Sommaire des motifs de décision portant sur Tykerb ™

Décisions d'examen

Le sommaire des motifs de décision explique les raisons pour lesquelles un produit a reçu une autorisation de vente au Canada. Le document comprend les considérations portant sur la réglementation, l’innocuité, l’efficacité et la qualité (sur le plan de la chimie et de la fabrication).


Type de produit:

Médicament
  • Ce document est une traduction française du document anglais approuvé.
TykerbMC

Ditosylate de lapatinib, 250 mg, Comprimé, Orale

GlaxoSmithKline Inc.

No de contrôle de la présentation : 110294

Émis le : 2009-11-03

Avant-propos

Le Sommaire des motifs de décision (SMD) de Santé Canada expose les motifs d'ordre scientifique et réglementaire sur lesquels reposent les décisions de Santé Canada concernant la réglementation des médicaments et des instruments médicaux. Les SMD sont rédigés en langage technique à l'intention des personnes et groupes intéressés aux décisions de Santé Canada portant sur un produit donné et sont le reflet des observations consignées dans les rapports d'évaluation. À ce titre, les SMD servent à compléter et non à répéter l'information contenue dans la monographie de produit.

Nous invitons les lecteurs à consulter le « Guide du lecteur sur le Sommaire des motifs de décision - Médicaments au sujet de l'interprétation des termes et des acronymes utilisés ici. Ils trouveront également dans ce guide un aperçu du processus d'examen des présentations de drogue dans le feuillet intitulé « Comment les médicaments sont examinés au Canada », qui décrit les facteurs pris en considération par Santé Canada au cours du processus d'examen et d'autorisation d'une présentation de drogue. Les lecteurs devraient aussi consulter le document intitulé « Initiative du sommaire des motifs de décision - Foire aux questions ».

Le SMD correspond à l'information dont disposent les autorités de réglementation de Santé Canada au moment de prendre une décision. Les présentations subséquentes examinées à d'autres fins ne sont pas incluses dans la Phase I de la stratégie de mise en oeuvre des SMD. Pour obtenir de l'information à jour sur un produit en particulier, les lecteurs sont priés de consulter la monographie la plus récente de ce produit. Santé Canada fournit également l'information au sujet mises en garde diffusées après la commercialisation ou d'avis émis à la suite d'effets indésirables (EI).

Pour de plus amples renseignements sur un produit en particulier, les lecteurs peuvent également se rendre sur les sites Web des organismes de réglementation d'autres pays. L'information reçue à l'appui d'une présentation de drogue au Canada peut cependant ne pas être identique à celle reçue par d'autres gouvernements.

Autres politiques et lignes directrices

Les lecteurs sont invités à consulter le site Web de Santé Canada, où ils trouveront d'autres politiques et lignes directrices au sujet des médicaments, notamment le document intitulé «Gestion des présentations de drogues ».

1 Information sur le produit et la présentation

Marque nominative :

TykerbMC

Fabricant/promoteur :

GlaxoSmithKline Inc.

Ingrédient médicinal :

Ditosylate de lapatinib

Dénomination commune internationale :

Ditosylate de lapatinib

Concentration :

250 mg

Forme posologique :

Comprimé

Voie d'administration :

Orale

Identification numérique de drogue (DIN) :

  • 02326442

Classe pharmaco-thérapeutique (classe ATC) :

Antinéoplasique

Ingrédients non médicinaux :

Hypromellose, oxyde de fer rouge, oxyde de fer jaune, macrogol/PEG 400, stéarate de magnésium, cellulose microcristalline, polysorbate 80, povidone, glycolate d'amidon sodique et dioxyde de titane

Type et numéro de présentation :

Présentation de drogue nouvelle,
Numéro de contrôle : 110294

Date de la présentation :

2006-12-04

Date de l'autorisation :

2009-05-15
2 Avis de décision

Le 15 mai 2009, Santé Canada a émis à l'intention de GlaxoSmithKline Inc. un avis de conformité du produit pharmaceutique TykerbMC.

TykerbMC contient l'ingrédient médicinal ditosylate de lapatinib, un antinéoplasique.

TykerbMC est indiqué en association avec la capécitabine dans le traitement des patientes atteintes d'un cancer du sein avancé ou métastatique avec surexpression tumorale des récepteurs ErbB2 (récepteurs épidermiques humains de type 2, ou Human Epidermal Receptor Type 2 [HER2]). Pour que l'on puisse administrer ce médicament à des patientes, la maladie doit avoir évolué après des traitements incluant des taxanes, des anthracyclines et le trastuzumab. L'autorisation est fondée sur le marqueur de substitution, soit le délai avant la progression, sans qu'on ait démontré un avantage sur le plan de la survie globale ou un effet palliatif dû au traitement.

Les patientes atteintes d'un cancer du sein avec surexpression tumorale des récepteurs HER2 sont exposées à un risque plus élevé de progression de la maladie et de décès que celles chez qui il n'y a pas de surexpression des HER2. TykerbMC (lapatinib) est un inhibiteur des tyrosines kinases (TK) dont l'action intracellulaire cible directement le domaine TK aussi bien du récepteur épidermique humain de type 1 (HER1) que du récepteur HER2. Ce faisant, TykerbMC bloque l'activation des récepteurs et les événements de signalisation en aval, ce qui entraîne une inhibition de la croissance tumorale/apoptose.

L'autorisation de commercialisation s'appuie sur des données issues d'études de contrôle de la qualité et d'études non cliniques et cliniques. Les données concernant l'innocuité et l'efficacité soumises à l'appui de l'indication proposée se fondaient principalement sur une seule étude pivotale de phase III, multicentrique, randomisée et ouverte, qui comparait le traitement par TykerbMC en association avec la capécitabine avec le traitement par la capécitabine seule chez les femmes atteintes d'un cancer du sein avancé ou métastatique avec surexpression tumorale des récepteurs HER2. Le paramètre primaire d'efficacité était le délai avant la progression (défini comme l'intervalle entre la date de la répartition des sujets dans les groupes d'étude et la date la plus rapprochée de progression de la maladie ou de décès attribuable au cancer du sein), selon une évaluation faite par un comité d'examen indépendant (CEI). L'étude a été interrompue à la lumière des résultats d'une analyse provisoire prédéterminée, qui a révélé une amélioration du délai avant la progression chez les patientes recevant TykerbMC en association avec la capécitabine. Soixante-quinze autres patientes se sont jointes à l'étude pendant la période entre l'analyse provisoire et la nouvelle analyse, effectuée le 3 avril 2006. À ce point, les patientes traitées par la capécitabine seule ont pu changer de groupe pour passer à celui des patientes recevant TykerbMC.

Lors d'une nouvelle analyse, les données du CEI et celles du chercheur ont montré que TykerbMC en association avec la capécitabine améliorait de façon significative le délai avant la progression, comparativement au traitement par la capécitabine seule. Toutefois, l'évaluation du délai avant la progression faite par le CEI et celle faite par le chercheur se contredisaient (en raison probablement d'une surestimation de la part du CEI); par conséquent, dans le cadre de cet essai, on n'a pas pu établir quantitativement l'importance de l'amélioration du délai avant la progression. Bien que les résultats obtenus par le chercheur une fois l'insu levé soient souvent entachés d'un biais d'évaluation, on considère, dans le présent essai, que les résultats du chercheur représentent une évaluation plus exacte du délai avant la progression. Lorsqu'il est administré en association avec la capécitabine, TykerbMC prolonge significativement la période de survie sans progression, comparativement au traitement par la capécitabine seule. Cependant, on n'a pas pu établir un avantage significatif sur le plan de la survie globale, ni d'effet palliatif dû au traitement.

TykerbMC (250 mg, lapatinib, sous forme de ditosylate de lapatinib monohydraté) est offert en comprimés. TykerbMC doit être pris en association avec la capécitabine. La dose recommandée de TykerbMC est de 1 250 mg (cinq comprimés) une fois par jour, tous les jours. TykerbMC doit être pris par voie orale au moins une heure avant ou une heure après un repas à faible teneur en gras. La dose recommandée de capécitabine est de 2 000 mg/m2/jour, divisée en deux doses égales à prendre à un intervalle de 12 heures, du jour 1 au jour 14, suivant un cycle de 21 jours. La capécitabine doit être prise avec des aliments ou dans les 30 minutes suivant l'ingestion d'aliments. Les recommandations concernant la posologie sont décrites dans la monographie de produit.

TykerbMC est contre indiqué chez les patientes présentant une hypersensibilité à ce médicament, à un ingrédient de la formulation ou à un composant du contenant. TykerbMC devrait être administré selon les conditions décrites dans la monographie de produit, en tenant compte des risques potentiels associés à l'administration de ce produit pharmaceutique. Les conditions détaillées relatives à l'usage de TykerbMC sont décrites dans la monographie de produit.

Conformément à son examen des données portant sur la qualité, l'innocuité et l'efficacité du produit, Santé Canada juge que le rapport entre les avantages et les risques de TykerbMC est favorable à son utilisation pour l'indication ci dessus.

3 Motifs d'ordre scientifique et réglementaire

La Présentation de drogue nouvelle (PDN) concernant TykerbMC fait l'objet d'un Avis de non conformité (ANC) le 13 décembre 2007, étant donné l'impossibilité de conclure que le rapport avantages/risques était favorable en raison de nombreux problèmes liés à l'innocuité et à l'efficacité de TykerbMC. Une réponse a été déposée par le promoteur le 11 mars 2008. Tous les problèmes liés à l'innocuité ont été traités de manière satisfaisante par le promoteur dans sa réponse à l'ANC. Les problèmes liés à l'efficacité étaient toutefois restés en suspens et un ANC a été émis pour TykerbMC le 19 septembre 2008. La Division de l'oncologie (DO) s'inquiétait tout particulièrement du fait que l'efficacité de TykerbMC n'avait pas été établie de manière convaincante pour l'indication proposée, en raison de la qualité douteuse des données de l'étude pivotale.

Une Demande de révision a été déposée par le promoteur. Le 4 décembre 2008, le Bureau des sciences (BS) a tenu une audience du banc de révision (BR) formé d'experts en médecine de l'extérieur de Santé Canada. À la suite d'un examen des données, le BS et le BR ont conclu que l'efficacité et la pertinence clinique établies dans la présentation étaient suffisantes. Le BS a recommandé l'acceptation de la demande de révision et le renvoi de la présentation à la DO pour réévaluation. Puis, la DO a conclu que les données présentées étaient suffisantes pour étayer l'efficacité de TykerbMC pour l'indication proposée. Un Avis de conformité (AC) a été émis pour TykerbMC le 15 mai 2009.

3.1 Motifs d'ordre qualitatif

Quelques lacunes sur le plan de la qualité (chimie et fabrication) ont été relevées dans la première PDN. Toutes les lacunes sur le plan de la qualité du médicament ont été traitées de manière satisfaisante dans la réponse à l'ANC déposée par le promoteur.

3.1.1 Substance médicamenteuse (ingrédient médicinal)

Renseignements généraux

Le ditosylate de lapatinib, ingrédient médicinal de TykerbMC, est un antinéoplasique. Les femmes atteintes de cancer du sein avec surexpression tumorale des récepteurs ErbB1 et ErbB2 (HER 1 et HER2) sont exposées à un risque plus élevé de progression de la maladie et de décès. TykerbMC est un inhibiteur des TK dont l'action intracellulaire cible directement le domaine TK des récepteurs du facteur de croissance épidermique ErbB1 et ErbB2. Ce faisant, TykerbMC bloque l'activation des récepteurs et les événements de signalisation en aval, ce qui entraîne une inhibition de la croissance tumorale/apoptose.

Procédé de fabrication et contrôles en cours de fabrication

Le ditosylate de lapatinib est fabriqué par une synthèse en plusieurs étapes. Chaque étape du procédé de fabrication est considérée comme contrôlée à l'intérieur de limites acceptables :

  • Le promoteur a fourni de l'information sur la qualité et les contrôles pour toutes les matières entrant dans la fabrication de la substance médicamenteuse.
  • Les spécifications de la substance médicamenteuse sont jugées satisfaisantes. Les valeurs limites quant aux impuretés sont conformes aux exigences de l'International Conference on Harmonization (ICH).
  • Les étapes de traitement ont été évaluées, et des intervalles appropriés ont été établis relativement aux paramètres des procédés.

Les matières utilisées dans la fabrication de la substance médicamenteuse sont jugées appropriées et/ou conformes aux normes s'appliquant à l'usage prévu.

Caractérisation

La structure du ditosylate de lapatinib a été adéquatement élucidée, et les spectres représentatifs ont été fournis. Les propriétés physiques et chimiques ont été décrites et sont jugées satisfaisantes.

Le lapatinib n'est pas une molécule chirale et ne présente pas de stéréo-isométrie.

Le promoteur a présenté un sommaire de toutes les impuretés liées au médicament. Toutes les impuretés étaient conformes aux limites établies par l'ICH ou ont été qualifiées au moyen d'études toxicologiques; elles sont donc considérées comme acceptables.

Contrôle de la substance médicamenteuse

Les spécifications de la substance médicamenteuse ainsi que les méthodes d'analyse utilisées pour le contrôle de qualité du ditosylate de lapatinib ont été jugées acceptables.

Les concentrations des impuretés liées au produit et au procédé ont été adéquatement surveillées tout au long de la fabrication. Les résultats des rapports de validation des procédés et des contrôles en cours de fabrication démontrent que les impuretés de la substance médicamenteuse sont adéquatement contrôlées. Les concentrations d'impuretés observées dans la substance médicamenteuse ont été jugées conformes aux limites établies.

Les composantes proposées pour l'emballage sont considérées comme acceptables.

Stabilité

À la lumière des données sur la stabilité présentées, fondées sur des essais de longue durée et accélérés, la période de contre-essai, la durée de conservation ainsi que les conditions d'entreposage et d'expédition proposées pour la substance médicamenteuse étaient bien étayées et sont jugées satisfaisantes.

3.1.2 Produit pharmaceutique

Description et composition

Les comprimés de TykerbMC (ditosylate de lapatinib), 250 mg, sont jaunes, ovales, biconvexes et pelliculés (environ 20 mm x 11 mm); ils présentent une face unie et une face où le code d'identification « GS XJG » est gravé. Les comprimés sont conditionnés dans des bandes de plaquettes alvéolées en aluminium. Chaque comprimé contient 405 mg de ditosylate de lapatinib (sel), ce qui correspond à 250 mg de base libre de lapatinib par comprimé pour l'administration par voie orale. Les ingrédients non médicinaux de TykerbMC sont :

  • Noyau : stéarate de magnésium, cellulose microcristalline, povidone et glycolate d'amidon sodique;
  • Enrobage : hypromellose, oxyde de fer rouge, oxyde de fer jaune, macrogol/PEG 400, polysorbate 80 et dioxyde de titane.

Tous les ingrédients non médicinaux (excipients) présents dans le produit pharmaceutique sont autorisés par le Règlement sur les aliments et drogues. Les données sur la stabilité présentées à l'appui de la formulation commerciale proposée attestent la compatibilité du ditosylate de lapatinib avec les excipients.

Élaboration du produit pharmaceutique

Les données sur l'élaboration du produit pharmaceutique, y compris sur l'élaboration du système récipient-fermeture, ont été jugées acceptables. Les données présentées dans cette section décrivent la composition de TykerbMC, la justification du choix de la formulation, le procédé de fabrication du produit, y compris l'emballage, les lots ayant fait l'objet d'une caractérisation in vitro et les effets des modifications de la formulation sur l'innocuité et/ou l'efficacité de TykerbMC. On a examiné les études sur lesquelles reposait le choix des excipients et de leur concentration, et elles sont jugées acceptables.

Procédé de fabrication et contrôles en cours de fabrication

Le produit pharmaceutique est préparé, soumis à une granulation par voie humide, séché, moulu, mélangé, filtré, comprimé, enrobé et conditionné au moyen d'équipement et d'installations pharmaceutiques classiques.

Le procédé validé permet de fabriquer le produit de façon à répondre systématiquement aux spécifications en matière de libération.

Tout l'équipement, tous les contrôles en cours de fabrication et les paramètres de fonctionnement détaillés ont été dûment décrits dans la documentation fournie dans la présentation et sont jugés acceptables. Le procédé de fabrication est considéré comme dûment contrôlé à l'intérieur de limites justifiées.

Les spécifications de tous les ingrédients sont approuvées conformément aux normes de l'United States Pharmacopeia/National Formulary (USP/NF) ou de la Pharmacopée Européenne (Ph. Eur.).

Contrôle du produit pharmaceutique

TykerbMC a été soumis à des tests visant à en vérifier l'identité, l'apparence, l'uniformité de contenu, la dissolution, les concentrations des produits de dégradation, les impuretés liées au médicament et les impuretés microbiologiques; les résultats étaient conformes aux critères d'acceptation. Les spécifications des tests et les méthodes d'analyse sont jugées acceptables; la durée de conservation ainsi que les limites de libération des produits de dégradation, pris séparément ou globalement, se situent à l'intérieur de limites acceptables.

Les rapports de validation des méthodes d'analyse utilisées pour l'évaluation des concentrations de ditosylate de lapatinib et d'impuretés liées au médicament sont jugés acceptables.

Les résultats des analyses finales de lots ont été examinés et sont conformes aux spécifications du produit pharmaceutique.

Stabilité

À la lumière des données sur la stabilité présentées, fondées sur des essais accélérés et de longue durée, la durée de conservation proposée pour TykerbMC de 24 mois, à une température n'excédant pas 30 °C, est considérée comme acceptable.

La compatibilité du produit pharmaceutique avec le système récipient fermeture a été établie au moyen de tests officinaux et d'études de stabilité. Le système récipient fermeture satisfait à tous les critères d'acceptation des tests de validation.

3.1.3 Installations et équipement

L'aménagement, le fonctionnement et les mécanismes de contrôle des installations et de l'équipement servant à la production de TykerbMC sont jugés acceptables pour les activités et les produits fabriqués

Toutes les installations sont conformes aux bonnes pratiques de fabrication (BPF).

3.1.4 Évaluation de l'innocuité des agents adventices

Sans objet. Les excipients utilisés dans la formulation du produit pharmaceutique ne sont pas d'origine animale ni humaine.

3.1.5 Conclusion

L'information soumise sur les caractéristiques chimiques et la fabrication de TykerbMC montre que la substance médicamenteuse et le produit pharmaceutique peuvent être fabriqués de façon à répondre systématiquement aux spécifications approuvées. Des études appropriées sur l'élaboration et la validation ont été menées, et des contrôles adéquats sont en place pour la commercialisation.

3.2 Motifs non cliniques de la décision

3.2.1 Pharmacodynamique

La surexpression signalée d'ErbB1 ou d'ErbB2 dans certaines cellules mammaires tumorales est associée à un pronostic défavorable et à une diminution de la survie globale. La justification de l'utilisation du lapatinib pour traiter le cancer du sein est fondée sur sa capacité à inhiber l'activité d'ErbB1 et d'ErbB2, qui font partie de la famille des récepteurs du facteur de croissance transmembranaire. La liaison de ligands à ces récepteurs déclenche la phosphorylation qui, à son tour, active les voies de transduction des signaux déclenchant la prolifération cellulaire.

Pharmacodynamique primaire

Dans les études pharmacodynamiques primaires in vitro, le lapatinib inhibait, de manière proportionnelle à la concentration, la phosphorylation des peptides catalysée par ErbB1 et ErbB2 dans un système d'expression baculoviral, la concentration inhibitrice 50% (CI50) étant de 9,2 nM (ErbB1) et de 10,8 nM (ErbB2). De plus, le lapatinib entraînait une inhibition réversible et non covalente d'ErbB1 et d'ErbB2 à une vitesse de dissociation très lente (demi-vie ≥ 300 minutes), c'est-à-dire plus lente que celle des autres inhibiteurs de kinase de la classe des 4 anilinoquinazolines étudiés.

D'autres expériences in vitro ont montré que le lapatinib est un inhibiteur puissant de la prolifération des lignées cellulaires du cancer du sein chez l'humain. De nombreuses lignées cellulaires ont été étudiées, notamment trois lignées cellulaires conditionnées avec du trastuzumab, dont la prolifération a peu ou pas été inhibée par le trastuzumab. Le traitement par le lapatinib à une concentration de 5 µM montrait une inhibition substantielle de la prolifération cellulaire dans ces trois lignées cellulaires. Ces résultats portent à croire qu'il n'y a pas de résistance croisée entre ces deux agents ciblant ErbB2.

Outre l'activité du lapatinib en monothérapie, un effet additif a été noté dans une étude in vitro portant sur l'utilisation du lapatinib en association avec le 5-fluorouracil (métabolite actif de la capécitabine) dans les quatre lignées de cellules tumorales étudiées. Les données portent à croire que le traitement des cellules tumorales par le lapatinib en association avec le 5-fluorouracil pourrait accroître l'efficacité.

Des études in vivo ont été effectuées pour évaluer l'activité antitumorale du lapatinib dans le cadre d'une monothérapie ou d'un traitement en association avec d'autres agents antinéoplasiques. Dans toutes les études, des souris femelles ont reçu des xénogreffes tumorales. Le rythme de croissance de la tumeur a été déterminé au moyen de mesures successives du diamètre, puis transformé en un rapport poids/masse. Le lapatinib était efficace en monothérapie dans les trois modèles étudiés. Les données issues de ces études sur l'utilisation du lapatinib en association avec d'autres agents antinéoplasiques étaient généralement insuffisantes pour permettre de tirer des conclusions sur les effets synergiques, antagonistes ou additifs.

Pharmacodynamique secondaire

On a mené des essais sur la liaison des radioligands et sur des tissus isolés afin d'évaluer les interactions hors-cible potentielles du lapatinib avec divers récepteurs et canaux ioniques physiologiques. Le lapatinib ne présentait pas de liaison hors-cible significative à des concentrations allant jusqu'à 30 µM, sauf dans le cas des canaux sodiques et des récepteurs sigma, où la CI50 pour la liaison était < 3 µM. Lors des essais sur des tissus isolés, le lapatinib ne présentait pas d'activité fonctionnelle sur les récepteurs lorsqu'on utilisait des concentrations allant jusqu'à 100 µM.

Innocuité pharmacologique

L'effet d'une dose unique de lapatinib sur le système nerveux central (SNC), l'appareil cardiovasculaire et l'appareil respiratoire a été étudié chez le rat et le chien. Aucun résultat lié au traitement n'a été observé.

3.2.2 Pharmacocinétique

La pharmacocinétique du lapatinib a été évaluée au moyen d'une série d'études in vitro portant sur son administration par voie orale et intraveineuse (IV) chez la souris, le rat, le lapin, le chien et l'humain. La majorité des études pharmacocinétiques à dose unique et des études portant sur la distribution, le métabolisme et l'excrétion du lapatinib ont été effectuées sur du lapatinib radiomarqué au 14C.

Absorption

Des études portant sur l'absorption du lapatinib après l'administration d'une dose unique ou de doses multiples ont été effectuées chez la souris, le rat et le chien. Les propriétés relatives à l'absorption observées étaient semblables chez les différentes espèces.

La biodisponibilité absolue variait beaucoup (la biodisponibilité chez le rat se situait entre 11,1 % et 51,6 % et chez le chien, entre 15,7 % et 114 %). Dans une étude utilisant une autoradiographie du corps entier chez le rat, l'absorption du ditosylate de lapatinib était très limitée lorsque ce dernier était administré par voie orale. Des concentrations du médicament étudié ont été détectées principalement dans le tube digestif et dans le canal cholédoque. Les demi-vies étaient plus longues lorsque le médicament était administré par voie IV que par voie orale chez les trois espèces.

Distribution

La liaison du 14C-lapatinib aux protéines plasmatiques et aux érythrocytes a été évaluée in vitro dans des échantillons prélevés chez la souris, le rat, le lapin, le chien et l'humain. La liaison aux protéines plasmatiques était très élevée (> 99 %) chez toutes les espèces étudiées. La liaison du 14C-lapatinib aux érythrocytes variait selon l'espèce; elle était plus faible dans les échantillons prélevés chez la souris, le rat et l'humain que dans ceux prélevés chez le lapin et le chien.

La distribution tissulaire in vivo a été étudiée chez le rat mâle albinos ou pigmenté après l'administration par voie orale de 14C-lapatinib (10 mg/kg). La distribution a été évaluée par autoradiographie du corps entier. De faibles concentrations tissulaires de radioactivité par rapport à la dose (10 mg/kg) ont été notées et des concentrations de radioactivité élevées ont persisté dans le tube digestif pendant 24 heures après l'administration. La radioactivité absorbée était bien distribuée et la concentration maximale était atteinte 4 heures après l'administration. Les tissus présentant une radioactvité étaient les suivants : poumon, foie, rein, surrénales, rate et uvée (chez le rat pigmenté). La concentration de radioactivité dans le SNC était faible. La majeure partie de la radioactivité était éliminée après 24 heures; elle persistait toutefois dans l'uvée pendant 168 heures, ce qui porte à croire que le lapatinib se lie à la mélanine.

Métabolisme

On a effectué des études in vitro portant sur des microsomes hépatiques, des hépatocytes et des enzymes (CYP) du cytochrome P450 exprimées de manière hétérologue, ainsi qu'une série d'études in vivo chez la souris, le rat et le chien afin d'examiner le métabolisme du lapatinib. Les résultats des études in vitro indiquent que le lapatinib est principalement métabolisé par les CYP3A4, CYP3A5 et CYP2C8. Les biotransformations courantes chez toutes les espèces examinées étaient l'oxydation, la N désalkylation et la O désalkylation ainsi que la sulfo-conjugaison.

Excrétion

Après l'administration par voie orale d'une dose unique de 14C-lapatinib chez la souris, le rat et le chien, les matières fécales constituaient la principale voie d'élimination. L'élimination par la voie urinaire était négligeable.

Interactions médicamenteuses

Le lapatinib interagit potentiellement avec des inhibiteurs ou des inducteurs du CYP3A qui peuvent modifier sa pharmacocinétique. Le lapatinib peut également modifier la pharmacocinétique de médicaments métabolisés par le CYP3A ou le CYP2C8 et interagir avec d'autres médicaments qui sont des substrats de la glycoprotéine P humaine (Pgp) (un transporteur), de la protéine de résistance du cancer du sein (BCRP) ou du polypeptide de transport des anions organiques (OATP) 1B1. Les résultats des études in vitro montraient des interactions métaboliques entre le lapatinib et des traitements concomitants potentiels, c'est-à-dire le docétaxel, le paclitaxel et la vinorelbine.

La capécitabine ne présentait pas d'effet in vitro sur les substrats des principales enzymes CYP et l'on ne prévoit pas d'interférence avec le métabolisme du lapatinib.

3.2.3 Toxicologie

Toxicité à dose unique

On a mené quatre études toxicologiques sur l'administration d'une dose unique. Deux études ont été effectuées chez la souris (administration par voie orale et IV) et deux, chez le rat (administration par voie orale et IV). Dans chaque étude, on a observé les effets pendant 15 jours après l'administration chez les animaux.

On n'a relevé aucun cas de mortalité dans ces études et la dose non létale approximative administrée par voie orale chez la souris et le rat était > 2000 mg/kg (dose maximale administrée). Cette dose correspondait chez la souris et le rat à environ 8 et 16 fois la dose de 1250 mg/jour recommandée chez l'humain adulte, respectivement.

Toxicité à doses multiples

Le profil de toxicité chronique du lapatinib a été évalué au moyen d'une série d'études à doses multiples administrées par voie orale chez le rat pendant une période pouvant aller jusqu'à 26 semaines à raison de 20, 60 et 180 mg/kg/jour (mâles) ou de 120 mg/kg/jour (femelles). Des études à doses multiples ont également été menées chez le chien pendant 39 semaines à des doses de 10, 40 et 100 mg/kg/jour. Les résultats de ces études portent à croire que les organes cibles de la toxicité sont le foie, le tube digestif et la peau. Les doses toxiques étaient semblables à l'exposition clinique humaine prévue.

Dans les études de toxicité à doses multiples menées chez le rat et le chien, l'administration de lapatinib a été associée à des modifications des paramètres hématologiques. De plus, un examen microscopique des tissus a fait ressortir la présence d'inflammation, d'infiltration de macrophages et de dépôt de pigment dans divers organes. Toutes les données portent à croire que l'administration de lapatinib peut être associée à des modifications inflammatoires. En raison des minces marges d'innocuité, il existe un risque potentiel pour les humains et ce risque devrait être surveillé en milieu clinique.

Toxicité du traitement en association

Certains organes cibles de la toxicité sont les mêmes pour la capécitabine et le lapatinib, ce qui évoque un risque de toxicité cumulative. Dans les essais cliniques, on a observé une incidence plus élevée des effets indésirables (EI) chez les patientes traitées par TykerbMC en association avec la capécitabine que chez les patientes traitées par capécitabine seule. On n'a pas mené d'étude toxicologique pour déterminer s'il existait une toxicité cumulative pour les organes après l'administration du lapatinib en association avec la capécitabine.

Mutagénicité et clastogénicité

On a évalué la mutagénicité et/ou la clastogénicité de TykerbMC à l'aide d'une batterie de tests, comprenant un test d'aberration chromosomique chez le hamster chinois, un test d'Ames, un test d'aberration chromosomique sur des lymphocytes humains et un test d'aberration chromosomique in vivo sur des cellules de moelle osseuse chez le rat. En général, les données indiquent que le lapatinib n'est ni mutagène, ni clastogène, et qu'il ne présente pas de potentiel génotoxique in vitro ou in vivo.

Cancérogénicité

Dans une étude de cancérogénicité sur 2 ans menée chez des souris mâles et femelles, des doses de 75, 150 et 300 mg/kg/jour de lapatinib ont été administrées. Une mortalité accrue, liée à des effets toxiques cutanés, a été observée chez les mâles à des doses de 150 et 300 mg/kg/jour. Aucun signe de cancérogénicité n'était apparent chez les mâles et les femelles à des doses allant jusqu'à 150 et 300 mg/kg/jour (2 fois l'exposition clinique humaine prévue), respectivement.

Une étude de cancérogénicité sur 2 ans a été menée chez le rat. On a administré 60, 120, 240 et 500 mg/kg/jour de lapatinib aux mâles et 20, 60, 180 et 300 mg/kg/jour aux femelles. Une mortalité accrue, liée à des effets toxiques cutanés, a été notée chez les mâles à une dose de 500 mg/kg/jour et chez les femelles à une dose de 300 mg/kg/jour. Des cas d'infarctus du rein et de nécrose médullaire rénale ont été constatés chez les femelles à des doses allant de 60 à 180 mg/kg/jour (7 et 10 fois l'exposition clinique humaine prévue, respectivement). Une augmentation de l'incidence d'hémangiome bénin des ganglions lymphatiques mésentériques a été notée chez les mâles à une dose de 120 mg/kg/jour et chez les femelles à 180 mg/kg/jour (1 et 10 fois l'exposition clinique humaine prévue, respectivement), mais était comprise dans l'intervalle observé antérieurement. On ne connaît pas la portée clinique de ces effets chez l'humain.

Toxicité pour l'appareil reproducteur et le développement

Dans des études sur la reproduction chez le rat, on n'a pas observé d'effet sur la fonction gonadique, l'accouplement ou la fertilité à des doses pouvant atteindre 120 mg/kg/jour chez les femelles et 180 mg/kg/jours chez les mâles (8 et 3 fois l'exposition clinique humaine prévue, respectivement). L'effet sur la fertilité humaine est inconnu.

TykerbMC n'était pas tératogène dans les études menées chez les rattes et les lapines gravides recevant des doses de 30, 60 et 120 mg/kg/jour par voie orale. Chez le rat, des anomalies mineures (artère ombilicale positionnée à gauche, côte cervicale et ossification précoce) sont survenues à la dose toxique pour les mères de 120 mg/kg/jour (8 fois l'exposition clinique humaine prévue). Chez le lapin, TykerbMC était lié à une toxicité pour la mère à des doses de 60 et 120 mg/kg/jour (0,08 et 0,23 fois l'exposition clinique humaine prévue, respectivement) et à des avortements à 120 mg/kg/jour. Aux doses toxiques pour les mères, une diminution du poids des fœtus, une réduction du nombre de fœtus vivants et des variations squelettiques mineures ont été notées. On a estimé que la dose ne causant pas d'effet nocif sur le développement était de 60 mg/kg/jour chez le rat et de 30 mg/kg/jour chez le lapin (4 et 0,03 fois l'exposition clinique humaine prévue, respectivement).

Dans l'étude sur le développement prénatal et postnatal chez le rat, on a constaté une diminution de la survie des petits entre la naissance et le jour postnatal 21 à des doses de 60 et de 120 mg/kg/jour. Dans cette étude, la dose sans effet la plus élevée était de 20 mg/kg/jour (3 fois l'exposition clinique humaine prévue). En outre, un retard de croissance a été noté lorsque les petits étaient exposés au lapatinib dans l'utérus ou par le lait. On ne sait pas si le lapatinib passe dans le lait chez l'humain. Par conséquent, il n'est pas recommandé d'administrer du lapatinib à des femmes qui sont enceintes ou qui allaitent en raison du risque potentiel pour le nouveau-né.

Tolérance locale

Des études de tolérance locale ont été effectuées pour évaluer les propriétés irritantes pour la peau et les yeux chez le lapin et la sensibilisation cutanée chez le cobaye.

Le lapatinib causait une irritation cutanée légère et une irritation oculaire modérée chez le lapin. Chez le cobaye, le lapatinib n'était pas un sensibilisant cutané potentiel dans l'étude de sensibilisation cutanée menée selon la méthode de maximisation de Magnusson et Kligman (MK).

3.2.4 Conclusion

En général, les données toxicologiques et pharmacologiques non cliniques présentées appuient l'utilisation de TykerbMC pour l'indication proposée. Les études toxicologiques donnent à penser que les organes ou systèmes cibles de la toxicité sont le tube digestif, le foie, la peau et des modifications inflammatoires. La surveillance clinique permettra de clarifier le profil d'innocuité de TykerbMC en milieu clinique.

3.3 Motifs cliniques de la décision

3.3.1 Pharmacodynamique

Une étude ouverte de phase I a été menée afin de déterminer l'intervalle posologique à l'intérieur duquel TykerbMC produit un effet biologique mesuré par une diminution de la phosphorylation d'ErbB1 et/ou d'ErbB2 chez les patientes atteintes du cancer porteuses de tumeurs solides. Les critères d'inclusion de l'étude comprennent le diagnostic de tumeur surexprimant ErbB1 ou ErbB2 confirmé par un examen histologique.

Même si l'effet de TykerbMC sur les récepteurs cibles (ErbB1 et ErbB2) n'a pas été démontré, probablement en raison de difficultés techniques, la faible activité des voies de signalisation en aval rend compte de façon acceptable du mécanisme d'action. Aucune corrélation évidente entre la dose administrée et l'activité biologique produite n'a pu être déterminée. Cette étude n'a donc pas permis d'établir la dose optimale.

3.3.2 Pharmacocinétique

Absorption

L'absorption de TykerbMC après l'administration par voie orale est incomplète et variable. Les concentrations sériques apparaissent après un temps de latence médian de 0,25 heure (intervalle de 0 à 1,5 heure). Les concentrations plasmatiques maximales (Cmax) de TykerbMC ont été atteintes environ 4 heures après l'administration. Pour une administration quotidienne de 1250 mg, la moyenne géométrique de la Cmax à l'état d'équilibre est de 2,43 µg/mL et la valeur de l'aire sous la courbe (ASC), de 36,2 µg•h/mL.

L'exposition systémique à TykerbMC est augmentée par la prise de nourriture. Les valeurs de l'ASC de TykerbMC sont environ 3 et 4 fois plus élevées (Cmax environ 2,5 à 3 fois plus élevée) lorsque le produit est pris avec un repas à faible teneur en graisses [5 % de graisses (500 calories)] ou à forte teneur en graisses [50 % de matières grasses (1000 calories)], respectivement. Pour assurer une exposition optimale, TykerbMC doit être administré ou au moins une heure avant ou au moins une heure après un repas à faible teneur en matières grasses.

Distribution

TykerbMC se lie fortement (≥ 99 %) à l'albumine et à l'alpha 1-glycoprotéine acide. Des études in vitro indiquent que TykerbMC est un substrat des transporteurs BCRP et Pgp. De plus, il a été établi que TykerbMC inhibe ces transporteurs d'efflux in vitro, ainsi que le transporteur d'influx hépatique OATP 1B1, à des concentrations utilisées en clinique (CI50 : 2,3 µg/mL). La portée clinique de ces effets sur la pharmacocinétique d'autres médicaments ou sur l'activité pharmacologique d'autres agents anticancéreux est inconnue.

Métabolisme

TykerbMC est largement transformé en divers métabolites oxydés, principalement par le CYP3A4 et le CYP3A5 et dans une moindre mesure par le CYP2C19 et le CYP2C8. Aucun de ces métabolites ne correspond à plus de 14 % de la dose récupérée dans les selles ou à plus de 10 % de la concentration plasmatique de TykerbMC.

TykerbMC inhibe les CYP3A4 et CYP2C8 in vitro à des concentrations utilisées en clinique. Chez les sujets en bonne santé prenant du kétoconazole, un inhibiteur du CYP3A4, à raison de 200 mg deux fois par jour pendant 7 jours, l'exposition systémique à TykerbMC a augmenté d'environ 3,6 fois et sa demi-vie, de 1,7 fois.

Chez les sujets en bonne santé prenant de la la carbamazépine, un inducteur du CYP3A4, à raison de 100 mg deux fois par jour pendant 3 jours et de 200 mg deux fois par jour pendant 17 jours, l'exposition systémique à TykerbMC a diminué d'environ 72 %.

Le jus de pamplemousse peut inhiber le CYP3A4 dans la paroi intestinale et augmenter la biodisponibilité du lapatinib. Il doit donc être évité pendant le traitement par TykerbMC.

Excrétion

À des doses uniques, on observait un allongement de la demi-vie de TykerbMC en fonction de la dose. Toutefois, l'administration quotidienne de TykerbMC permet d'atteindre l'état d'équilibre en 6 à 7 jours, ce qui indique une période effective de 24 heures. TykerbMC est principalement éliminé par sa métabolisation par le CYP3A4/5.

Dans une étude chez des sujets humains, la voie fécale était la principale voie d'élimination, la quantité retrouvée dans les fèces correspondant à 91,8 % de la dose récupérée. L'élimination par la voie urinaire était minime, soit une quantité médiane équivalant à 1,16 % de la radioactivité récupérée. Le taux médian de récupération totale de la radioactivité était de 93,1 % et l'élimination de la radioactivité était complète en 168 heures.

Populations particulières

Insuffisance hépatique

La pharmacocinétique de TykerbMC était étudiée chez des sujets atteints d'insuffisance hépatique modérée (n = 8) ou grave (n = 4) et chez des sujets sains (témoins) (n = 8). L'exposition systémique (ASC) à TykerbMC après une dose unique de 100 mg administrée par voie orale augmentait d'environ 56 % et 85 % chez les sujets atteints d'insuffisance hépatique modérée et grave, respectivement. TykerbMC devrait être administré avec prudence à des patientes atteintes d'insuffisance hépatique, en raison de l'exposition accrue au médicament. Aucune donnée sur l'innocuité de TykerbMC n'est issue d'essais cliniques chez des patientes atteintes d'insuffisance hépatique grave. Toutefois, selon la modélisation pharmacocinétique, une diminution de la dose est recommandée, mais l'innocuité et l'efficacité de cette dose n'ont pas été démontrées. Les patientes qui présentent une hépatotoxicité grave pendant leur traitement par TykerbMC devraient cesser le traitement et ne devraient pas être de nouveau traitées par le lapatinib.

3.3.3 Efficacité clinique

L'évaluation de l'efficacité de TykerbMC pour l'indication proposée reposait principalement sur les données d'une seule étude pivotale de phase III, multicentrique, randomisée et ouverte, qui comparait le traitement par TykerbMC en association avec la capécitabine avec le traitement par la capécitabine seule chez les femmes atteintes d'un cancer du sein avancé ou métastatique avec surexpression des récepteurs ErbB2 (HER2). Les sujets admissibles avaient reçu un traitement antérieur par anthracyclines, taxanes et trastuzumab. Un traitement antérieur par la capécitabine n'était pas permis.

Les patientes ont été réparties de façon aléatoire en deux groupes, dont l'un recevait 1250 mg de TykerbMC une fois par jour (de manière continue) en association avec la capécitabine (2000 mg/m2/jour aux jours 1-14 tous les 21 jours) (traitement en association), et l'autre la capécitabine seule (2500 mg/m2/jour aux jours 1-14 tous les 21 jours).

Le principal paramètre de l'étude était le délai avant la progression (défini comme l'intervalle entre la date de la randomisation et la plus rapprochée des deux dates suivantes : celle de la progression de la maladie ou celle du décès par cancer du sein), selon l'évaluation d'un comité d'examen indépendant (CEI). Les paramètres secondaires comprenaient (sans y être limités) la survie globale et la durée de survie sans progression.

L'étude comprenait deux analyses provisoires planifiées de manière à permettre la formulation par un comité indépendant de surveillance (CIS) d'une recommandation sur la poursuite ou non de l'essai en fonction des données sur l'innocuité et l'efficacité. À la lumière de la première analyse provisoire menée le 15 novembre 2005, le CIS a recommandé que l'étude soit interrompue en raison de l'amélioration du délai avant la progression chez les patientes prenant TykerbMC en association avec la capécitabine. À ce point, les patientes traitées par la capécitabine seule ont pu changer de groupe pour passer à celui des patientes recevant TykerbMC. Soixante-quinze autres patientes se sont jointes à l'étude pendant la période entre l'analyse provisoire et la nouvelle analyse, effectuée le 3 avril 2006 (moment où le recrutement a été interrompu), pour un total de 399 sujets répartis aléatoirement entre les deux grouptes de traitement (TykerbMC + capécitabine : 198; capécitabine : 201).

L'analyse de l'efficacité et de l'innocuité relative à cette présentation tenait compte des données obtenues jusqu'à l'analyse provisoire du 15 novembre 2005. Un rapport de résultats supplémentaires comprenant les données de la nouvelle analyse (au moment de la fin de l'étude, le 3 avril 2006) a également été soumis.

Au moment de la nouvelle analyse, les données du CEI et celles du chercheur montraient que le lapatinib en association avec la capécitabine améliorait de façon significative le délai avant la progression comparativement au traitement par la capécitabine seule. Toutefois, l'évaluation du délai avant la progression faite par le CEI et celle faite par le chercheur se contredisaient (en raison probablement d'une surestimation de la part du CEI); par conséquent, dans le cadre de cet essai, on n'a pas pu établir quantitativement l'importance de l'amélioration du délai avant la progression. Bien que les résultats obtenus par le chercheur une fois l'insu levé soient souvent entachés d'un biais d'évaluation, on considère, dans le présent essai, que les résultats du chercheur représentent une évaluation plus exacte du délai avant la progression.

Les résultats de la nouvelle analyse des données du chercheur montraient une amélioration statistiquement significative du délai médian avant la progression de 5,6 semaines en faveur du groupe de traitement en association. Une patiente traitée par l'association (et aucune du groupe témoin) a présenté une réponse complète. Au total 23 % des patientes du groupe de traitement en association comparativement à 14 % du groupe témoin présentaient une réponse partielle. Toutefois, on n'a pas pu établir un avantage significatif sur le plan de la survie globale, ni d'effet palliatif dû au traitement. Dans la plus récente analyse de la survie globale, menée le 28 septembre 2007, le hazard ratio non ajusté était de 0,90 [intervalle de confiance (IC) à 95 % : 0,71 à 1,12; p = 0,336]. La survie globale médiane était de 65,9 semaines pour la capécitabine seule comparativement à 74,0 semaines pour le lapatinib en association avec la capécitabine.

La PDN concernant TykerbMC a fait l'objet d'un ANC le 13 décembre 2007, étant donné l'impossibilité de conclure que le rapport avantages/risques était favorable en raison de nombreux problèmes liés à l'innocuité et à l'efficacité de TykerbMC. Une réponse a été déposée par le promoteur le 11 mars 2008. Tous les problèmes liés à l'innocuité ont été traités de manière satisfaisante par le promoteur dans sa réponse à l'ANC. Les problèmes liés à l'efficacité étaient toutefois restés en suspens et, le 19 septembre 2008, un ANC-LR a été émis pour TykerbMC. La DO s'inquiétait tout particulièrement du fait que l'efficacité de TykerbMC n'avait pas été établie de manière convaincante pour l'indication proposée. La divergence entre les résultats du chercheur et ceux du CEI dans la seule étude pivotale était troublante, en ce sens que la qualité des données pouvait être mise en doute et que l'ampleur réelle des avantages cliniques ne pouvait être mesurée avec exactitude. En raison de cette divergence dans les avantages évalués sur le plan du délai avant la progression et en l'absence d'études justificatives ou d'autres mesures des avantages cliniques, notamment d'indications d'un effet palliatif ou d'un effet sur la survie globale, la DO ne pouvait recommander l'autorisation au moment du premier examen de la présentation.

Une Demande de révision a été déposée par le promoteur. Le 4 décembre 2008, le BS a tenu une audience du banc de révision (BR) formé d'experts en médecine canadiens à l'extérieur de Santé Canada. Le BS et le BR ont conclu que l'efficacité et la pertinence clinique démontrées dans la présentation étaient suffisantes. Même si l'efficacité n'était pas démontrée en tant que traitement de deuxième intention (conformément à l'indication) dans les essais justificatifs de phase II, le BR s'est montré satisfait du degré d'efficacité constaté dans les essais de phase II comme traitement de première intention chez des patientes ayant reçu un prétraitement important. Dans l'essai pivotal fourni, le BR reconnaît la divergence entre les données du CEI et du chercheur et s'accorde avec la DO sur le fait que les données du CEI ont probablement été surestimées en raison du déséquilibre lié à la censuration dans les deux ensembles de données. Il partage aussi l'opinion de la DO en ce qui a trait à l'impossibilité de mesurer précisément l'ampleur de l'amélioration. Par contre, selon le BR, les analyses du CEI et du chercheur ont montré systématiquement une amélioration, quoique faible, du délai avant la progression. En outre, les résultats du chercheur, même s'ils ne sont pas exempts de biais, constituent une analyse plus exacte du délai avant la progression. Le BR a conclu qu'une efficacité suffisante, quoique modeste, a été démontrée pour l'indication prévue, malgré l'absence d'autres mesures des avantages cliniques, comme l'indication d'un effet palliatif ou d'un effet sur la survie globale.

La présentation a été renvoyée à la DO pour une réévaluation et la DO a convenu de souscrire à la position du BR selon laquelle les données présentées étaient suffisantes pour étayer l'efficacité de TykerbMC chez les sujets atteints de cancer du sein métastatique avec surexpression des récepteurs ErbB2 (HER2). Même si l'amélioration du délai avant la progression est faible, elle est statistiquement significative et cliniquement pertinente, et la survie ne semble pas menacée.

3.3.4 Innocuité clinique

L'innocuité de TykerbMC a été évaluée dans l'étude pivotale décrite à la section 3.3.3 Efficacité clinique. La durée moyenne du traitement dans le groupe de traitement en association (lapatinib/capécitabine) était de 21,6/20,7 semaines. La durée moyenne du traitement dans le groupe de monothérapie (capécitabine) était de 15,1 semaines.

Les réactions indésirables les plus courantes liées au traitement par TykerbMC en association avec la capécitabine comprenaient des réactions touchant l'appareil digestif (diarrhée, nausées et vomissements), des réactions dermatologiques (érythrodysesthésie palmoplantaire et éruption cutanée) et la fatigue. La diarrhée était la réaction indésirable la plus courante (60 % tous grades confondus) responsable d'un arrêt du traitement à l'étude (5 % des patientes). Les réactions indésirables de grade 3 ou 4 les plus courantes selon la version 3.0 des critères courants de toxicité du National Cancer Institute des États-Unis (National Cancer Institute Common Toxicity Criteria Version 3.0 - NCI CTC v3.0) étaient la diarrhée et l'érythrodysesthésie palmoplantaire.

Appareil digestif

La diarrhée, y compris la diarrhée grave, a été liée au traitement par TykerbMC. Une prise en charge proactive à l'aide d'agents antidiarrhéiques s'impose.

Foie, voies biliaires et pancréas

L'hépatotoxicité (taux accrus d'alanine transaminase/aspartate amino-transférase, de phosphatase alcaline et de bilirubine) a été observée lors d'essais cliniques (< 1 % des patientes) et dans le cadre de l'expérience postcommercialisation. Elle peut survenir de quelques jours à plusieurs mois après le début du traitement. L'hépatotoxicité peut être grave et des décès ont été signalés, mais sans être clairement associés à TykerbMC.

Appareil cardiovasculaire

Fraction d'éjection du ventricule gauche et insuffisance cardiaque

On a signalé une diminution de la fraction d'éjection du ventricule gauche (FEVG) liée à TykerbMC. La majorité (> 60 %) des diminutions de la FEVG sont survenues au cours des 9 premières semaines de traitement, mais les données sur l'exposition à long terme sont limitées. Des cas rares, mais graves, d'insuffisance cardiaque congestive, d'arrêt cardiaque et de mort subite ont également été associés à TykerbMC.

En raison d'une cardiotoxicité potentielle lorsque le produit est administré en association avec des inhibiteurs d'HER2 (ErbB2), la FEVG était surveillée lors des essais cliniques à des intervalles d'environ 8 semaines. Une diminution de la FEVG était considérée comme un effet indésirable grave (EIG) en cas de signes ou symptômes de détérioration de la FEVG ≥ grade 3 selon la classification de la terminologie courante des critères d'effets indésirables du NCI des États-Unis (NCI Common Terminology Criteria for Adverse Events - CTCAE) ou de diminution ≥ 20 % de la FEVG par rapport à la valeur initiale et d'une valeur inférieure à la limite inférieure de la normale établie par le NCI. Dans l'étude pivotale, chez les 177 patientes évaluées ayant reçu du lapatinib en association avec de la capécitabine et chez qui l'on a pris au moins une mesure de la FEVG en cours de traitement, 10 patientes (6 %) ont présenté une diminution ≥ 20 % de la FEVG, dont 4 (2 %) répondaient au critère d'EIG ci-dessus. Parmi les 150 patientes évaluées traitées par capécitabine en monothérapie et chez qui l'on a pris au moins une mesure de la FEVG en cours de traitement, 9 (6 %) ont présenté une diminution ≥ 20 % de la FEVG, dont 4 (3 %) répondaient au critère d'EIG.

Dans trois études justificatives sur la monothérapie, chez les 338 patientes évaluées et chez qui l'on a pris au moins une mesure de la FEVG en cours de traitement, 17 (5 %) ont présenté une diminution ≥ 20 % de la FEVG, dont 7 (2,1 %) répondaient au critère d'EIG.

Avant le début du traitement par TykerbMC, la FEVG devrait être évaluée chez toutes les patientes afin de s'assurer que la valeur initiale de la FEVG se situe dans la normale. La FEVG devrait être évaluée pendant le traitement par TykerbMC afin de s'assurer qu'elle ne chute pas à une valeur inacceptable. Il faut faire preuve de prudence lorsqu'on administre TykerbMC à des patientes atteintes d'affections pouvant altérer la fonction ventriculaire gauche.

Allongement de l'intervalle QT

TykerbMC est associé à un allongement de l'intervalle QT/QTc. De nombreux médicaments causant un allongement de l'intervalle QT/QTc sont soupçonnés d'augmenter le risque de torsade de pointes. Si elle dure, la torsade de pointes peut évoluer vers une fibrillation ventriculaire et une mort cardiaque subite. Des cas de fibrillation ventriculaire, d'arrêt cardiaque et de mort subite ont été associés à TykerbMC lors des essais cliniques.

Il faut faire particulièrement attention lorsqu'on administre TykerbMC à des patientes chez qui l'on soupçonne un risque accru de torsade de pointes durant le traitement par un médicament allongeant l'intervalle QT/QTc.

Appareil respiratoire

TykerbMC a été associé à des déclarations de cas de pneumopathie interstitielle et de pneumonite. On devrait surveiller l'apparition chez les patientes de symptômes indiquant une pneumopathie interstitielle ou une pneumonite. Le traitement par TykerbMC devrait être interrompu chez les patientes présentant des symptômes de pneumopathie interstitielle ou de pneumonite de grade 3 ou plus.

En plus des EI décrits ci-dessus, un nombre particulièrement important de cas de neutropénie grave ont été observés dans les essais cliniques sur le lapatinib. Des cas d'hémorragie gastro intestinale et d'EIG hépatiques et rénaux ont également été notés.

3.4 Évaluation des avantages / risques et recommandation

3.4.1 Évaluation des avantages/risques

Tous les problèmes relatifs à la qualité du médicament ont été traités de manière satisfaisante dans la réponse du promoteur à l'ANC. Aucun problème n'a été soulevé dans l'ANC en ce qui concerne les données non cliniques.

Après révision, les données de la présentation étaient suffisantes pour étayer l'innocuité et l'efficacité de TykerbMC comme traitement contre le cancer du sein métastatique avec surexpression des récepteurs ErbB2 (HER2). Même si l'amélioration du délai avant la progression est faible, elle est statistiquement significative et cliniquement pertinente, et la survie ne semble pas menacée.

3.4.2 Recommandation

Après avoir examiné les données sur la qualité, l'innocuité et l'efficacité de ce produit, Santé Canada estime que TykerbMC a un profil avantages/risques favorable au traitement des patientes atteintes d'un cancer du sein avancé ou métastatique avec surexpression tumorale des récepteurs ErbB2 (HER2). Pour que l'on puisse administrer ce médicament à des patientes, la maladie doit avoir évolué après des traitements incluant des taxanes, des anthracyclines et le trastuzumab. L'autorisation est fondée sur le marqueur de substitution, soit le délai avant la progression, sans qu'on ait démontré un avantage sur le plan de la survie globale ou un effet palliatif dû au traitement. La PDN répond aux exigences des articles C.08.002 et C.08.005.1 et par conséquent, Santé Canada a émis l'AC prévu par l'article C.08.004 du Règlement sur les aliments et drogues.

4 Étapes importantes de la présentation

Étapes importantes de la présentation: TykerbMC

Étape importante de la présentationDate
Réunion préalable à la présentation2006-09-11
Dépôt de la présentation2006-12-04
Examen préliminaire 1
Avis d'insuffisance émis lors de l'examen préliminaire2007-01-15
Réponse déposée2007-01-18
Lettre d'acceptation à l'issue de l'examen préliminaire2007-02-16
Examen 1
Évaluation biopharmaceutique terminée2007-11-21
Évaluation de la qualité terminée2007-11-22
Évaluation clinique terminée2007-12-13
Avis de non-conformité (ANC) émis par le directeur général (lacunes au niveau de l'efficacité)2007-12-13
Réponse déposée2008-03-11
Examen préliminaire 2
Lettre d'acceptation à l'issue de l'examen préliminaire2008-04-24
Examen 2
Évaluation de la qualité terminée2008-09-11
Évaluation clinique terminée2009-05-12
Évaluation biostatistique terminée2008-09-19
Évaluation de l'étiquetage terminée2009-04-24
ANC/retrait émis par le directeur général (indiquant les lacunes au niveau de l'innocuité, l'efficacité, la qualité)2008-09-19
Demande de révision
Déposée2008-11-20
Décision de révision émise par le directeur général2009-02-04
Délivrance de l'Avis de conformité (AC) par le directeur général2009-05-15