 79 patients du bassin des études CL201 et CL202 ont reçu une dose moyenne quotidienne de triheptanoïne de 27 % (étendue de 8 % à 50 %) de l'apport calorique quotidien.

Dans la population de patients regroupés, les événements indésirables apparus en cours de traitement comprenaient la rhabdomyolyse (signalée par 66 % des patients), des douleurs abdominales (60 %), l'infection des voies respiratoires supérieures (54 %), des vomissements (44 %), de la diarrhée (44 %), l'infection virale des voies respiratoires supérieures (44 %) et des nausées (14 %). Les cas de rhabdomyolyse pourraient être liés aux TOAG-LC, alors que les infections des voies respiratoires supérieures sont courantes chez les enfants et peuvent agir comme déclencheur de catabolisme, menant à la rhabdomyolyse. Par conséquent, le lien entre ces événements et la triheptanoïne n'est pas clair.

Dans l'ensemble de la population de patients regroupés, les événements indésirables les plus courants liés au traitement et apparus en cours de traitement ont été la diarrhée (signalée par 34 % des patients), les douleurs abdominales (32 %), les vomissements (9 %) et les nausées (4 %). Ces réactions indésirables gastro-intestinales ont été signalées comme graves dans 1 % des cas, modérées dans 22 % des cas et légères chez 77 % des patients.

Quatre cas d'événements indésirables graves (rhabdomyolyse, gastro-entérite, diverticulite et iléus, chacun signalé pour un patient [4 patients en général; 5,1 %]), ont été considérées comme possiblement liées à la triheptanoïne par le chercheur. En outre, l'évaluation de la causalité dans ces cas peut être affectée par d'autres causes ou par la maladie sous-jacente.

L'interruption du traitement en raison d'événements indésirables apparus en cours de traitement (myalgie, maladie du reflux gastro-œsophagien, douleur, diarrhée, vomissements et rhabdomyolyse) a été signalée chez 5 patients (6 %). Les cas de diarrhée, de vomissements et de rhabdomyolyse ont été considérés comme liés au traitement.

Des réductions de dose attribuables à des événements indésirables apparus en cours de traitement ont eu lieu chez 20 sujets (25 %). Les réactions indésirables gastro-intestinales, principalement les douleurs abdominales et la diarrhée, ont mené à des réductions de dose chez 10 patients (35 %) de l'étude CL201 et 9 patients (12 %) de l'étude CL202.

L'administration de la dose a été interrompue en raison d'événements indésirables apparus en cours de traitement (principalement des réactions gastro-intestinales au médicament) chez 16 patients (20 %).

Parmi les autres risques possibles, mentionnons le dysfonctionnement des tubes d'alimentation lors de l'administration par voie entérale de la triheptanoïne (la triheptanoïne peut dégrader le polychlorure de vinyle et dissoudre le plastique polystyrène au contact, en particulier si elle est administrée sans dilution) et la malabsorption intestinale chez les patients atteints d'insuffisance pancréatique.

Il n'existe aucune donnée disponible sur l'utilisation de la triheptanoïne chez les femmes enceintes permettant d'évaluer le risque de résultats défavorables pour la mère ou le fœtus.

Les études ne comprenaient pas de groupe de contrôle et n'ont pas non plus recueilli systématiquement de données sur les événements indésirables au cours de la période rétrospective avant l'administration de la triheptanoïne. Par conséquent, les taux d'événements indésirables observés dans la population de patients regroupés sont difficiles à comparer avec ceux observés chez les patients recevant la norme actuelle de prestation de soins associée aux TOAG-LC.

La monographie de produit approuvée de Dojolvi présente les mises en garde et les mesures de précaution appropriées concernant les problèmes d'innocuité relevés.

Pour de plus amples renseignements, consulter la monographie de produit de Dojolvi approuvée par Santé Canada et accessible par l'intermédiaire de la Base de données sur les produits pharmaceutiques.

7.2 Motifs non cliniques de la décision

Les données non cliniques appuient l'utilisation de Dojolvi pour l'indication précisée.

L'ingrédient médicinal de Dojolvi, la triheptanoïne, a bien été toléré à la dose maximale d'essai lors des études de toxicité chronique par le régime alimentaire de 9 mois menées chez des rats (avec administration orale quotidienne de triheptanoïne à des doses allant jusqu'à 1,14 g/kg) et chez des porcs miniatures juvéniles (à des doses allant jusqu'à 50 % de l'apport calorique quotidien [50 % ACQ]).

La triheptanoïne n'était pas génotoxique lors d'une batterie d'essais de génotoxicité in vitro et in vivo. Aucune étude de 2 ans sur la carcinogénicité chez les rats n'a été menée. En raison des données probantes fournies par les études publiées, l'absence d'études de carcinogénicité à long terme a été jugée acceptable.

Dans les études de développement embryofoetal menées chez des animaux gravides pendant la période d'organogenèse, l'administration orale d'un mélange alimentaire de triheptanoïne à des doses de ≥30 % ACQ (chez les rats) et de ≥20 % ACQ (chez les lapins) a entraîné une toxicité maternelle qui s'est manifestée par une diminution du poids corporel maternel et du gain pondéral total corrigé. Ces effets nocifs ont été attribués à une réduction de la consommation d'aliments en raison de l'aversion gustative pour la triheptanoïne. Compte tenu de l'incidence accrue des malformations squelettiques et de la diminution du poids des portées à la suite de l'administration orale de la triheptanoïne à des doses plus élevées (50 % de l'ACQ chez les rats et 30 % de l'ACQ chez les lapins), la dose sans effet nocif observé (DSENO) relatif à la toxicité pour le développement était de 30 % de l'ACQ chez les rats et de 20 % de l'ACQ chez les lapins. La toxicité développementale découlait probablement de la toxicité maternelle.

Dans une étude sur le développement prénatal et postnatal chez les rats, une réduction du poids corporel à la naissance ainsi qu'un retard de la maturation sexuelle ont été observés chez les petits à 50 % de l'ACQ et ont été considérés comme découlant de la diminution du gain de poids corporel chez les rates gravides.

La monographie de produit de Dojolvi présente les résultats des études non cliniques ainsi que les risques potentiels pour l'être humain. À la lumière de l'utilisation prévue de Dojolvi, la présentation n'indique aucun problème pharmacologique ou toxicologique qui empêcherait l'autorisation du produit.

Pour de plus amples renseignements, consulter la monographie de produit de Dojolvi approuvée par Santé Canada et accessible par l'intermédiaire de la Base de données sur les produits pharmaceutiques.

7.3 Motifs d'ordre qualitatif

L'information soumise sur les caractéristiques chimiques et la fabrication de Dojolvi montre que la substance médicamenteuse et le produit pharmaceutique peuvent être fabriqués de façon à répondre systématiquement aux spécifications approuvées. Des études appropriées au développement et à la validation ont été menées, et des contrôles adéquats sont en place pour les procédés commerciaux. D'après les données sur la stabilité soumises, la durée de conservation proposée de 36 mois est jugée acceptable lorsque le produit est entreposé à la température ambiante (entre 15 °C et 30 °C).

On estime que les limites proposées concernant les impuretés liées au médicament ont été raisonnablement qualifiées, c'est-à-dire qu'elles se situent dans les limites établies par l'International Council for Harmonisation of Technical Requirements for Pharmaceuticals for Human Use et/ou qu'elles sont qualifiées à partir d'études toxicologiques.

Les installations participant à la production sont conformes aux bonnes pratiques de fabrication.

Aucune matière première d'origine humaine ou animale n'est utilisée lors du processus de fabrication de la substance médicamenteuse. Le produit pharmaceutique ne contient aucun excipient.